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Europe Ecologie : et soudain, les Verts sont devenus glamour

Les Echos – 08/02/10

Sur sa lancée des Européennes, le parti écologiste est en mesure d’emporter les élections de mars dans plusieurs régions. En acceptant de faire appel à des figures médiatiques, les Verts, longtemps minés par leurs querelles internes, ont cessé d’être des machines à perdre. Histoire d’une renaissance.

Tête de liste du Parti socialiste à Paris aux élections régionales de mars prochain, Anne Hidalgo a inopportunément avoué le cauchemar de Solferino : « Notre objectif, c’est d’être devant les Verts », confiait-elle début janvier. La réplique a fusé : « On joue la gagne », a rétorqué la jeune secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, qui mène la campagne en Ile-de-France. Fini de jouer les supplétifs du Parti socialiste. Les Verts, un temps donné comme une formation à bout de souffle, rêvent d’imposer cette fois-ci leur loi. « Nous ne voulons plus jouer les seconds rôles, les forces d’appoint. Cela fait vingt ans qu’on nous dit que les écolos ne sont pas prêts à gouverner », s’énervait Dominique Voynet lors du lancement de la campagne d’Europe Ecologie pour les régionales. Gonflées à bloc, les têtes de liste des différentes régions espèrent rééditer le succès des élections européennes de juin dernier (16,2 % des suffrages exprimés) et pourquoi pas déloger au premier tour le PS dans certaines régions. Impossible ? Depuis la percée inattendue d’Europe Ecologie, l’an passé, les observateurs sont prudents. « Sous la barre des 12 %, ce sera un échec. Entre 12 % et 15 %, un succès. Mais si la formation décroche la tête d’une grande région, Ile-de-France ou Rhône-Alpes, ce sera un coup de tonnerre », prévoit Jérôme Fourquet de l’Ifop. Lors des dernières élections régionales en 2004, les Verts étaient partis dès le premier tour sur des listes d’union avec le Parti socialiste, ce qui leur avait valu 168 élus, soit l’équivalent d’un score de 8 % à 9 %.

Faiblesse du Parti socialiste

Personne n’avait parié sur le succès européen : jamais, en vingt-cinq ans d’existence, les Verts n’avaient dépassé 15 %. Surtout deux ans à peine après une raclée, Dominique Voynet décrochant 1,53 % des suffrages exprimés à la présidentielle, soit à peine davantage que le premier candidat écologiste de l’histoire de France, René Dumont, en 1974, tandis que le parti sauvait à peine 4 députés ! En cette année présidentielle, la formation censée incarner le combat écologique était enfermée dans son nombrilisme, sa culture « basiste » et ses querelles statutaires, alors que jamais les préoccupations environnementales n’avaient eu un tel retentissement, comme en témoignait l’attribution en 2007 du prix Nobel de la paix à Al Gore et aux scientifiques du climat. Le débat se menait ailleurs : sous la houlette des associations de protection de la nature et de Nicolas Hulot. Absente de la campagne, absente du pacte écologique, puis du Grenelle de l’environnement, « l’écologie politique était devenue offshore », ironise André Gattolin, conseiller de Daniel Cohn-Bendit.

Elue secrétaire nationale des Verts en janvier 2007, Cécile Duflot se souvient : « Une période dure, avec un seul mot d’ordre : il faut tenir, on va s’en sortir. » Et de confier : « A présent, on peut sans doute dire que le pacte écologique de Nicolas Hulot fait partie des ruisseaux qui ont abouti au fleuve Europe Ecologie, mais, sur le moment, ce pacte était terrible pour nous, les représentants de l’écologie politique. » A Paris, elle plaide pour le renouveau, l’arrivée de sang neuf. A Bruxelles, Daniel Cohn-Bendit, leader des Verts européens, se réveille : si les écologistes français ne redressent pas la barre, l’avenir de son groupe politique au Parlement européen est menacé. En bon tacticien, il ouvre des négociations avec Nicolas Hulot, l’appui des grandes ONG comme le WWF ou Greenpeace, et Cécile Duflot. A l’été 2008, le rassemblement des écologistes est acté : Europe Ecologie peut être lancé, avec deux maîtres mots : « rassemblement », de l’extrême gauche aux amis de Nicolas Hulot, et « ouverture », vers les militants de la société civile. La suite ? Une campagne menée à un train d’enfer par le trio Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Eva Joly, et la nouvelle nébuleuse Europe Ecologie, non contente de piquer au Modem son électorat, talonne le PS et le devance même en Ile-de-France (20,86 % des suffrages contre 13,58 %) et dans le Sud-Est (16,29 % contre 13,46 %).

