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ENQUETE REGIONALES PACA – L’HUMANITE – 26 février 2010 (5 articles)

PACA. La gauche favorite malgré l’ancrage à droite

l’Humanité – 26/02/2010

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L’envoyé spécial de l’Élysée, Thierry Mariani (UMP), ne décolle pas dans les sondages électoraux.

Michel Vauzelle ne se lasse pas de l’anecdote. Il la répète à l’envi. Encore lundi dernier, lors de la présentation de son projet. « Depuis mon bureau, je vois la permanence de M. Mariani et cette affiche qui dit  : “Ce que Nicolas Sarkozy a fait pour la France, je le ferai pour la région.” Oh, non  ! surtout pas, malheureux  ! » L’effet auprès des fidèles – et pas seulement – est évidemment garanti.

Même s’il ne manque jamais de rappeler sa fidélité au chef de l’État, Thierry Mariani, qui lui doit sa nomination comme tête de liste, a pourtant choisi un autre slogan de campagne moins « sarkozyste »  : « La France change, ma région doit changer aussi. » Pour l’instant, les sondages indiquent que les électeurs n’ont pas l’intention de changer de majorité. Une enquête publiée mercredi matin par le quotidien la Provence indique que l’UMP recueillerait 29 %, devançant le PS (28 %), le FN (16 %), les Verts (12 %) et le Front de gauche (6,5 %). Au deuxième tour, Michel Vauzelle serait confortablement 
reconduit dans ses fonctions.

Le pari s’annonce raté pour le président de la République. À l’entendre en début de campagne, cette région  – qui l’avait quasiment plébiscité en 2007, avec 62 % des voix – serait propriété de la droite. Après la défection d’Hubert Falco, c’est l’Élysée, directement, qui a tranché, préférant le député vauclusien, peu présent dans l’enceinte régionale et très marqué à droite.

De son côté, Michel Vauzelle surfe prudemment sur la vague du moment qui pousserait à ne pas sortir les sortants, s’appuyant sur un bilan reconnu, qu’il porte lui-même à l’actif de « toute une majorité ». Il regrette pourtant que sa « coalition de l’olivier » ne se présente pas unie dès le premier tour même si personne, à gauche, ne fait mystère de sa volonté de se retrouver au soir du 14 mars. Encore que… Laurence Vichnievsky, tête de liste d’Europe Écologie, qui ne conteste pas une amitié personnelle avec Nicolas Sarkozy, souffle le chaud et le froid, allant jusqu’à expliquer que, selon elle, il n’y a « jamais de caractère automatique » à une fusion à gauche. Le Front de gauche, lui, revendique à la fois le bilan de la mandature qui se termine et la nécessité de « changer de braquet ». « Le sens du Front de gauche, c’est à la fois d’avoir une utilité immédiate et concrète pour la région, et de contribuer à une perspective nationale, explique Jean-Marc Coppola. D’ailleurs, si le Front de gauche progresse dans les sondages, c’est que nous sommes perçus comme porteurs de propositions ambitieuses et comme ceux qui disent  : “Voilà l’horizon  !” à tous ceux qui sont mécontents. »

C.D.

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PACA. Une région, trois métropoles ?

l’Humanité – 26/02/2010

Si l’institution régionale échappait à la mort clinique que lui réserve la réforme des collectivités, le conseil régional Paca ne manquerait pas de succomber à petit feu, en cas de création de « métropoles » également prévue par le texte gouvernemental. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur aurait en effet la particularité unique en France de posséder sur son territoire trois de ces nouvelles entités qui absorberaient des compétences jusqu’ici dévolues aux conseils généraux et régional  : Marseille, Nice et Toulon. Le conseil régional ne deviendrait alors que l’institution de l’arrière-pays. Mais déjà, cette réforme des métropoles « escagasse » dans les Bouches-du-Rhône  : hier, 75 maires et des centaines d’élus, ont manifesté devant l’Assemblée nationale pour crier tout
le mal qu’ils pensent de cette réforme.

