Préfet militant

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Le Préfet fait beaucoup parler de lui, et encore plus en ce moment. Outre la polémique politique (et un peu électorale) qu’il entretient depuis des semaines avec le Président de la Région, ne voilà-t-il pas qu’il décerne à tour de bras des satisfecits ou des “prix citron” aux élus des collectivités locales, cloue au pilori “tous les parangons de vertu et autres Ayatollah du statu quo” !

Lors de ses voeux hier à la presse, il s’en est également pris à “cette invention de la fin de XXe siècle”, le principe de précaution : “On va finir par crever dans notre pays de ce principe de précaution qui d’ailleurs n’existe pas, qui est totalement contre-productif et qui constitue un frein pour notre société” 1. Ignorer et combattre la loi, pour un préfet, ce n’est pas banal ! Car, après la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, la “loi Barnier” de 1995 a inscrit le principe de précaution dans le droit interne. Il s’agit du principe « selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement, à un coût économiquement acceptable». De plus, le principe de précaution est maintenant inscrit dans la constitution ! Car la chartre de l’environnement de 2004 y est annexée et précise dans son article 5 (voir ici ) : “Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.”

Le Préfet parle tous azimuts. Sur le foot : “Pour le dernier OM-PSG, on a mobilisé 1 500 policiers et gendarmes pour 22 joueurs. Soit, pour qu’un joueur puisse taper dans un ballon, il faut 100 personnes chargées de la sécurité.” 2 Sur les salaires des joueurs : « On discute pour savoir si ce sera 300 000 euros mensuels net ou brut… 300 SMIC par mois! C’est indécent, quand on se tape une crise comme on la connaît, de voir des salaires pareils jetés à la tête des Français. » 2 On attend la même remarque sur les traiders, les détenteurs de stock-options, les spéculateurs et les affairistes…

La conception républicaine du rôle des préfets, de leur devoir de réserve, ce n’est pas trop dans la philosophie de notre Préfet. J’avais écrit il y a un an que nous avions maintenant un nouveau type de préfet, un “Préfet militant” (voir mon précédent billet ). Je l’en remercie de nous en donner chaque jour (ou presque) des illustrations. Car le préfet revendique haut et fort ce militantisme : “Le rôle d’un préfet n’est pas d’être campé dans la réserve, où l’on fait aux uns et aux autres des courbettes du matin au soir” 3

Et dans la foulée, dans une interview récente à l’Observatoire méditerranéen du fait économique et politique (voir ici), il avait déclaré, à juste raison, que “l’organisation de la métropole marseillaise [était] complètement défaillante”, accusant les élus marseillais de “ne pas avoir devancé la révolution métropolitaine en cours”.

La responsabilité des élus locaux, certes. Mais celle de l’Etat ?

Le problème, pour le préfet, est qu’il met facilement les autres en cause, mais s’interroge rarement sur la responsabilité même de l’Etat. Car, quand-même, lorsqu’il critique, à juste titre, la déficience des transports, le préfet représente aussi cet Etat qui se désengage massivement du financement des transports collectifs, qui mégote sa participation aux TER et au métro, se désengage de l’entretien des routes, qui soutient financièrement a minima le projet culturel MP2013, qui transfère aux collectivités ses responsabilités en matière de logement étudiant, d’intégration sociale, … Même les “pôles de compétitivité”, qu’il inscrit à l’actif de son action, voient leur financement pluri-annuel diminuer.

Concernant la métropole marseillaise, le manque d’ambition (et/ou de compétence) sur ce point des élus locaux est manifeste. Mais c’est quand-même bien l’Etat, pour des raisons politiques, qui n’a pas créé en 1966 de communauté urbaine à Marseille, comme il l’a fait autoritairement à Bordeaux, Lyon, Lille ou Strasbourg. Ceci a enclenché un différentiel de financement public considérable. Et sur les financements, le préfet serait autrement crédible si l’Etat respectait enfin ses engagements financiers des “contrats de projets” dont il fait le centre de sa politique en région. Car rappelons-le, en matière d’investissements publics, les collectivités locales réalisent aujourd’hui près de 70% de l’investissement public (voir ici ). Encore là, l’Etat n’est pas exemplaire. Et ce ne sont pas les collectivités locales qui sont responsables du sous-financement du contrat de plan Etat-Région (CPER). Si le CPER 2000-2006 n’a été, chez-nous, exécuté qu’à 80%, c’est, avant tout en raison de la mauvaise volonté de l’Etat après 2002.

Ce que nous attendons de l’Etat, et de son Préfet, ce n’est pas de donner des leçons. Il est mal placé et les critiques à l’égard de l’Etat sont largement justifiées. Ce que nous attendons de l’Etat, c’est au contraire qu’il aide les collectivités locales à bâtir la métropole, qu’il mette fin à ses transferts de charges, qu’il s’engage sur des financements significatifs d’équipements, qu’il respecte ensuite ses engagements.

Car si l’organisation de la métropole marseillaise est défaillante, que dire de celle de l’Etat ?

1 cité par La Marseillaise et la La Provence du 13 janvier
2 cité par Libération-Marseille
3 http://www.observatoire-mediterraneen.com
Photo : Aix-Marseille wireless
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