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Michel Sappin, préfet de la région PACA

OBJECTIF MÉDITERRANÉE N°108 – Décembre/Janvier 2010

Michel Sappin, préfet de la région PACA: « L’organisation de la métropole marseillaise est complètement défaillante »Michel Sappin est réputé pour son franc-parler. Dans cet entretien, il est à la hauteur de sa réputation. Il accuse les élus marseillais du XXe siècle de ne pas avoir devancé la révolution métropolitaine en cours, faisant ainsi prendre des années de retard au Grand Marseille. Il assure que la décharge d’Entressen fermera bien le 31 mars prochain. Et ne présente aucune excuse publique à Michel Vauzelle, qui entend déposer plainte pour diffamation contre lui, sur une controverse autour du bilan des fonds européens. Pour lui, un préfet doit savoir mettre les pieds dans le plat. Dans le genre, il excelle.

Où en est-on du plan de relance économique de l’État ?Nous n’agissons jamais seuls et nous sommes toujours sur des financements croisés avec les collectivités territoriales. Au 7 décembre, 357 M€ avaient été investis en PACA par l’État. Les collectivités territoriales ont mobilisé 4 179 Md€, ce qui représente en tout 4,5 Md€. Nous avons aidé au maintien ou à la création de 107 000 emplois. Nous avons soutenu 2 836 entreprises à travers des aides diverses. Nous avons distribué plus de 181 M€ aux foyers les plus fragiles. Il s’agit bien d’un plan de relance massif.Ce plan sera-t-il prolongé ?Le président de la République l’a rappelé récemment à Toulon : nous ne sommes pas sortis de la crise. Il va donc falloir poursuivre cet effort. Comment ? Certains dispositifs seront maintenus, d’autres, moins utiles, seront supprimés.Nous entrons dans une crise sociale dure. Comment se manifeste-t-elle en PACA ?À quelques exceptions près, nous avons évité des conflits sociaux lourds. C’est lié à la nature économique en PACA, où il n’y a pas un secteur industriel important, comme l’automobile. Globalement, la situation est meilleure dans notre région qu’ailleurs. Quand bien même, l’implication de l’État est limitée sur les conflits sociaux, nous ne sommes pas dans une économie collectiviste, il va de soi que notre action se limite à fournir des aides pour conforter les entreprises en difficulté, mais nous ne pouvons pas nous substituer aux acteurs de l’économie.L’activité du médiateur du crédit est-elle en train de baisser ?Oui… Quand la crise est intervenue, elle a d’abord frappé les plus faibles. La conjoncture n’a fait qu’accélérer cette faiblesse. Nous avons sauvé 2 entreprises sur 3 grâce au plan de relance.Sur la politique de l’habitat, allez-vous faire preuve d’une plus grande autorité dans les prochains mois pour que l’article 55 de la loi sur le renouvellement urbain, prévoyant 20 % de logements sociaux dans les communes, soit mieux appliqué en région PACA ?Il est vrai que la loi est inégalement appliquée, mais il faut reconnaître qu’il n’est pas aisé de trouver du foncier disponible pour réaliser ce type de logements. Les terrains n’ont pas la même valeur en PACA que dans le Limousin. Après, nous sommes confrontés à l’inorganisation du territoire. Si l’on prend Marseille et son aire métropolitaine, qui est capable, aujourd’hui, d’imposer aux élus un mode intelligent de répartition des logements sociaux ? Les intercommunalités, telles qu’elles existent, n’ont pas la surface nécessaire pour agir. Les arbitrages sont difficiles avec des majorités serrées et fluctuantes. Mais Marseille n’a pas à rougir en termes de construction de logements sociaux. Prenons même Aix-en-Provence, dont je regrette parfois l’absence de solidarité en la matière, on ne peut que constater qu’il y a beaucoup de logements sociauxMais les efforts doivent être renforcés face aux difficultés rencontrées par les ménages