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Laurence Vichnievsky, tête de liste Europe Ecologie en PACA

 

developpementdurable.com – 22 février 2010

Comme la juge Eva Joly, Laurence Vichnievsky a instruit l’affaire Elf. Et comme Eva Joly, elle a rejoint les rangs d’Europe Ecologie. Cette magistrate, aujourd’hui avocat général à la Cour d’appel de Paris, est tête de liste Europe Ecologie en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour les élections régionales. Représentative, parmi tant d’autres, de la diversité du mouvement, elle nous expose son programme et sa vision de la fonction politique.

Developpementdurable.com : Vous connaissez une carrière de magistrate brillante mais vous avez décidé de vous lancer en politique. Pourquoi ? Le succès de votre collègue Eva Joly pendant les élections européennes vous a-t-il motivé ?

Laurence Vichnievsky : Plusieurs raisons expliquent mon entrée en politique au sein d’Europe écologie.
Tout d’abord, je crois que la composition de ce mouvement qui rassemble des personnalités venant d’horizons différents avec des expertises et des parcours militants et professionnels variés fait sa force. Je n’aurais pas intégré une autre formation politique qu’Europe Ecologie. Je crois sincèrement que la politique a besoin d’air frais, de nouvelles figures, de nouvelles pratiques démocratiques. Il est temps de cesser de s’épuiser à épuiser la planète.
Eva Joly et les militants d’Europe Ecologie que j’ai pu rencontrer, tant localement qu’au plan national, m’ont convaincue de franchir le pas et d’entrer en politique.
J’avais déjà une expérience de l’écologie de terrain puisque j’ai été administratrice du Domaine du Rayol (site absolument exemplaire en matière de protection du littoral) dans le Var.
Enfin, le dossier de l’Erika que j’ai pu suivre en appel en préparant les réquisitions m’a montré combien le système économique était lié aux enjeux environnementaux.

dd.com : Votre désignation par Europe Ecologie en PACA, région particulièrement en proie aux affaires, a été perçue comme une entreprise de « nettoyage » (notamment parce que la justice enquête actuellement sur des détournements de fonds impliquant des proches de Michel Vauzelle, président PS de la région). Qu’avez-vous à dire à cela ?

L. V. : Je l’ai dit dès le début et le répète donc : je ne viens pas « nettoyer » la Provence. Il y a effectivement un contexte d’affaires qu’il est difficile d’ignorer mais je suis magistrate en exercice et soumise à l’obligation de réserve. Je ne m’exprimerai donc pas sur ces dites « affaires ».
En revanche, il est certain que les écologistes qui m’ont appelée et qui m’ont désignée comme leur tête de liste régionale ont considéré que mon parcours pouvait apparaître comme un gage de rigueur, de pondération et surtout d’impartialité. La volonté existe au sein d’Europe écologie de proposer un mode de gouvernance transparent, permettant de mettre en œuvre les priorités définies par notre programme. Il s’agit de mettre un terme au saupoudrage, donc au clientélisme.
Trois axes de gestion démocratique ont ainsi été définis : la co-élaboration des politiques publiques avec l’ensemble des acteurs locaux (entreprises, associations, syndicats, citoyens…) ; des critères clairs d’attribution des aides régionales qui seront soumises au respect de clauses traduisant la responsabilité sociale et environnementale de chacun ; enfin, nous proposons que ces politiques publiques soient régulièrement évaluées et ce, à l’aune de nouveaux indicateurs de richesse et d’utilité sociale.

dd.com : Vous avez récemment déclaré : « Nous ne sommes plus des variables d’ajustements, nous sommes en capacité de gouverner cette région ». Certains doutent pourtant encore de cette compétence chez les écologistes. Quels sont vos arguments pour démontrer qu’ils se trompent ?

L. V. : Les écologistes ont trop souvent été enfermés dans des « niches » par le grand frère socialiste.
Par exemple, le PS sous-traitait aux élus Verts des champs d’intervention qu’il considérait comme mineurs : l’environnement, la politique énergétique, l’émergence de l’économie sociale et solidaire…
Le temps de l’expérimentation écologique dans des projets laboratoire est révolu. L’urgence climatique, énergétique, alimentaire, la disparition des espèces nous ont donné raison : la mutation écologique n’est pas une option, c’est une nécessité. Nous devons choisir notre avenir au lieu de le subir.
Je crois qu’aujourd’hui l’opinion est au diapason avec le projet et les propositions programmatiques portées par Europe Ecologie qui répondent de façon pragmatique à la crise systémique que nous traversons en esquissant un mieux vivre ensemble par des modes qualitatifs et non plus quantitatifs.
Ce qui a changé aussi, c’est la crédibilité des personnes qui portent ce projet collectif. J’ai par exemple sur ma liste l’ancien délégué régional du Conservatoire du Littoral, l’ex-responsable du développement de la Fondation Nicolas Hulot, la porte parole nationale d’Anticor, le fondateur et président de l’Association Santé Environnement France, plusieurs vice-présidents du Conseil régional…

dd.com : Quelles sont les grandes lignes de votre programme pour la région PACA ?