Coup de chance ? Evidemment, les écologistes ont profité des faiblesses d’un Parti socialiste en pleine guerre des chefs. « Les élections partielles comme à Rambouillet, montrent que, lorsque le PS n’est pas incarné, une brèche s’ouvre pour les écologistes. En revanche, lorsque le candidat PS est bien installé, le score vert retombe à son étiage habituel, comme à Aix-en-Provence », analyse Jérome Fourquet. Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof, explique autrement ce succès : « Historiquement, le score écologiste a toujours été meilleur en cas d’ouverture vers le centre, centre droit. Avec Europe Ecologie, les Verts ont raccroché au wagon écologique le mouvement environnementaliste et gagné ainsi le vote de cadres supérieurs et de professions intermédiaires, qui s’exprimait déjà en 1992 avec Génération Ecologie, le parti alors lancé par Brice Lalonde pour rallier les centristes » (*).

Concentré de personnalités

Mais qu’est-ce qu’Europe Ecologie au juste ? Un parti ? Un mouvement ? Un casting ? Un peu tout cela à la fois… Les Verts, avec leur secrétaire nationale, leurs porte-parole, leur conseil national interrégional, leurs six courants, leurs règles de fonctionnement complexes et stérilisantes, et quelque 9.000 adhérents dont 4.000 réellement actifs, forment l’armature, autour de laquelle s’agrègent des personnalités diverses : écologistes, associatifs, intellectuels… En espérant qu’une force de changement naîtra de l’alliance entre les spécialistes de la sauce électorale verte et les troupes militantes de la société civile. « Les Verts, c’est le financement et les militants. Europe Ecologie, ce sont les votes », ironise Jérôme Fourquet. « Après avoir mordu la poussière en 2007, on a compris qu’il fallait ouvrir les portes pour aller chercher l’intelligence collective », explique Anne Souyris, du bureau exécutif des Verts. Une démarche difficile, puisqu’il s’agit, pour certains dirigeants historiques, de céder leur place à de nouveaux venus. Conseillère en Ile-de-France, Anne Souyris est de ceux-là. « C’est dur, reconnaît-elle, mais beaucoup d’adhérents, comme moi, veulent vivre l’aventure Europe Ecologie. De toute façon, si le score est bon, il y aura plus d’élus. » Parmi les nouvelles têtes, le pédagogue Philippe Meirieu, qui mène la liste en Rhône-Alpes, souligne que « c’est la première fois qu’un parti politique s’en remet pour la constitution de ses listes à un comité paritaire où il n’est pas majoritaire », preuve, selon lui, d’une réelle volonté de faire de la politique autrement. Du choix du magistrat Laurence Vichnievsky en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au transfuge du Parti socialiste Eric Loiselet en Champagne-Ardenne, en passant par Augustin Legrand, fondateur de l’association pour les sans-abri du canal Saint-Martin, ou Emmanuelle Cosse, ancienne dirigeante de l’association Act-up, la sauce a été mitonnée à parité entre les Verts et les non-Verts par un comité d’animation et de pilotage (80 personnes) et le bureau exécutif d’Europe Ecologie (9 membres désignés). « La constitution des listes n’a pas été plus dure qu’en 2004, garantit Cécile Duflot, 5 régions seulement ont été placées sous la tutelle nationale. »

Pour Pierre Radanne, militant de la première heure, la nouvelle étiquette ne présente rien de neuf : « Accaparé par les élections, le parti Verts a régulièrement puisé dans les associations pour se renouveler. » A une nuance près. Pour la première fois, les Verts acceptent de confier des sièges à des figures médiatiques. D’où l’accusation de casting : un zeste de Verts historiques, quelques grandes gueules des mouvements associatifs, quelques intellectuels et quelques transfuges d’autres partis… Face aux 22 sortants PS, la notoriété des candidats reste toutefois faible. Ce qui explique le tassement du vote écologiste dans les sondages, de 17 % début janvier à 13 % début février. Néanmoins, ces derniers pourraient atteindre la première place dans une poignée de régions : Alsace, Franche-Comté, Rhône-Alpes, Ile-de-France.