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PACA Transports : l’égalité par les rails

l’Humanité – 26/02/2010

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Les TER et leurs dysfonctionnements, malgré les lourds investissements 
du conseil régional, animent la campagne dans une région marquée par le règne de la voiture 
et de fortes inégalités sociales. 
Le Front de gauche propose la gratuité.

Marseille, correspondant régional.

A h, les cigales, les oliviers, le pastaga, la Grande Bleue, la faconde… Voilà pour le folklore fantasmé, entre Pagnol et Giono. Côté réalité socio-économique, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur emprunterait plutôt à Zola  : Paca (affreux acronyme), terre d’inégalités. Un PIB annuel par habitant inférieur de 2 000 euros à la moyenne nationale. Un chômage qui frappe, selon les statistiques officielles, 10,3 % de la population active, contre 9,1 % pour la France métropolitaine. Un taux de pauvreté de 15,8 % (moyenne nationale, 13,4 %). De ce point de vue, Marseille mérite vraiment son titre de « capitale régionale » puisque la deuxième ville de France est également la plus inégalitaire avec, d’un côté, 5 859 foyers qui paient l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et, de l’autre, la moitié des ménages qui ne sont pas imposables. Un tiers de la population marseillaise vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette « fracture sociale », comme disait un ancien président de la République qui l’a longtemps contemplée, on ne la déniche pas que dans les plus grandes villes ou sur la Côte d’Azur, à l’image des contrastes entre le Cannes richissime et le Cannes du quartier populaire de la Bocca. On la constate un peu partout.

À Carpentras, ville vauclusienne de 27 451 habitants, le revenu médian (12 697 euros) est le plus faible des communes de plus de 10   000 habitants dans la région. Pourtant, 205 foyers paient l’ISF – pour continuer d’utiliser cet indicateur comme marqueur. On peut aussi se pencher sur Avignon, 92 000 habitants, célèbre pour sa cité des papes  : 28 % de personnes sans diplôme, 6 759 foyers assujettis à l’ISF. Ces inégalités, qui sont à la fois sociales et spatiales, nécessitent des politiques fortes en matière de développement économique, de constructions de logements sociaux, de promotion de mixité sociale, d’aménagement du territoire, etc. La liste des « remèdes » est longue tant le mal lui-même est enraciné, mais, en cette période de campagne électorale pour les élections régionales, on pourrait peut-être y placer en tête les transports, compétence majeure des conseils régionaux et facteur potentiel d’égalité. Dans cette région où 80 % de la population vit sur 20 % du territoire, le réseau routier est quotidiennement au bord de la thrombose, et une véritable alternative à l’utilisation de la voiture peine à voir le jour. Pourtant, la majorité de gauche du conseil régional a massivement investi dans le réseau TER depuis 1998  : 3 milliards d’euros, 780 rames quotidiennes contre
250 il y a douze ans, doublement partiel de la voie Marseille-Aix. Mais, selon la revue la Vie du rail, Paca pointe à la dernière place en matière d’évolution de la fréquentation  : seulement + 5,47 %. On en trouvera l’explication principale dans un autre tableau de cette enquête  : cette région détient la palme des trains supprimés. Plus de 10 %  ! Sans parler des retards. En l’absence de garantie de temps de déplacement, l’usager renâcle… Michel Vauzelle transmet régulièrement son courroux à la direction de la SNCF. L’entreprise nationale paie d’ailleurs 12 millions d’euros de pénalités par an.

Dans un face-à-face avec le chef de file UMP, Thierry Mariani, (voir pages 14 et 15), Jean-Marc Coppola, tête de liste régionale du Front de gauche, dit qu’il ressent ces dysfonctionnements « presque comme un sabotage ». La SNCF a reconnu, de fait, sa responsabilité, en affectant – de manière, certes provisoire – 50 cheminots en région Paca. Selon le syndicat CGT, il reste encore 30 postes à créer…