modestes pour se loger…Je suis souvent interpellé par des associations qui reprochent à l’État de ne pas construire assez de logements sociaux. Moi, je ne fais pas de politique. En 2000, sous un gouvernement de gauche, PACA a construit 3 200 logements sociaux puis 4 000 en 2001 et 3 200 en 2002. Entre 2007 et 2009, sous un gouvernement de droite, PACA a construit 23 000 logements sociaux. On trouve donc des maires qui acceptent d’en construire. On n’en a jamais autant fait. Maintenant, il est vrai qu’il y a un manque de courage de beaucoup de monde sur cette question, le préfet y compris. Il est scandaleux que de grandes familles conservent de grands logements dans le parc social lorsque les enfants ont quitté le foyer. Aucune famille n’a vocation à occuper à vie un 5 pièces. Il faudrait que les offices HLM, souvent présidés par des élus, engagent dans ce domaine une politique volontariste.«Le XXe siècle a totalement ignoré les transports en commun en région PACA»Votre prédécesseur, Christian Frémont, aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, a jugé « scandaleuse » la situation métropolitaine de Marseille. Comment construire aujourd’hui le Grand Marseille ?Déjà en gommant l’expression « Grand Marseille », qui fera fuir Aix et d’autres. Parlons donc d’une grande métropole provençale. Il s’agit de faire en sorte que cette grande métropole, qui existe dans les faits, qui va jusqu’aux lisières du Vaucluse et d’Avignon, qui passe par Arles et Nîmes jusqu’à Toulon, devienne une réalité institutionnelle. Il faut faire un effort d’organisation. Dans cet ensemble, on trouve plusieurs cercles. Avec les villes plus éloignées, on peut mettre en œuvre des coopérations, pour l’implantation des entreprises, pour le développement des universités, des transports, etc. Quand on mesure la faiblesse des transports entre Marseille et Aix, Marseille et Avignon ou encore Marseille et Toulon, c’est honteux par rapport à ce qui devrait exister. On a inauguré l’année dernière, sur une moitié de trafic, la deuxième voie ferrée entre Aix et Marseille. C’est extraordinaire ! La deuxième ville de France et la onzième n’étaient réunies que par une seule voie ! Entre Marseille et Toulon, on vient de poser en grandes pompes la première pierre de la future troisième voie ! Tout ça est scandaleux ! Le XXe siècle a totalement ignoré les transports en commun en région PACA. Il y a une grande responsabilité des hommes politiques de ces époques-là. Contrairement à ce qui s’est passé ailleurs en France, ici, on s’est fichu des transports collectifs ! Nous n’avons que deux lignes de métro à Marseille ! Il faudra aller au-delà : les transports, la culture, ce sont des thèmes consensuels. Mais ça ne suffit pas…Que faudra-t-il faire pour aller au-delà ?Le sujet sera plus compliqué lorsque entreront en ligne tous les problèmes de cohésion, de répartition de la richesse, de la précarité, du logement social…Mais les rivalités politiques sur cette notion métropolitaine paraissent si fortes qu’une telle perspective est peu probable …Certains maires sont prêts, d’autres non… On l’a vu l’autre jour à l’occasion du débat organisé récemment par Renaud Muselier, où François Bernardini, maire d’Istres, était présent (NDLR, membre du PS). La mairie d’Avignon était aussi représentée. On trouve aussi des récalcitrants, des égoïstes…Est-ce lié à l’absence d’attractivité de Marseille, considérée comme une ville pauvre ?Mais non… Certes, Marseille présente des pesanteurs. Mais s’il y a une ville à la mode aujourd’hui, dont on parle dans le monde, c’est Marseille ! Cette ville a connu une explosion du nombre de touristes ces dernières années. Et les villes autour bénéficient de cette attractivité de Marseille. Le moteur de l’agglomération, c’est Marseille et non pas Aix-en-Provence ou