Sport et Régionales (3 articles)

Régionales : ces sportifs que les partis s’arrachent

Le Figaro – Bastien Hugues – 10/02/2010
.

Ils s’appellent Gwendal Peizerat, Joël Abati ou Marouane Chamakh. Plus connus pour leur brillant parcours sportif que pour leur engagement politique, ils postulent aujourd’hui à un siège au conseil régional.

Crédits photo : AFP

Huit ans qu’il a mis un terme à sa brillante carrière de patineur. Depuis, le Lyonnais Gwendal Peizerat a œuvré à sa reconversion, fondant notamment sa propre société, spécialisée dans le contrôle des équipements sportifs. Aujourd’hui, l’ancien partenaire de Marina Anissina ouvre une nouvelle page, politique celle-là. A 37 ans, Peizerat a décidé de s’engager dans la bataille des régionales au côté d’un président socialiste de région sortant, Jean-Jack Queyranne, et figure en septième position dans le Rhône. Une place éligible qui pourrait déboucher, en cas de victoire, sur une vice-présidence de région. Et ne lui parlez pas de coup médiatique. «Si Jean-Jack Queyranne cherchait du people, il n’a pas trouvé la bonne personne», répond-il.

Premier engagement politique également pour Joël Abati, 39 ans. Champion olympique à Pékin, double champion du monde de handball avec l’équipe de France, et champion de France en 2008 avec le Montpellier AH, le Martiniquais s’est laissé séduire en Languedoc-Roussillon par Georges Frêche. «C’est lui qui est venu me chercher, affirme-t-il. Un soir, j’ai parlé politique avec lui. Je lui disais qu’on n’était pas près de voir un Obama en France, car l’élite politique ne donnait pas sa chance aux Noirs. Il m’a dit : ‘je t’emmène avec moi aux régionales’…».

Une majorité de sportifs sur les listes PS

Crédits Abaca

Myriam Lamare, elle, a 35 ans. Née d’un père français et d’une mère algérienne, multiple championne de France et championne du monde de boxe, elle a aujourd’hui décidé de changer de ring en s’engageant dans les Bouches-du-Rhône au côté de Michel Vauzelle, président PS sortant. En deuxième position, Myriam Lamare est assurée d’être élue. «La politique a besoin de s’oxygéner avec des personnes de la société civile. Myriam a une tête politique bien faite et elle est pleine d’humanité», justifie Vauzelle, rejetant les accusations de récupération et de coup médiatique.

Première française à devenir championne du monde de natation en 1998, championne d’Europe de 200 mètres dos en 1999 et médaillée d’argent aux JO de Sydney en 2000, Roxana Maracineanu a mis un terme à sa carrière de nageuse professionnelle en 2004, juste avant les Jeux d’Athènes. Comme Peizerat, Abati ou Lamare, elle aussi a rejoint le PS pour les régionales. Huitième sur la liste des Hauts-de-Seine, Maracineanu affirme vouloir poursuivre en politique ses activités associatives, notamment dans le milieu du sport et de la santé. Pourquoi le PS ? «Etant donné mon passé, mon parcours, mes origines, les valeurs de la gauche sont des valeurs pour lesquelles j’ai envie de m’engager», répond-elle.

Ancienne pointure de l’athlétisme, Stéphane Caristan, lui, n’en est pas à son premier coup d’essai. Multiple champion et recordman sur 60, 110 et 400 mètres haies dans les années quatre-vingt, il s’est engagé en 2008 au côté du maire socialiste sortant de Créteil, Laurent Cathala, dont la réélection lui a permis de devenir maire-adjoint. A 45 ans, il franchit une nouvelle haie en étant dixième sur la liste PS du Val-de-Marne. «C’est le symbole de la performance sportive et d’une reconversion réussie», explique Michèle Sabban, la chef de file départementale.

Douillet, un pas de plus vers le gouvernement ?