L’absence de fiabilité des TER constitue l’un des thèmes principaux de cette campagne. Émerge également la question de l’accessibilité… financière. Chronologiquement, la question des transports – « enjeu numéro un de l’élection régionale », selon le quotidien la Provence – a fait l’objet de la toute première proposition de campagne. Fin novembre 2009, le Front de gauche a en effet proposé d’instaurer la gratuité sur le réseau TER. L’objectif est triple  : agir contre le réchauffement climatique, agir en faveur du pouvoir d’achat, agir en faveur d’une appropriation citoyenne des transports publics. Cette mesure  – dont le coût est estimé à 80 millions d’euros – serait financée par une contribution nouvelle des entreprises, des grandes surfaces commerciales, des promoteurs immobiliers et par l’utilisation d’une partie de la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Sans surprise, l’UMP se prononce contre la gratuité et lui préfère la solution d’un « passe transports à 1 euro par trajet », sur le modèle de la carte Orange francilienne. À gauche, on sent comme une réticence. Michel Vauzelle propose de plafonner à 1 euro le trajet domicile-travail pour les salariés. Les Verts évoquent « une tarification unique régionale », sans plus de précisions. Quelle position prévaudra dans l’optique du second tour  ?

Christophe Deroubaix

Repères

.. La région Paca compte 4 900 000 habitants. .. Elle est composée de six départements  :

  • Bouches-du-Rhône (1 950 000 habitants),
  • Alpes-Maritimes (1 100 000 habitants),
  • Var (1 000 000 habitants),
  • Vaucluse (540 000 habitants),
  • Alpes-de- Haute-Provence (155 000 habitants) et
  • Hautes-Alpes (135 000 habitants).

.. Résultats des élections régionales de 2004.

Deuxième tour. Participation : 65,51 %.

  • Gauche unie, 45,17 % ;
  • UMP, 33,82 % ;
  • FN, 21 %.

.. Le conseil régional sortant. Président , Michel Vauzelle (PS).

  • PS, 46 sièges ;
  • UMP, 31 ;
  • PCF , 19 ;
  • FN, 16 ;
  • Verts, 8 ;
  • Non-inscrits, 3.

Face-à-face PACA

PACA. Gratuité, TER : quels transports régionaux ?

l’Humanité – 26/02/2010

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Fin novembre 2009, Jean-Marc Coppola, président du groupe communiste au conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et tête de liste du Front de gauche, a lancé sa campagne par une proposition qu’il voulait « forte ». Une proposition qui « fera débat », assumait-il : la gratuité des transports sur le réseau TER (trains express régionaux), géré par le conseil régional. Symboliquement, il a présenté cette proposition à la presse dans un train TER à destination d’Aubagne. En mai 2009, la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne, présidée par le communiste Alain Belviso, avait mis en oeuvre cette gratuité sur son réseau. L’objectif était de parvenir à une augmentation de 50 % de la fréquentation. Fin 2009, la hausse enregistrée s’établissait à 62 % avec une affluence record en octobre, avec 323 279 voyageurs (contre 208 038 en octobre 2008). La mise en oeuvre de la gratuité sur le réseau TER aurait un coût, que Gérard Piel, viceprésident du conseil régional en charge des transports et tête de liste du Front de gauche dans les Alpes-Maritimes, estime « à 80 millions d’euros au maximum sur un budget global de la région de 1,9 milliard ». À ce jour, aucune autre liste en Paca n’a fait sienne cette proposition. Le président sortant, socialiste, Michel Vauzelle, s’est engagé à fixer « le prix maximal des abonnements domicile-travail à 1 euro par trajet pour les salariés », tandis que Thierry Mariani, tête de liste UMP, propose un « passe transports » à 1 euro le trajet. Preuve que la question de la tarification se trouve au coeur de la problématique de l’utilisation des transports en commun. Elle n’est pas la seule puisqu’on y trouve également la question du développement de l’offre. L’ensemble des régions ont investi des milliards d’euros dans les réseaux TER. En Paca, cet investissement se monte à 250 millions d’euros par an. Pourtant, de nombreux dysfonctionnements empêchent le réseau TER d’être fiable pour les usagers.