encore Avignon. Même au niveau universitaire, Marseille a plus d’étudiants aujourd’hui qu’Aix-en-Provence. Doit-on laisser faire les choses, croire au volontariat ou imposer une plus grande ambition métropolitaine ? Christian Frémont et moi savons bien que le volontariat ne suffira pas… Lorsque la loi sur les grandes métropoles sera discutée, je suggère d’imposer un certain nombre de décisions. On a raté la communauté urbaine de Marseille. Gaston Defferre comme Robert Vigouroux n’ont jamais été des fanatiques de l’intercommunalité. Ils ont cru qu’ils pourraient se développer seuls : ils se sont plantés ! Et, quand la décision de créer une intercommunalité a été prise, on est restés sur un petit braquet. Il fallait aller jusqu’à l’étang de Berre, Aix-en-Provence. Pourtant, à l’époque, les élus de l’étang de Berre et d’Aix auraient certainement été plus conciliants qu’aujourd’hui. On a donc créé une communauté marseillaise pauvre, alourdie par les charges de centralité et dont les richesses fiscales sont à l’extérieur.Aix et Marseille seront un jour dans une même structure intercommunale.Quand on survole les deux communautés, on se rend compte qu’elles se touchent déjà, avec l’Arbois et Plan-de-campagne. Dans les faits, cette agglomération-là existe déjà, avec un aéroport commun, deux gares TGV. Ce rapprochement se fera-t-il sur la base du volontariat ? On peut en douter… On n’ira pas jusqu’au bout sans une incitation forte inscrite dans la loi, voire une obligation.« J’ai lu quelque part que Michel Vauzelle souhaitait des excuses. Je n’ai à m’excuser de rien »Une polémique vous oppose à Michel Vauzelle, président de Région, sur les fonds européens. Il a même obtenu en séance plénière la possibilité de déposer plainte contre vous pour diffamation. Est-ce si grave ?J’arrive en fin de carrière préfectorale, c’est la première fois qu’une telle chose m’arrive… Comme ça, j’aurai tout connu. Je ne redoute bien entendu aucune procédure judiciaire en la matière, ça me fait même un peu sourire. Sur le fond, je maintiens ce que j’ai dit (lire encadré). Michel Vauzelle a tenu des propos erronés sur les fonds européens, qui reposaient sur des chiffres qui n’étaient pas bons. Il voulait faire de la polémique et de l’agitation dans un climat préélectoral. Les conseils régionaux bénéficient-ils de fonds européens importants ? Oui… En ont-ils fait un usage magnifique ? Non… J’ai un désaccord de fond avec Michel Vauzelle, que je respecte par ailleurs, sur le fait que le représentant de l’État est tenu à une période de réserve et qu’il ne doit rien dire. Je suis désolé, c’est nouveau, cela vient de sortir ! Sauf en période électorale, le représentant de l’État a le droit de dire ce qu’il pense. Monsieur Vauzelle attaque l’État en permanence, c’est son droit. Mais je trouve pittoresque de considérer que je vais rester sans répondre. J’ai lu quelque part que Michel Vauzelle souhaitait des excuses. Je n’ai à m’excuser de rien.La décharge d’Entressen sera-t-elle fermée le 31 mars prochain, date ultime accordée par l’Europe ?L’engagement que nous avons pris solidairement, Eugène Caselli, président de MPM, le ministre Jean-Louis Borloo et moi-même, précise que la décharge fermera le 31 mars prochain. C’est la promesse faite à l’Europe. À partir de là, que fait-on des ordures ménagères ? La solution est double, c’est celle de l’incinérateur et de la méthanisation. Une chose est certaine : la décharge fermera bien à la date indiquée et je n’aurai pas l’autorisation de Jean-Louis Borloo de faire autrement. L’incinérateur est prêt à fonctionner. On a pris du retard sur la méthanisation. Ce qui est compréhensible dans le sens où le temps de la recherche du compromis politique, puis de la solution technique, a rallongé ce chantier. Pendant quelques mois, une dizaine de