Pas le premier coup d’essai non plus pour David Douillet. Elu député à Poissy l’an dernier, et par ailleurs secrétaire national de l’UMP en charge de la vie sportive, l’ancien judoka poursuit au fil des mois la construction de sa carrière politique. Numéro deux dans les Yvelines derrière la chef de file régionale Valérie Pécresse, Douillet a de bonnes chances d’obtenir un poste de conseiller régional le 21 mars. Un pas de plus vers le gouvernement ? «Si [Nicolas Sarkozy] pense que j’en ai les compétences, pourquoi pas ?», avait-il répondu en novembre dernier.

En 21e position sur la liste PS de la Loire, Patrick Revelli prend un peu moins de risques. Son nom ne dit peut-être pas grand-chose aux plus jeunes, mais du côté de Saint-Etienne, il est bien connu. Ancien footballeur international, Revelli fut dans les années soixante-dix l’un des fers de lance des Verts, avec lesquels il remporta quatre titres de champion de France et trois coupes de France, et participa à la finale de la coupe d’Europe des clubs champions en 1976 perdue face au Bayern de Munich. Déjà conseiller pour les affaires sportives et sociales auprès du maire socialiste de Saint-Etienne, Revelli, 58 ans, dit aujourd’hui offrir ses «services» au PS rhône-alpin. «La politique, c’est comme le football ! Avant de penser au match suivant, il faut déjà gagner celui qui arrive», s’amuse-t-il lorsqu’on l’interroge sur son éventuel avenir en politique.

Déjà candidat en 2004 avec l’UDF et conseiller municipal à Auxerre depuis 2008, Fabien Cool, gardien de but de l’AJA de 1992 à 2007, rempile cette année dans les rangs de la majorité. Derrière le chef de file régional François Sauvadet, l’ancien protégé de Guy Roux est 11e sur 14 dans l’Yonne. Une position non-éligible.

Chamakh, la «belle prise» de Bayrou

Peu de risques également pour l’attaquant vedette des Girondins de Bordeaux, Marouane Chamakh. En 13e place sur la liste girondine du MoDem, il n’est en pas en position éligible. Guère étonnant, puisque le champion de France devrait bientôt annoncer son départ pour le club anglais d’Arsenal la saison prochaine. Mais pour le mouvement de François Bayrou, Chamakh constitue «une belle prise».

Autre recrue de choix pour le MoDem aquitain, l’ancien basketteur Thierry Gadou. Quadruple champion de France avec Pau-Orthez entre 1992 et 1999, médaillé d’argent aux JO de Sydney avec l’équipe de France, international à 120 reprises, Gadou figure en cinquième position sur la liste départementale des Pyrénées-Atlantiques. «En sport, on fait souvent la différence grâce aux valeurs humaines, aux liens qui se créent entre les gens. Pour moi, elles sont essentielles. Et puis cette aventure va me permettre de connaître quelque chose qui m’enrichira en tant qu’homme», dit-il pour expliquer son engagement.

Dans les rangs socialistes, on a également recruté quelques visages dans le monde handisport. Quadruple médaillé de natation aux jeux Paralympiques de Pékin, David Smétanine est en troisième position sur la liste du PS de l’Isère. Egalement médaillé d’or aux derniers jeux Paralympiques de Pékin, le tennisman Michaël Jeremiasz figure pour sa part en 28e position sur la liste parisienne du PS menée par Anne Hidalgo. Double champion de France d’équitation handisport, Adib Elsarakby, lui, est candidat dans le Loiret.

.

Sportifs en politique : «une stratégie face à l’abstention»

Le Figaro – Bastien Hugues – 10/02/2010

.

INTERVIEW -Spécialiste des relations entre sport et politique, Igor Martinache estime que les multiples candidatures de sportifs pour les régionales traduisent la volonté des partis de faire face à la défiance des citoyens envers les politiques.

Spécialiste de l’engagement des sportifs en politique, Igor Martinache est doctorant à l’université Lille-II.