C. D.

L’une des premières propositions – si ce n’est la première – de la campagne en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour ces élections régionales a été formulée par vous, Jean-Marc Coppola, au nom du Front de gauche. Elle concerne la mise en œuvre de la gratuité des transports sur le réseau TER, géré par le conseil régional. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette proposition  ?

Jean-Marc Coppola. Cette proposition est le fruit de l’expérience de douze années de gestion de l’autorité organisatrice des transports. Nous sommes allés au bout des tarifications sociales afin de permettre aux plus défavorisés de prendre le train. Aujourd’hui, si l’on veut vraiment promouvoir une mesure sociale, compte tenu de l’évolution du pouvoir d’achat, si l’on veut vraiment que ce soit une mesure écologique et que les gens laissent leur voiture pour prendre le train, il faut avoir l’audace d’aller vers la réappropriation d’un transport public par l’ensemble des citoyens. Nous proposons en effet la gratuité. Alors, chacun sait que, dans la société dans laquelle nous vivons, rien n’est gratuit. C’est plutôt un autre financement qu’il faut promouvoir et surtout pas par l’augmentation de la fiscalité régionale. Nous proposons de financer cette mesure par une contribution financière des entreprises, des grands centres commerciaux, des promoteurs immobiliers et par l’affectation d’une partie des recettes de la taxe intérieure sur les revenus pétroliers. Pour nous, l’aspect le plus important, je le répète, est la réappropriation des transports publics.

Thierry Mariani. Dans notre région, nous devons faire face à un problème  : dans la réalité, ces cinq dernières années, le nombre de passagers transportés chaque jour dans les TER est quasiment stable, aux alentours de 100 000 personnes. Je constate que, du côté du Parti communiste, il y a une proposition concrète. La gratuité peut constituer une piste, mais ce n’est pas celle que nous avons choisie. Notre choix, c’est de mettre en place un « passe transports ». Pourquoi  ? D’abord, pour sortir d’un paradoxe où, sur certains trajets, il est moins cher d’utiliser sa voiture que d’emprunter le train. La politique des prix est pour le moins surprenante. Le « passe transports », c’est un peu ce qui existe en région parisienne, avec un même ticket permettant d’emprunter à la fois le TER, le tramway, le métro, le bus. Cela demande évidemment une coordination avec une autorité régionale, mais nous y reviendrons certainement dans le cadre du débat. Sur le principe, je ne suis pas favorable à ce qui est gratuit. Je pense qu’il faut des mesures tarifaires pour que les plus défavorisés puissent obtenir des tarifs moins chers, mais je pense que le service public doit avoir un prix. Nous sommes dans une société où trop de choses sont déjà gratuites et une partie de nos concitoyens perdent toute notion de finances publiques, toute notion de…

Jean-Marc Coppola. De valeurs, non  ?

Thierry Mariani. De valeurs, oui.

Jean-Marc Coppola. C’est là en effet que nous divergeons. Thierry Mariani. Un passe unique avec des prix abordables me semble être la bonne piste. Je vois ce qui se passe dans la région de Nice. Ils ont mis en place ce passe pour les transports en commun. Cela fonctionne.

Jean-Marc Coppola. Je partage l’idée de l’intermodalité. Cela fait douze ans que je propose qu’il y ait une autorité organisatrice des transports à l’échelle régionale…

Thierry Mariani. Pourquoi n’a-t-on jamais essayé  ?

Jean-Marc Coppola. Parce que nous n’avons pas été entendus par la majorité, c’est vrai. Aujourd’hui, certains ont l’air de découvrir la lune, alors que la possibilité d’un syndicat mixte régional est inscrite dans la loi SRU. Pour en revenir à la gratuité, notre proposition contient évidemment un volet d’accès aux transports mais nous posons aussi une réflexion beaucoup plus globale dans la société dans laquelle nous voulons vivre. Est-ce que nous voulons vivre dans une société où il faut payer même un euro pour « responsabiliser », une société où plus on paie, plus on est citoyen  ? Ça, c’est la société dans laquelle nous vivons actuellement. Ou, n’y a-t-il pas des secteurs vitaux qui doivent être totalement accessibles  ? Sachant, de plus, qu’un autre type de financement, comme celui que j’ai évoqué, participe d’une justice fiscale et sociale.

