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Les régions socialistes, amortisseur de crise plus que contre-pouvoir

LE MONDE – 30.01.10

n 2004, les socialistes nouvellement élus à la tête de vingt régions sur vingt-deux avaient un grand dessein : porter un projet politique capable de dessiner les contours d’une gestion « de gauche ». Cinq ans après la vague rose qui déferla sur les dernières élections régionales, les majorités socialistes se sont identifiées à plusieurs mesures – la gratuité des manuels scolaires, les « emplois-tremplins » ou l’essor des trains express régionaux (TER) -, mais elles n’ont pas vraiment porté un projet structuré. L’Association des régions de France (ARF) est restée en retrait et le parti socialiste, affaibli par ses propres conflits, n’a pas joué un rôle d’impulsion.

« Le PS s’est heurté à la décentralisation. Lorsque l’on se pose en défenseur de la souveraineté des collectivités locales et de l’autonomie des régions ou des départements, il y a une évidente contradiction à prétendre animer un contre-pouvoir », estime Laurent Baumel, l’un des rares dirigeants socialistes à s’être penché sur l’articulation entre ligne politique nationale et action locale. « La gauche disposait d’un vivier d’expériences réussies qu’elle n’a pas su valoriser, sauf de façon très ponctuelle et à la veille des échéances électorales », déplore Jean-Paul Bachy, président (divers gauche) de Champagne-Ardenne, qui assure « ne jamais avoir reçu de sollicitation en ce sens ». « Si nous ne sommes pas parvenus à globaliser notre action, c’est aussi parce que chaque président de région a eu tendance à oeuvrer dans son coin », admet toutefois Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France.

Plutôt qu’un contre-pouvoir, c’est en définitive à un rôle d’amortisseur de crise que se sont consacrées les vingt régions socialistes de métropole. L’impact budgétaire des régions (27,3 milliards en 2009) pèse à peine 13 % dans celui de l’ensemble des collectivités locales. Les transports, les lycées, la formation professionnelle et l’apprentissage et, pour une part, l’aide aux entreprises, en représentent les trois-quarts. Tentés un moment d’adopter le slogan du « bouclier social » pour définir l’action des régions, les socialistes y ont renoncé. Le terme serait apparu en trop fort décalage avec la réalité politique…

Avec la création des « emplois-tremplins » et l’instauration de la gratuité des manuels scolaires dans les lycées, la gauche a voulu imprimer sa marque. La création, pendant la mandature, de 100 000 emplois-tremplins destinés essentiellement à des jeunes en difficulté d’insertion, sur le modèle des emplois-jeunes supprimés par la droite en 2002, figurait dans le programme électoral du PS.

Ce front uni derrière une mesure commune s’est progressivement dilué au profit de dispositifs diversifiés de soutien à l’emploi et aux jeunes. Contrat d’aide et de retour à l’emploi durable (Cared) en Rhône-Alpes, revenu social de formation en Aquitaine, financement du permis de conduire pour les jeunes titulaires d’un CAP ou d’un bac pro en Poitou-Charentes… Les « emplois-tremplins » ne sont même pas cités dans le bilan des régions publié par le PS.

En revanche, le développement des TER est l’une des réalisations les plus lisibles des équipes de gauche. Celles-ci se flattent d’avoir investi trois milliards d’euros, renouvelé 50 % du matériel et augmenté la fréquentation de 30 %. Un bilan qu’elles valorisent en évoquant tout à la fois la protection de l’environnement, la qualité de vie et le désenclavement des territoires.

Les régions socialistes ont aussi consenti un effort particulier en investissant de plus en plus dans le domaine universitaire qui reste pourtant une compétence de l’Etat. Aquitaine, Midi-Pyrénées ou Rhône-Alpes cofinancent à parité avec l’Etat la rénovation et la construction des bâtiments universitaires ainsi que le logement étudiant. Autre intervention fréquente des régions : les bourses pour les séjours des étudiants à l’étranger. Sans oublier le projet de « pass’contraception » pour les lycéennes en Poitou-Charentes.

Les régions de gauche mettent aussi en évidence leurs interventions dans le domaine économique. En un an, assure le PS, elles « ont consacré 9 milliards d’euros pour relancer l’économie et protéger les salariés ». Un véritable « plan de relance » qui représente le tiers des sommes engagées par le gouvernement « alors que le budget des régions représente 2 % de la fiscalité ». Enfin, a été instauré dans plusieurs régions (PACA, Rhône-Alpes, Poitou-Charentes, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, notamment) un système imposant le remboursement des aides attribuées aux entreprises en cas de non-respect de certains engagements, notamment celui de ne pas délocaliser.

De même, les élus de gauche assurent « avoir préservé directement près de 100 000 emplois ». En Aquitaine a été lancé un revenu social de formation et dans le Nord – Pas-de-Calais, une convention régionale de reclassement a permis d’allonger la période de rémunération des salariés touchés par un plan social. En Poitou-Charentes, la région est directement devenue actionnaire d’Heuliez dans le cadre du sauvetage de cette entreprise qui doit lancer une gamme de véhicules électriques. Là encore, chacun a développé son propre dispositif.

Pragmatique, le « contrat socialiste » rendu public mi-décembre privilégie l’affichage d’objectifs lisibles. Pour les six années à venir, il table notamment sur la création de 200 000 « contrats de continuité professionnelle », la conclusion de pactes pour l’autonomie des jeunes et l’augmentation de moitié des budgets consacrés aux énergies renouvelables.

Christine Garin et Jean-Michel Normand

Des taux d’imposition en faible augmentation

Les recettes de fiscalité directes des régions (4,7 milliards d’euros en 2009), taxes foncières et taxes professionnelles, sont inférieures à celles de la fiscalité indirecte (7,3 milliards). Selon la Direction générale des collectivités locales, les régions ont voté en 2009 des taux en faible augmentation, comme en 2007 et 2008. Sept régions sur 26 ont voté une hausse, comprises pour quatre d’entre elles entre 1,4 % et 2,8 %. C’est l’Alsace qui a imposé la plus forte augmentation entre 2008 et 2009 (+ 6,6 %) suivie de l’Auvergne (+ 5 %) et du Limousin (+ 4 %).

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