Comment interpréter le fait qu’autant de sportifs soient candidats aux élections régionales?

Pour les partis politiques, cela démontre une vraie volonté de s’ouvrir à ce qu’on appelle communément « la société civile ». C’est d’ailleurs davantage les partis qui vont chercher les sportifs, plutôt que l’inverse. Il s’agit de bénéficier de leur popularité, mais surtout de donner une image d’ouverture, de faire face à la défiance des citoyens envers les politiques, et donc de tester une stratégie face à une abstention croissante.

Mais quel est l’intérêt pour les sportifs ?

D’abord, il s’agit rarement de simples sportifs, mais bien de sportifs de haut niveau, de champions qui jouissent d’une visibilité médiatique et d’une certaine popularité. Pour eux, il peut s’agir d’une opportunité, notamment dans le cadre de leur reconversion. Mais une reconversion en politique n’est pas évidente. D’abord parce qu’il s’agit d’un métier à part entière, qui a ses codes et nécessite un apprentissage : contrairement à ce que les partis politiques voudraient souvent faire croire, ce n’est pas parce qu’on est champion sur un tatami qu’on va être bon sur le terrain politique. Et d’autre part parce que bien souvent, leur engagement politique peut leur faire perdre une grosse part de leur popularité.

Les élections locales donnent-elles plus de chances aux sportifs d’être élus ?

Oui, puisque les sportifs nationaux sont souvent attachés à un club, ou à leur ville d’origine, dans laquelle ils jouissent d’une reconnaissance locale. Sans compter que les scrutins par listes mettent en lice davantage de candidats. Il faudrait toutefois souligner que les compétences d’un conseil régional en matière sportive sont très limitées, notamment par rapport à une municipalité ou une intercommunalité par exemple…

.

Sportifs et candidats, ils se lancent dans le combat régional

Libération LAURE EQUY – 10/02/2010

.L’attaquant des Girondins de Bordeaux, Marouane Chamakh, a été investi sur la liste du Modem pour les régionales en Aquitaine. Un nom de plus sur la longue liste des sportifs qui s’engagent en politique.

Marouane Chamakh à Bordeaux, le 10 février

Marouane Chamakh à Bordeaux, le 10 février (Olivier Pon / Reuters)

.

C’est une affaire qui roule. Les sportifs, anciens médaillés ou valeurs montantes, sont, à l’heure du bouclage des listes pour les régionales, des recrues de choix. Virage vers un nouveau bout de carrière pour les uns, bonus, prime à la notoriété, ouverture à la société civile pour les autres. L’attaquant franco-marocain de Bordeaux, Marouane Chamakh, dont on a appris hier l’investiture sur une liste Modem en Aquitaine, est le dernier d’une longue liste de sportifs candidats: Patrick Revelli, Gwendal Peizerat, Henry Broncan, Joel Abati, Stéphane Caristan, etc.

Une rencontre qui n’est, certes, pas nouvelle. Paul Dietschy, maître de conférences à l’université de Franche-Comté, rappelle «l’héritage du gaullisme qui a toujours aimé les grands champions». Ses figures: Maurice Herzog, vainqueur de l’Anapurna en 1950 et ministre des Sports de De Gaulle, puis l’athlète Guy Drut et l’escrimeur Jean-François Lamour.

A gauche, Paul Dietschy cite «la tradition de la SFIO et de Léo Lagrange qui a lancé une politique de démocratisation du sport». François Mitterrand aura ses ministres champions, l’ancien patineur Alain Calmat (à la Jeunesse et aux sports de 1984 à 1986) et le sprinteur Roger Bambuck, secrétaire d’Etat de Michel Rocard. Un ménage sport-politique à mettre en lien aujourd’hui avec la «pipolisation de la vie politique, la question du sport-spectacle et la place du sport dans la société», relève Valérie Bonnet, du réseau de chercheurs «Sport, médias et communication».