Thierry Mariani. La région est une collectivité qui est au-dessus des départements, des communes et qui a un rôle de coordinateur, d’architecte. Dans les critiques que je formule à l’encontre du bilan de douze ans de Michel Vauzelle à la tête de la région, et qui ne coûte rien, il y a justement qu’il n’a pas assez su prendre cette dimension d’aménageur. Je pense que la région a vocation à regrouper tous ceux qui font du transport en commun. Ce n’est pas facile. Certains accepteront, d’autres refuseront. Mais chacun sera mis devant ses responsabilités. Il n’y a pas eu la moindre tentative là-dessus. La première chose que nous ferons, lorsque nous serons majoritaires, sera d’essayer d’élaborer ce syndicat.

La moitié des gares dans cette région n’ont pas de parkings ou des parkings totalement insuffisants en capacité. La priorité des financements doit désormais aller à l’aménagement des gares. Commençons par cela. Ensuite, sur la base du volontariat, construisons un syndicat mixte. Ensuite, établissons une « carte orange ». On parle beaucoup d’écologie dans cette campagne. Dans une région comme la nôtre, qui a 5 millions d’habitants, une mesure écologique, ça consiste à avoir des transports en commun qui fonctionnent.

Beaucoup de thèmes viennent d’être survolés. Peut-on revenir à la question de la gratuité, qui traverse manifestement l’ensemble de la société puisque l’une des premières villes à avoir mis en œuvre la gratuité avait un maire de droite. Il devait être un adepte de la formule de Deng Xiaoping  : « Peu importe qu’un chat soit gris ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris… »

Thierry Mariani. L’essentiel est évidemment que ça marche, que les gens prennent les transports en commun. Je vous rappelle qu’à Nice, ça marche, et que le tarif unique est à 1 euro. Après, la gratuité relève presque de la discussion philosophique. Je pense que les citoyens doivent avoir une notion du coût. Autrement, on en arrive à ce que les gens perdent tout repère.

Jean-Marc Coppola. Une mesure égalitaire constitue au contraire un repère… Dans son dernier rapport, la Cour des comptes souligne que les recettes de billetterie ne représentent que 17 % de l’ensemble du coût total des TER. Finalement, l’effort financier à réaliser pour aboutir à la gratuité n’est pas si important que cela. J’ajoute, concernant le financement, que cette mesure de gratuité ferait, de fait, économiser à la région le montant des tarifications sociales. Le tramway de Bobigny est gratuit, et la RATP a déclaré que cela lui coûtait moins cher, eu égard aux déprédations qu’elle n’a plus aujourd’hui grâce à cette réappropriation d’un transport collectif par les usagers.

On vous sentait impatients d’évoquer le bilan des TER…

Thierry Mariani. Le paradoxe en Paca, c’est qu’il y a des investissements très nets, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. L’efficacité d’une politique publique, ce n’est pas de dire  : « J’ai mis de l’argent, donc ça marche », comme le fait Michel Vauzelle. La région a-t-elle mis de l’argent dans les transports  ? Oui. L’a-t-elle fait de manière convenable  ? Sincèrement, je pense. Le problème, c’est que ça ne marche pas. Et le discours de la région ne peut pas se limiter à  : « J’ai acheté des rames, j’ai fait mon boulot. »

Jean-Marc Coppola. D’abord, je prends toute ma part à ce bilan car il faut être fier d’avoir quasiment triplé l’offre ferroviaire de 250 TER à 780 de 1998 à 2010. La fréquentation a augmenté. Nous avons eu une politique volontariste. Mais nous avons besoin de continuer dans ce volontarisme aussi bien au niveau de la région que de l’État. Si ce dernier ne mobilise pas des moyens suffisants, via par exemple un plan national pluriannuel d’investissement, nous n’aurons pas de véritable alternative en matière de transports. Or, de 2002 à 2009, la dotation globale de l’État est passée de 3 milliards à 2 milliards.

