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«L’identité nationale, c’est nos services publics»

Selon les syndicats, les manifestations ont mobilisé plus de 100.000 personnes dans toute la France. A Paris, ils étaient entre 6.500 et 15.000 manifestants.

Libération Par LAURE EQUY, MARIE PIQUEMAL

La manifestation des fonctionnaires ce jeudi à Paris.

La manifestation des fonctionnaires ce jeudi à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Alors cette manif, réussite ou flop ? Cinq millions de fonctionnaires étaient appelés à se mobiliser ce jeudi contre les suppressions de poste, et «pour sauver le service public».

Selon les trois syndicats (CGT, FSU et Solidaires) qui appelaient à la journée d’action, les manifestations ont mobilisé plus de 100.000 personnes dans toute la France. A Toulouse, ils étaient entre 2000 et 2500, entre 1500 et 2000 à Rennes, et 500 à Orléans.

A Paris, la mobilisation était plutôt timide. 6.500 personnes selon la police, 15.000 selon les syndicats. «La grève est un luxe, faut pouvoir perdre un jour de salaire…», plaide une manifestante tandis qu’un autre se persuade à mi-cortège, que le «gros des troupes n’est pas encore arrivé».

«Elèves et profs floués», «Bachelot au cachot»

Education. «D’un côté, on file deux millions à Proglio, et de l’autre, on casse le service public de l’Education. C’est scandaleux» hurle Marie-Pierre, à côté d’un haut-parleur trop fort. Cette prof d’anglais dans un lycée classé ZEP à Argenteuil est dans une colère noire, notamment contre la réforme du lycée qui entre en vigueur la rentrée prochaine. «On nous vend ça derrière un habillage pédagogique, mais l’objectif est de faire des économies. C’est inacceptable. Et puis, c’est le flou artistique. Par exemple, en langues étrangères, le réforme prévoit des groupes de compétences. Ça veut dire quoi? Des groupes de niveau? Des manière de travailler différentes?»

Adossée à une voiture en attendant que le cortège démarre, Sylvie, directrice d’une école maternelle à Montfermeil, dénonce les pressions permanentes de la hiérarchie. Ces mails, ces appels incessants du rectorat pour tout et n’importe quoi. «On est rentrés dans une autre logique, dans un système de rentabilité et d’évaluation permanente. Par exemple, pour les grandes sections, les profs doivent désormais remplir un livret de compétence de 40 pages pour chaque élève. Rendez vous compte, pour des enfants de 5 ans!»

Au rayon pancartes: «Elèves et profs floués» côtoie «Bachelot au cachot», au milieu des traditionnels gros ballons syndicaux appelant à sauver les retraites et augmenter le pouvoir d’achat.

Derrière leur banderole syndicale, des agents de la fonction publique territoriale. «Contre la suppression de la taxe professionnelle parce qu’on va tous en payer les conséquences. En 2012, on va tous raquer». Pour Gérald, travaillant à la mairie de Bonneuil sur Marne, «c’est calculé. On donne de moins en moins d’argent aux services publics, comme ça ils se dégradent, et le gouvernement pourra alors dire: « on les supprime, ils sont de trop mauvaise qualité »».

Hôpitaux. «On nous parle d’identité nationale, mais l’identité française, c’est nos services publics!», s’enflamme une infirmière, fière de sa formule. En poste dans un service de gériatrie, elle dénonce les conditions de travail: «dans mon service, c’est une infirmière pour 40 patients en fin de vie. Et depuis un an, on est obligé de faire 12 heures d’affilée, voire 13h-13h30 quelques fois. On craque.» Une autre: «On est en train de détruire l’hôpital public. Où va-t-on se faire soigner demain? Les cliniques privées choisissent leurs patients. Un jeune sportif qu’il faut opérer du genou, ça rapporte plus qu’un patient âgé diabétique!»

Au milieu du boulevard Saint-Martin, entre le cortège des hôpitaux de Paris et celui de la fonction publique territoriale, trois jeunes du centre des impôts de Paris Nord. Sophie, jolie brune, prend la parole: «Avant de travailler aux impôts, je faisais du management chez Mc Do. Et il y a plein de points communs… Aux impôts, ils ont mis en place un système de statistiques pour évaluer nos performances. On a 48 heures pour répondre à un mail, un mois pour un courrier. L’objectif, c’est d’être au plus près des contribuables… Sauf que quand on se retrouve avec 2000 dossiers à gérer… C’est plus possible.»

«La gauche politique doit être là, au service du mouvement social»

(Crédit: Reuters/ Gonzalo Fuentes)

Défiler pour la défense des services publics sans faire de l’ombre au mouvement social. En marge du premier rang de représentants syndicaux alignés derrière la banderole, quelques personnalités de gauche sont venues porter les couleurs de leurs partis. On croise Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière: elle dénonce un gouvernement, tout miel avec Henri Proglio, qui, d’un côté, «justifie» la double rémunération du PDG d’EDF, pour un montant cumulé de 2 millions d’euros, et de l’autre, «met au régime sec tout ce qui peut servir un tant soit peu à la population». Consternée par le voeu d’Eric Woerth (Budget) d’un service public «moins coûteux et plus performant», Arthaud peste contre «ces ministres vraiment dans leur monde pour ignorer qu’on manque de lits dans les hôpitaux, qu’on vit un calvaire dans les transports, faute de moyens».

«Woerth se moque du monde, c’est pas beau de prendre les gens pour des cons, tonne Jean-Luc Mélenchon, «ça se dégrade partout, le peu qu’ont les gens, ils le perdent.» Un coup d’oeil sur le cortège et le président du Parti de gauche l’admet: «mobiliser n’est pas facile, les gens ont peur. Mais la gauche politique doit être là, au service du mouvement social, pas lui tirer dans le dos…» Alors que la sortie de Martine Aubry sur la retraite à 60 ans crée des remous à gauche, Mélenchon veut enfoncer le clou, s’en prend à ceux qui «annoncent que, sur les retraites, la partie est finie et qu’on est d’accord avant même que la négociation ne commence.» «Si les politiques ne se battent plus, ça casse un peu les jambes», pointe-t-il. Apercevant le porte-parole du PS dans la manifestation, l’ex-socialiste fonce.

– «Alors, Benoît, c’est quoi la vérité? Elle l’a dit ou elle l’a pas dit?»

«Mais non. c’est 60 ans, c’est 60 ans, sinon tu reviendras pas!»

_ «Vous l’avalerez pas celle-là, hein?!»

Foi de Benoît Hamon donc, «le PS est attaché à la retraite à 60 ans» et plaide pour «rendre plus juste et équitable notre système, en tenant compte des métiers difficiles et pénibles». Quant à la patronne du PS, elle aurait juste dit que «dans les faits, on part à 61 ou 62 ans, dans le privé.» Hamon s’arrête là pour l’explication de texte et tourne les talons. «Pas le sujet du jour.» A ses côtés, Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics, accuse l’Etat, «premier licencieur malgré la crise»: «la réalité est qu’on fait chaque jour avec de moins en moins pour des résultats de pire en pire.»

Plus loin, vers la porte Saint-Martin, Marie-George Buffet distribue ses tracts Front de gauche, «100% mouvement social, service maximim au côté des luttes», répète-t-elle: «Le ministère du Budget veut faire des économies sur le dos des services publics, quitte à mettre des milliards dans les banques. C’est constant mais là on touche le noyau dur.»

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