«Je vais essayer d’aider mes collègues»

Dernier transfert donc, Marouane Chamakh, 13e – place non-éligible – sur la liste du député Modem Jean Lassalle pour la Gironde. Et aussi pressenti – ce qu’il dément – pour rejoindre le club anglais Arsenal… Dans la campagne du Modem aquitain, il pourra, en tous cas, croiser deux autres sportifs, François Gelez, joueur de l’équipe Agen (ProD2 de rugby) qui figure en 3e position dans le Lot-et-Garonne, et l’ancien basketteur de Pau-Orthez, Thierry Gadou.

En Aquitaine, c’est sur la liste du Front de gauche de Lot-et-Garonne que, selon Sud-Ouest, Henry Broncan, fera campagne, en 6e position. «Le pire, c’est l’abstention. Il faut vraiment lutter contre ça. Alors, je vais essayer d’aider mes collègues même si j’ai peur de ne pas être très bon», confiait au quotidien l’ancien entraîneur du FC Auch et du SU Agen (rugby).

Les rugbymen – comme Didier Codorniou, maire de Gruissan depuis 2001, et candidat sur la liste de Georges Frêche en Languedoc-Roussillon -, médaillés de la reconversion en politique? Paul Dietschy explique cette relation ancienne en évoquant le «statut amateur longtemps revendiqué par le rugby favorable à l’engagement politique», ainsi que la «notabilité» des joueurs localement.

Côté footballeurs, l’ancien international Patrick Revelli, figure en 21e position (non éligible) sur la liste PS dans la Loire.

«Il a montré qu’il était un gagneur»

Pour les listes à haute teneur en sportifs, on relève celle du socialiste Jean-Jack Queyranne en Rhône-Alpes, qui a retenu David Smétanine (3e), quadruple médaillé de natation aux jeux Paralympiques de Pékin, et l’ancien champion olympique de danse sur glace Gwendal Peizerat (7e) qui avait refusé une sollicitation en 2004. «Gwendal est un atout pour notre liste. Il a montré qu’il était un gagneur dans une discipline qui exige beaucoup de travail, de maîtrise et d’élégance», s’est réjoui Queyranne.

Sur la liste Frêche, Codorniou, soutien du sortant divers gauche face à la direction du PS, pourra initier aux campagnes électorales Joël Abati, l’ex-arrière-droit du Montpellier Agglomération Handball, champion olympique et médaillé d’or des championnats du monde (2009).

En Ile-de-France, on ne présente plus David Douillet: après avoir remporté la législative partielle des Yvelines, en octobre, l’ex-judoka poursuit son ascension politique en faisant campagne comme numéro 2 de Valérie Pécresse (UMP) dans le département. Possible tremplin pour une entrée au gouvernement, murmure-t-on.

«La question délicate de l’après carrière»

Face à l’UMP, le sortant Jean-Paul Huchon a, lui, rallié, Stéphane Caristan, ancien recordman d’Europe du 110m haies. Déjà maire-ajoint (PS) de Créteil, il sera 10e dans le Val-de-Marne. En 28e position de la liste parisienne figure Michaël Jeremiasz, médaillé d’or de tennis aux Jeux Paralympiques de Pékin. Et Roxana Maracineanu, ancienne championne du monde natation, fera campagne dans les Hauts-de-Seine.

Ces deux sphères là trouvent, c’est sûr, des intérêts à faire équipe. Le politique profite de la visibité d’une figure locale ou nationale, surfe sur la conception du sport «toujours porteur de valeurs, dans l’imaginaire collectif». Et pour ces athlètes? Le bénéfice n’est «pas seulement matériel», analyse Valérie Bonnet: «Ils ont souvent à gérer la question délicate de l’après carrière. Or, au-delà des appétences personnelles pour la chose publique, l’implication en politique offre la possibilité de rester sous les projecteurs et cette reconnaissance: « je ne suis pas qu’un corps ».»

Publicités
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :