De Sarkozy à Mariani

La Marseillaise – 15-02-2010

C’était déjà clair. C’est désormais éclatant. En trois jours, la droite provençale a abattu ses cartes. Si elle réussit l’opération reconquête de PACA, elle imposera chez nous ce que Nicolas Sarkozy fait subir à la France. Vendredi soir à Toulon, François Fillon est venu délivrer la feuille de route à ses représentants en province. Au menu : accélération des recettes libérales et coup de frein sur les dépenses publiques. Hier matin à Draguignan, Thierry Mariani a annoncé qu’il avait reçu le message cinq sur cinq. Même s’il est resté dans un flou peu artistique, son projet propose la déclinaison régionale de la politique nationale. En « rupture » assumée avec les politiques sociales et solidaire de la majorité de gauche du conseil régional, il annonce qu’il met le cap sur la satisfaction des revendications du patronat. Parfois même en les devançant, à l’image de sa conception de la formation professionnelle toute entière pilotée par les intérêts privés. Quant aux mesures sur la réduction des dépenses, elles ne sont que le copier-coller des remèdes de Bercy. Dans un éclair de franchise, Christian Estrosi dit tout haut ce que d’autres susurraient : des postes de fonctionnaires territoriaux seront supprimés. Où ? Dans les lycées, la formation, l’aménagement du territoire, la préservation des paysages, la sécurité des TER ? Ils ne le disent pas. Mais l’expérience nationale enseigne que c’est l’ensemble du service public régional qui est menacé. Christian Digne

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Des fonctionnaires de la région à la trappe

La Marseillaise – 15-02-2010

UMP. Thierry Mariani a présenté hier à Draguignan son programme. Une copie régionalisée de la politique de Nicolas Sarkozy. Le nombre de fonctionnaires du conseil régional sera réduit.

La campagne des listes UMP conduites par Thierry Mariani est entrée dans sa deuxième phase. Pendant de longues semaines, le parti présidentiel s’est contenté de constituer avec quelques difficultés ses équipes départementales et de critiquer à traits grossiers le bilan de douze ans de gestion par la gauche. Hier à Draguignan, le député de Vaucluse et les ténors de la droite provençale ont rendu public leur programme. Ou plutôt ont présenté un projet vague, peu détaillé, un brin démagogique qui illustre l’impréparation de l’UMP dans sa tentative de reconquérir une région qu’elle a dirigée avec Jean-Claude Gaudin jusqu’en 1998.
Thierry Mariani annonce pour PACA un nouvel horizon articulé « autour de trois grandes priorités : la région des terroirs, la région architecte du développement durable, la région des libertés ». Mais effacé le vernis local de ces têtes de chapitre, surgit l’essence du projet : le décalque des politiques nationales menées par Nicolas Sarkozy et François Fillon depuis 2007. Au cœur de la logique présentée par l’ancien représentant spécial de l’Elysée en Afghanistan : une main largement ouverte aux entreprises alors que les moyens humains du service public régional seront revus à la baisse. Ministre de l’Industrie et maire de Nice, Christian Estrosi l’a admis hier à Draguignan lors d’un point de presse : « on va réduire le nombre de fonctionnaires territoriaux au Conseil régional » a lancé ce proche de Nicolas Sarkozy.

Les idées généreuses du monde de l’entreprise

Une réponse directe à l’injonction du pouvoir central qui somme les collectivités locales de participer à la réduction des déficits publics. Comme à Paris, ce sera donc haro sur les fonctionnaires. En chœur, de Thierry Mariani à Hubert Falco ou Bernard Deflesselles, ils dénoncent l’augmentation des effectifs. « Plus 758 hors transfert des TOS », assurent-ils sans expliquer que ces recrutements ont permis d’assurer des missions que l’Etat n’assumait plus ou mal.
En revanche, le Medef régional trouvera son compte. « Je souhaite que le monde de l’entreprise dont les idées sont souvent généreuses soit enfin compris », prévient Thierry Mariani qui propose la création « d’un fond stratégique d’investissement en faveur des entreprises ». Sans en préciser ni le financement ni les contreparties demandées au patronat. Il s’en remettra à d’hypothétiques « Etats généraux de l’économie et de l’emploi pour définir une méthode d’engagement et des urgences ».
Ce tout-libéral à la sauce provençale se retrouve dans le domaine de la formation professionnelle, l’une des compétences majeures de la Région. Sur papier glacé, l’UMP promet « une formation égale un emploi » pour les jeunes. Mais dans le discours, Thierry Mariani est plus concret. « Je mettrai un terme à la pernicieuse logique qui consiste à écarter systématiquement le monde de l’entreprise du programme régional de formation et d’en faire un monopole du secteur para-public », s’emporte le chef de file de l’UMP, faisant preuve d’une méconnaissance d’un milieu déjà largement dominé par les intérêts privés.