Si l’on prend l’exemple de notre région avec ses 5 millions d’habitants, où 80 % de la population vit sur 20 % du territoire, on voit bien qu’il est indispensable d’augmenter les infrastructures ferroviaires. Il faut donc beaucoup plus de volontarisme de la part de la région. Je ne suis pas ce ceux qui disent  : « J’attends une bonne nouvelle du président de la SNCF. » Quant aux dysfonctionnements, je les ressens presque comme un sabotage. Comment se fait-il que, dans la même entreprise, les TGV circulent relativement bien, et qu’au niveau des TER, on se trouve dans l’incapacité d’en faire circuler régulièrement  ? C’est impensable  ! C’est à se demander si on ne veut pas faciliter l’ouverture à la concurrence prévue par les directives européennes…

Thierry Mariani. En Paca, 10 % des trains sont annulés pour une moyenne nationale qui s’établit à 2-3 %. Je ne vois pas pourquoi les cheminots seraient meilleurs ou pires dans notre région. C’est vrai qu’il y a un problème structurel  : les voies sont vieillissantes. Mais on ne peut pas sans cesse renvoyer tout ça sur le dos de la SNCF, comme le fait Michel Vauzelle. Il y a un vrai effort de modernisation, que la SNCF doit faire. Quand le discours, c’est en permanence  : « Je résiste à l’État », il ne faut pas s’étonner qu’un partenaire, l’État en l’occurrence, ne réponde plus présent.

Jean-Marc Coppola. Ce sont les intérêts des populations qui en pâtissent.

Thierry Mariani. Je suis bien d’accord. Ajoutez à cela un blocage des relations entre la SNCF et la région…

On peut aussi s’interroger sur l’efficacité des investissements colossaux réalisés. Si l’on prend l’exemple du doublement de la ligne Marseille-Aix… plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement pour quelques milliers de voyageurs supplémentaires, pour l’instant. En posant les choses de manière brutale, on pourrait se demander si c’est bien utile…

Jean-Marc Coppola. Considérons d’abord qu’il s’agit là d’investissements à très long terme. Cela prouve surtout que la marge de manœuvre du TER est encore considérable. 95 % des déplacements entre Aix et Marseille se font encore en voiture. Mais il est vrai que si l’on veut vraiment que les gens préfèrent le train, il faut y mettre le paquet. On ne peut pas se contenter de demi-mesures. C’est ici que je redis que nous avons besoin de l’État. Et vous, Monsieur Mariani, en tant que parlementaire, vous contribuez à des restrictions budgétaires  : moins 3 000 emplois de cheminots cette année. On ne peut pas assurer une qualité de service si, au moment où on triple l’offre ferroviaire, on réduit de 25 % le nombre de cheminots dans cette région.

Cette question de la qualité de service mérite l’organisation d’une table ronde dès que l’élection régionale aura eu lieu. Avec la région, la SNCF, RFF, les associations d’usagers et les syndicats de cheminots. Pour être actifs, je propose que les pénalités que la SNCF doit payer à la région (12 millions en 2009, soit l’équivalent de 80 emplois de cheminots) soient dynamiques et que l’argent soit affecté à l’amélioration de la qualité de service.

Thierry Mariani. Pour revenir à la question posée, je dirais même que la marge de progression est énorme. D’autant plus que la progression démographique va se poursuivre. Donc, même si le coût de la ligne peut sembler important, il est économiquement, socialement et écologiquement rentable.

Une association d’usagers estime que la création de « régies régionales », sous l’autorité du conseil régional, permettrait de dépasser cette situation. Qu’en pensez-vous  ?

Thierry Mariani. C’est inutile. On ne va pas changer la loi. Il faut du dialogue et de la coordination. La SNCF est une entreprise nationale et doit le rester.

Jean-Marc Coppola. La mise en œuvre de cette idée, ce serait organiser la concurrence. Gardons notre entreprise nationale. Mais, Monsieur Mariani, je suis surpris de votre position. Agréablement surpris.

