Transport: Fret en Paca (3 articles)

La Côte d’Azur privée de fret

L’Humanité – 18 février 2010

Selon un document interne, la SNCF projette de fermer plusieurs dessertes fret dans le Sud-Est. Le triage d’Avignon serait aussi condamné.
Décryptage.

Le fret ferroviaire va-t-il disparaître dans le sud-est de la France  ? L’Humanité s’est procuré le compte rendu d’une réunion entre la direction sud-est de Fret SNCF et celle de l’établissement de Miramas, qui tend à accréditer cette hypothèse. Ce document de deux pages, baptisé « Mémento de la réunion du 7 janvier 2010. Réorganisation de la production sur la plate-forme de Miramas dans le cadre de DFD », est, selon notre source qui a souhaité conserver l’anonymat, « la déclinaison régionale de Démarche flux desserte ». Révélé le 29 janvier dernier par l’Humanité, ce projet de restructuration a pour objectif l’abandon nationalement du transport de 250 000 wagons à la rentabilité jugée insuffisante. Outre qu’il confirme la décision de la SNCF d’arrêter le wagon isolé, il démontre que les trains massifiés (un seul expéditeur, un seul destinataire pour 20 à 25 wagons) ne seront pas épargnés. Réagissant à ces révélations, le directeur de la SNCF Geodis, Pierre Blayau, avait affirmé que Démarche flux desserte « n’avait pas été validé » par la direction et « n’avait pas encore été examiné ». Si tel est bien le cas, pourquoi les cadres régionaux de la SNCF travaillent-ils à sa déclinaison locale  ? Jointe, la direction de Fret SNCF s’est bornée à affirmer que ce nouveau document n’était pas non plus validé.

Le triage par gravité de Miramas est-il menacé  ?

Fret SNCF déserte la Côte d’Azur. La direction régionale envisage ainsi de supprimer les principales dessertes de la région tant sur le plan du wagon isolé que du train massifié. Sont visées au titre des « économies potentielles pouvant être réalisées en juin 2010 »  : les dessertes de Mouans-Sartoux, d’Antibes et de Nice. La desserte d’Hyères, bien qu’accessible aux trains massifiés, serait dorénavant assurée par camions depuis Miramas. Le triage d’Avignon est condamné. « Le rapatriement du CPL d’Avignon à Miramas est réalisable en juin », explique la direction du site de Miramas, qui escompte que « l’arrêt du tri » dans le chef-lieu du Vaucluse permettra une « économie » de 19 postes de cheminots et de 78 000 euros de péage que la SNCF paie mensuellement à Réseau ferré de France. L’avenir du triage par gravité de Miramas est-il menacé  ? Selon notre source, cet équipement, qui permet de trier un grand volume de wagon, est « dans le collimateur » et « à terme, Miramas ne conserverait qu’un triage à plat moins performant ». Le document en notre possession n’évoque pas l’avenir du triage par gravité. Cependant, il mentionne « de fortes craintes de l’unité d’exploitation de pouvoir trier à plat » la volumétrie qui transite chaque jour sur le site. Enfin, l’exportation du gaz naturel du terminal de Fos en Italie pourrait ne plus être assurée par Fret SNCF (six trains par jour lors de la campagne de gaz). Le document suggère de sous-traiter dorénavant cette activité à Tranitalia Cargo, au prétexte du « coût salarial important » des cheminots de Fret SNCF.

Pierre-Henri Lab

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SNCF. Miramas, centre de « gravité » menacé

L’Humanité – 18 février 2010
La SNCF va-t-elle prendre la responsabilité de mettre fin au tri moderne, dit « à gravité », essentiel au développement économique de la zone de Fos  ?

Marseille, correspondant régional.

« Notre première réaction, à chaud, c’est une condamnation mais nous voulons regarder de plus près l’impact possible sur tous les flux afin de préparer des propositions alternatives. » Interrogé par l’Humanité, Daniel Tourlan, secrétaire régional des cheminots CGT, n’ira pas plus loin. Manifestement, si les projets d’abandon du fret concernant la Côte d’Azur apparaissent assez clairement, la « lecture » du mémento révélé ci-dessus concernant la situation, au moins à court terme, de Miramas rend nos interlocuteurs prudents. Du côté de la mairie de Miramas, dirigée par le socialiste Frédéric Vigouroux, on décline l’invitation à commenter.

Le document publié évoque la fermeture du centre d’Avignon et le transfert de la production vers Miramas. Ce qui devrait renforcer ce site situé à 60 kilomètres de Marseille, au débouché de la zone industrialo-portuaire de Fos. Mais, pour Jean-Marc Coppola, le répit pourrait être de courte durée (lire ci-contre). Le compte rendu de la réunion indique également que les responsables de la SNCF sont conscients que le « cas » de Miramas est « sensible » sur les plans politique et social. Le 3 février, dans le cadre de la journée nationale d’action des cheminots CGT, une marche réunissant salariés, élus et citoyens pour défendre le service public du fret a été organisée dans cette ville.

À vrai dire, le débat concernant Miramas ne porte par sur l’alternative fermeture du site ou poursuite de l’activité, mais plutôt sur le type d’activité. L’abandon du tri « à gravité » (beaucoup plus moderne et rapide) pour le tri « à plat » impliquerait une réduction drastique des volumes traités. C’est cette décision qui constituerait, pour Frédéric Vigouroux, « une erreur stratégique. On peut construire tous les XL que l’on veut si on finit dans l’entonnoir ». Référence aux projets de nouveaux terminaux à conteneurs Fos 2XL (mise en service prévue cette année) et 3XL (inscrit au contrat de projet État-région 2007-2013). À terme, ce sont des centaines de milliers de containers supplémentaires qui vont être débarqués ou embarqués à Fos. Comment seront-ils acheminés  ? Par voie ferrée  ? Alors, non seulement il faut maintenir la gravité à Miramas, porte « naturelle » de Fos, mais également développer le réseau ferré (une seule voie actuellement contre sept à Rotterdam). Cette « option » fait consensus, des responsables politiques aux « décideurs » économiques. Que va faire la SNCF  ?

Christophe Deroubaix

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SNCF. « Organiser une table ronde au plus vite »

L’Humanité – 18 février 2010

Jean-Marc Coppola, tête de liste du Front de gauche en Paca.

Quelle est votre réaction au document interne que nous révélons sur l’avenir du fret en région Paca  ?

Jean-Marc Coppola. C’est inadmissible. C’est toujours la même logique qui est à l’œuvre  : privilégier la route. Dans la région, deux axes routiers sont déjà saturés  : le littoral et la vallée du Rhône. Et la SNCF décide de casser le fret sur la Côte d’Azur, c’est-à-dire là où la saturation est déjà maximale. Quant à la vallée du Rhône, ils vont « lever le pied » concernant Miramas en laissant passer le scrutin régional. Mais qu’arrivera-t-il à moyen terme  ? Que deviendra l’arbre « Miramas » sans ses branches  ? Car nous sommes toujours dans le même contexte où la SNCF abandonne le wagon isolé et où RFF augmente de 20 % le montant des péages pour le fret, ce qui incite encore plus à l’utilisation de la route et fait porter le coût d’entretien des voies aux TER, donc aux passagers.

Que proposez-vous  ?

Jean-Marc Coppola. Une table ronde doit être organisée dans les semaines qui viennent par le conseil régional. La proposition du Front de gauche, c’est un plan de transports de marchandises à l’échelle régionale, établissant une complémentarité entre le grand port de Marseille, le ferroviaire et le fluvial.

Entretien réalisé par C. D.

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