Prudent, Daniel Cohn-Bendit parle de 15 % et évoque déjà 2012, en tablant sur un soutien au candidat socialiste à la présidentielle, en échange d’un minimum de 50 circonscriptions aux législatives. Des propos qui ont beaucoup énervé les Verts, qui savent qu’un parti a rendez-vous avec les Français lors des présidentielles. Bien entendu, ils souhaitent que l’écologie politique devienne l’alternative crédible à une social-démocratie en déclin, et donc être en position d’imposer une sorte d’Epinay à la gauche socialiste.

Nébuleuse à structurer

Mais, pour réussir un tel pari, il faudra non seulement faire un bon score, mais être ensuite capables de structurer la nébuleuse Europe Ecologie, sachant que les Verts ne souhaitent pas se fondre dans cette « fédération ». Métamorphoser le parti et l’élargir, ou organiser une fédération qui pourrait d’ailleurs être rejointe par d’autres. Mais quels autres ? Seulement le mouvement Cap 21 de Corinne Lepage, encore vice-présidente du Modem, mais en désaccord avec François Bayrou, ou plus au centre et plus à droite ? Comment évoluera le lien entre le parti et Daniel Cohn-Bendit, qui ne souhaite pas se présenter à la présidentielle, joue le rôle de chef sans l’être et reste à cheval, un pied dedans et un pied dehors ?

Seule certitude, l’écologie politique est finalement présente depuis plus de vingt ans dans le paysage politique européen. Et bien que la défense de l’environnement n’appartienne ni aux écologistes exclusivement, ni à la gauche, ni à la droite, on constate que les efforts du gouvernement Sarkozy en faveur de l’environnement ne se traduisent pas en un gain de votes, mais en un renforcement du parti le plus légitime pour en parler. De quoi éclairer les multiples dissensions observées sur divers dossiers verts, comme la taxe carbone, entre le Premier ministre, François Fillon, persuadé qu’aucune mesure verte ne ramènera à l’UMP le moindre électeur, et le président Nicolas Sarkozy, qui a misé sur une UMP verdie plutôt que sur la création d’un parti vert de droite, comme certains le réclament aujourd’hui.

ANNE BAUER, Les Echos

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Des scores irréguliers

Depuis la création des Verts en 1984, la première « percée » du parti remonte aux élections européennes de 1989, avec un score de 10,6 % et l’envoi de 9 élus. Trois ans après l’accident de Tchernobyl, la sensibilité écologiste fait un bond. La même année, les Verts obtiennent aux élections municipales 1.000 mandats, auxquels s’ajoutent 470 écologistes d’autres étiquettes. En 1992, la famille se déchire, mais ses deux branches, celle des Verts d’Antoine Waechter et de Génération Ecologie de Brice Lalonde atteignent 14,1 % des suffrages exprimés ! Toutefois, l’Assemblée nationale n’ouvrira ses portes qu’en 1995, grâce à l’accord de majorité plurielle signé entre la nouvelle chef du parti, Dominique Voynet, et le Parti socialiste. Une alliance frustrante, Lionel Jospin ne montrant aucune empathie pour l’écologie et aucune vision sur cette alliance. Aux régionales de 1998, le nombre d’élus Verts chute par rapport à 1992, et en 2004, les Verts toujours alliés dès le premier tour au PS, obtiennent 168 élus, tandis qu’aux européennes, c’est l’échec avec 6 élus et 7,4 % des votes. Actuellement, les Verts ont 41 maires, Dominique Voynet étant la seule à la tête d’une ville de plus de 100.000 habitants, 11 conseillers généraux, 168 élus régionaux, 4 députés jusqu’au départ de Martine Billard, 3 Sénateurs, et 14 députés européens. Une représentation de nain politique.

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