Engagement sécuritaire

Pour les transports, autre domaine fort de l’intervention des régions, Thierry Mariani reprend la proposition déjà lancée à gauche de création « d’une autorité régionale des transports » et suggère le lancement « d’un Pass Transports, un seul ticket pour se déplacer en PACA par les transports publics ». Mais c’est sur les TER que l’UMP se fait plus prolixe. Pour prétendre que le nombre de passagers n’a pas augmenté alors qu’il a doublé en dix ans. Et surtout pour dédouaner le gouvernement et la direction de la SNCF des dysfonctionnements subis par les usagers. Pour Thierry Mariani, les coupables ce sont « les grèves perpétuelles habilement encouragés par les communistes. (…) Il est grand temps d’y mettre un terme, (…) de garantir le service public que ces « gens » prennent en otage ».
Enfin Thierry Mariani se propose « de réinventer l’engagement sécuritaire de la région ». Sans doute pour mettre entre parenthèse le bilan médiocre du gouvernement dans ce domaine, il préfère s’en prendre à « ces beaux messieurs d’une gauche qui connaîssent plus le goût du caviar que les galères des usagers du TER ». Une manière de donner raison aux propos du maire UMP de Draguignan, Max Piselli, qui l’accueillant déclare « ta position sur l’immigration et la sécurité t’ont toujours attiré la sympathie des militants UMP ». S’il le dit…

C.D.

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Fillon : des régions au service de sa politique

La Marseillaise – 15-02-2010

UMP. Le Premier ministre, en meeting à Toulon, est venu soutenir les listes conduites par Thierry Mariani.

Nicolas Sarkozy devait venir porter la bonne parole en Provence. C’était au temps où il avait décrété que la région PACA ne pouvait être dirigée que par l’UMP. Depuis, les effets de sa politique ont laminé sa côte de popularité. D’atout électoral, il est devenu un handicap. Il est donc revenu à son principal collaborateur, François Fillon, d’apporter le soutien présidentiel à la liste conduite par Thierry Mariani.
Hier soir à Toulon, devant un millier de supporters, le Premier ministre a fait le boulot. Sans éclat. Mais avec le double objectif de défendre le bilan de son gouvernement et surtout d’appeler les régions à appliquer sa politique.
A ses côtés, toute la droite varoise et niçoise au grand complet, dont les maires-ministres de Toulon et Nice, Hubert Falco et Christian Estrosi. En revanche, fait exceptionnel pour la réception en terre provençale d’un locataire UMP de Matignon, ni Jean-Claude Gaudin ni les grands élus des Bouches-du-Rhône n’avaient cru bon de faire le très court déplacement de Marseille à Toulon. Singulière manière d’afficher cette unité que Thierry Mariani a vanté d’un « notre force, c’est l’union ».
A l’image de son terne début de campagne, le tête de liste de l’UMP s’est contenté, dans son intervention, d’attaquer l’action accomplie par la majorité de gauche depuis 12 ans et « les dérives sectaires » de la présidence de Michel Vauzelle. Esquissant la trame d’un projet qu’il a promis de présenter ce dimanche à Draguignan, Thierry Mariani a lancé l’idée d’Etats généraux de l’économie et de l’emploi. Mais il s’est surtout arrêté sur le volet sécuritaire de son programme, estimant que « la liberté, c’est avant tout la sécurité ».

Croit-il en sa victoire? Il l’affirme même s’il lance à Hubert Falco : « je sais que dans l’adversité, je peux compter sur toi ». Un propos qui ne rime pas avec optimisme.
Cette envie de (re)conquête, François Fillon a tenté de l’insuffler à ses partisans du sud. S’il a consacré quelques paragraphes à l’hagiographie de l’œuvre de Nicolas Sarkozy louant « sa rapidité » de réaction et sa « hauteur de vue » exceptionnelle, le Premier ministre a centré son discours sur la défense de sa réforme des collectivités locales. Dénonçant «une gauche qui ment en permanence » sur ce sujet pour préserver « des notables qui défendent leurs privilèges », François Fillon a vendu les mérites d’un texte « gage de cohérence et d’efficacité » qui aurait pour mérite de « clarifier » la carte administrative du pays autour de deux pôles: les couples communes-communautés et départements-régions. Mais passé l’exposé technocratique des faits, il revient à l’essentiel. Pour « résumer » son projet, il lance « pas un fonctionnaire territorial dans un département qui ne fasse la même chose que dans la région ». L’essentiel est avoué. François Fillon entend faire de sa réforme une machine de guerre pour imposer aux collectivités locales les choix de son gouvernement. Cette recentralisation en marche, le Premier ministre l’illustre en comparant un Etat « qui serre ses dépenses » alors que « les dépenses locales ne sont pas tenues », qui « réduit le nombre de ses agents publics » alors que « les embauches au niveau local se poursuivent ». L’horizon est ainsi tracé: les régions comme toutes les collectivités locales devront fondre leurs orientations dans l’objectif gouvernemental « de maîtrise des comptes publics ». Le gouvernement a préservé le système financier en creusant la dette du pays? Ce sera donc aux régions et aux collectivités de régler en partie la facture.

A sa manière, François Fillon a averti les électeurs de Provence : les régions façon UMP, c’est moins de moyens, moins de personnels, moins de réponses aux besoins de la population.

CHRISTIAN DIGNE

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