L. V. : Nous avons trois axes prioritaires…
– Réaliser la transformation écologique de l’économie : reconversion et relocalisation de l’économie ; réorienter la formation vers les emplois de demain ; soutenir les nouveaux gisements d’emplois et l’économie du lien : TPE/PME et l’économie sociale et solidaire…
– Répondre aux urgences climatiques et environnementales : ex. en matière de transports = inverser les priorités : le maillage ferroviaire (TER notamment) avant la LGV Paca ; s’opposer à tout projet autoroutier, mettre en place une taxe en appliquant la directive eurovignette sur le transit des poids lourds pour financer des projets d’infrastructures ferroviaires.
Nous souhaitons également lancer un programme d’isolation thermique des logements construits avant 1975 qui sont de véritables passoires thermiques et dont les occupants payent des charges insupportables. Cette mesure répond donc à la fois à l’urgence sociale et climatique. De plus, elle permettra de créer des emplois locaux et de développer des filières de formation spécifiques pour ces nouveaux emplois.
– Garantir la démocratie, les libertés publiques et le mieux vivre ensemble : sortir la région de sa fonction de région – guichet saupoudrant les aides et interventions.

… et 4 principes d’action :
– Renforcer le fait régional comme échelon pertinent de régulation et de transformation écologique et sociale : droit à l’expérimentation ; droit à l’innovation…
– Sortir de la logique de mise en concurrence des territoires en renforçant les coopérations et solidarités territoriales : mise en cohérence des politiques publiques sur le territoire ; planification via des schémas directeurs régionaux de l’écologie.
– Gérer de façon transparente et exemplaire.
– Partager les richesses, renforcer les politiques de solidarités : mise en place d’une fiscalité écologique, mise en place d’un revenu minimum d’existence, garantir la présence des services publics pour tous

dd.com : Quelle est votre position sur le projet Iter de Cadarache ?

L. V. : Nous ne sommes pas opposés aux projets de recherche fondamentale sur la fusion-thermonucléaire. Le projet ITER n’est qu’un projet expérimental qui ne doit pas produire d’électricité avant une centaine d’années mais ne fera que dépenser de l’énergie. Ce projet international coûte « la bagatelle » de 10 milliards d’euros dans sa version initiale et un récent rapport prévoit le doublement de ce budget.
Notre hostilité au projet est donc liée à la déconnexion du projet par rapport à la crise climatique et énergétique. ITER va assécher les crédits de recherche consacrés à la maîtrise de l’énergie ou au développement des énergies renouvelables. L’urgence liée à la fin du pétrole bon marché et à la modification du climat commande la recherche de solutions de sobriété énergétique et de diversification des sources dès aujourd’hui.
Parier sur la fusion thermo-nucléaire, au demeurant aléatoire, cela veut dire que nous reportons les alternatives énergétiques à horizon 2100.
Il est par ailleurs paradoxal que la région et l’ensemble des collectivités locales soient amenées à participer à ce projet, compte tenu de ses impacts négatifs : pression foncière, peu de créations d’emplois, une route XXL balafrant tout le sud Lubéron pour acheminer les matériaux, une ligne THT dédiée, une déforestation au niveau du site d’implantation, une captation des eaux de la Durance dans une région souffrant de sécheresse récurrente… ITER est un projet hors sol de déménagement du territoire.
Europe Ecologie Paca demande le report des crédits engagés par l’institution régionale (70 millions d’euros) vers le programme d’isolation thermique des bâtiments antérieurs à 1975 dont je vous ai déjà parlé.

dd.com : La région PACA connaît, avec la Bretagne, de graves problèmes d’approvisionnement en électricité. Avez-vous une réflexion sur le sujet ?

L. V. : Cette fragilité du réseau en PACA ou en Bretagne montre l’impasse du système nucléaire. L’hyper centralité du nucléaire entraîne une hyper fragilité du réseau.
Il faut donc développer au plus vite un réseau décentralisé, diversifié au niveau des sources de production ; n’oublions pas les risques du nucléaire et n’oublions pas non plus que nous sommes parfois dans l’obligation d’importer de l’électricité, ce qui est un comble au regard du potentiel, notamment solaire ou hydraulique, qui est le nôtre.
Une de nos priorités est celle là : développer les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie car on réduit d’abord sa dépendance en étant moins consommateur. C’est le b.a.ba.

dd.com : Vous êtes une amie de Nicolas Sarkozy. C’est une personne que vous appréciez. Peut-on en dire autant de sa politique environnementale ?

L. V. : Heureusement, nous avons tous des relations amicales dont nous ne partageons pas nécessairement les opinions sur le plan politique : c’est plutôt stimulant pour le débat. J’ai déjà dit aussi que le tutoiement n’était pas exclusif du combat politique. Je crois aux vertus du pluralisme.

dd.com : Quelle est votre définition personnelle du développement durable ?

L. V. : Vous me demandez donc comment l’homme peut prospérer et vivre mieux sans épuiser les ressources naturelles de la planète ! Le développement soutenable – je préfère ce terme – c’est mieux consommer, mieux produire, c’est anticiper pour choisir son avenir ; c’est l’humanisme et non pas l’argent roi.
C’est un développement qui répond à nos besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. C’est la recherche de l’intérêt général et vous savez combien cette valeur m’est chère.

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