milliers de tonnes ne pourront être éliminées à Fos. Il faudra trouver une formule transitoire, nous la cherchons avec Eugène Caselli et les services de la communauté urbaine, et nous la trouverons. Je n’ai pas d’inquiétude particulière sur ce dossier.Quand des collectivités (NDLR, le conseil général des Bouches-du-Rhône) sont visées par des enquêtes judiciaires, est-ce que cela perturbe votre travail ?Heureusement, les services continuent à travailler. Il est vrai que le climat politique est difficile dans cette région. Nous avons la chance d’avoir un personnel politique en place depuis longtemps. Les élus se connaissent bien, ils ont des repères et ont une conception positive du bien public. Mais ce n’est jamais bon que de tels faits se produisent parce que les élus sont affaiblis. J’aurais préféré me passer de cette période pour travailler dans un climat plus serein.Pensez-vous qu’un préfet doit savoir mettre les pieds dans le plat pour faire avancer les dossiers ?Oui… Le consensus est mou par définition. Et cette région a plus besoin de dynamisme et de vigueur que de consensus. Le rôle d’un préfet n’est pas d’être campé dans la réserve, où l’on fait des courbettes aux uns et aux autres du matin au soir. Je le redis : je pense profondément que l’organisation de la métropole marseillaise est complètement défaillante. On ne peut pas, dans la deuxième ville de France, avoir un conseil municipal qui a deux voix de majorité. La loi Paris Lyon Marseille est à repenser complètement. Partout ailleurs, vous avez une voix de plus aux élections, vous disposez de 70 % des sièges au conseil municipal. Je ne parle pas de la communauté urbaine, présidée à gauche, majoritairement à droite. Quand j’organise la moindre réunion dans mon bureau, la table déborde de représentants de la mairie de secteur, de la mairie centrale, de MPM, du CG, du CR, etc.Si vous étiez député, vous présenteriez un projet de loi pour réformer la loi PLM ?Certainement, et je peux vous dire que Christian Frémont partage le même avis que moi. Cette situation a assez duré. C’est une mauvaise loi.Mais Eugène Caselli a été désigné par un vote de l’Assemblée, si pittoresque soit-il ?Certes, mais c’est le fruit d’un contexte exceptionnel, avec des voix des anti-Marseillais, de ceux qui en voulaient à l’ancien président, etc. Il n’y a pas de majorité politique réelle. Nous sommes dans des compromis permanents. Je ne dis pas que les hommes ne sont pas à la hauteur, mais c’est le système qui est mauvais.(Propos recueillis le 08 décembre 2009)Entretien paru dans OBJECTIF MÉDITERRANÉE N°108 – Décembre/Janvier 2010© Photo François Moura pour Objectif Méditerranée

  1. 6 mai 2010 à 8:33

    L’Association Amaf(Association Marseillaise de l’Avenir et du Futur)dont le siège est situé au 8 traverse Charles-Susini(13arr)défend bec et ongles toutes les personnes qui se trouvent dans la detresse.forte de 500 bénévoles et de 25 salariés nous reçevons 320 personnes par jour.
    « Notre objectif est de trouver une solution pour toutes les personnes qui nous sollicitent »,précise Mr Belarbi Mourad le président fondateur de l’association.L’Amaf a traité, en 2009 ,550 dossiers de personnes étrangères,740 pour divers litiges,375 pour des personnes handicapées,540 concernant les logements,77 pour la Banque de France et 2245 pour d’autres types de médiations.
    « Une bonne médiation vaut mieux qu’une longue et coûteuse procédure judiciaire.Là où il y a une larme versée par une tièrce personne,l’Amaf sera toujours présente sans aucune discrimination raciale et religieuse, chacun a le droit de s’exprimer.
    C’est le cas actuellement avec les difficultés dues à la drogue,au racisme,au manque de logement,à l’absence d’emploi,à l’immigration ».www.amaf13.fr

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