Thierry Mariani. Pourquoi  ?

Jean-Marc Coppola. Comme Dominique Bussereau est plutôt favorable à l’ouverture de la concurrence des TER…

Thierry Mariani. C’est que vous oubliez ma formation politique… (Thierry Mariani était membre du RPR – NDLR).

L’institution régionale devrait-elle prendre une place plus importante dans l’organisation des transports  ? Faut-il se diriger vers la création d’un syndicat mixte  ?

Thierry Mariani. Ma proposition ne porte pas sur la création d’un syndicat mixte mais d’une haute autorité de coordination. Que chacun garde ses finances. Que chacun garde son mode de gestion, son autonomie. Ce que je crains avec un syndicat mixte, c’est la création d’un mastodonte qui regrouperait tout. Mais il y a manifestement un manque de dialogue et de concertation. Il faut une instance de coordination où tous les acteurs du transport en commun se rencontrent afin d’harmoniser des politiques tarifaires, horaires et de favoriser l’intermodalité. J’ajoute que la prochaine majorité ne sera élue que pour quatre ans et la priorité devra être la coordination non la structure.

Jean-Marc Coppola. Le syndicat mixte régional des transports est prévu par la loi SRU. Il n’y a donc pas lieu d’inventer une loi mais d’utiliser une loi existante. C’est vrai que cela implique un changement de culture en dépassant la gestion de son propre réseau par chacun. L’un des objectifs sera, bien sûr, d’assurer une coordination, mais celle-ci ne sera efficace que si l’on dispose à la fois des moyens des collectivités et d’un investissement public à l’échelle nationale à la hauteur des enjeux. Entre 1990 et 2008, la diminution des émissions de CO2 est de 6,4%. Cela touche tous les secteurs sauf deux  : les transports et l’habitat. Il y a vraiment un problème auquel il faut s’attaquer par une politique volontariste.

Face-face réalisé par Christophe Deroubaix

PACA. Fret ferroviaire :
petit meurtre en silence  ?

l’Humanité – 26/02/2010

Le « plan » de réorganisation de la SNCF entraverait le développement économique du port de Marseille-Fos-sur-Mer.

La note interne à la SNCF concernant la casse du fret dans la région Paca, publiée le 18 février dans l’Humanité, continue de faire des remous. En début de semaine, syndicalistes et élus ont tenu une conférence de presse pour demander, officiellement, un moratoire et l’organisation par le préfet d’une table ronde. L’entreprise publique envisage, en effet, de cesser la desserte de plusieurs centres sur la Côte d’Azur et de mettre fin au tri « à gravité » (600 wagons traités par jour actuellement) à Miramas, centre névralgique de la logistique régionale, pour passer au tri « à plat » (150 wagons par jour). Pour Daniel Tourlan, secrétaire CGT des cheminots Paca, cela équivaudrait à jeter des dizaines de milliers de camions supplémentaires sur la route. « Pour la direction de la SNCF, il n’existe pas de trêve pour tuer le fret  ! » a-t-il lancé, en référence à peine voilée à la « trêve électorale » invoquée par le préfet de région pour ne pas organiser au plus vite une table ronde.

Miramas constitue la porte de sortie naturelle de la zone industrielle et portuaire de Fos, où le projet de terminal conteneurs, dit 2XL, va faire exploser la demande de transport dans une zone déjà saturée de camions. Daniel Tourlan insiste sur la portée des décisions de la SNCF  : « On condamne le développement économique de la zone et du port. Comme ça, par une décision de la direction de l’entreprise publique contraire aux décisions du Grenelle de l’environnement  ! » « Le plan de la SNCF ne correspond pas à la réalité du développement économique des années à venir, regrette Frédéric Vigouroux, maire PS de Miramas. C’est une réponse comptable. Mais on ne luttera jamais entre le coût d’un wagon et le coût d’un camion car ce dernier ne supporte pas le coût de l’investissement. » Pour Jean-Marc Coppola, tête de liste du Front de gauche, « on ne peut plus dire que la région est au bord de l’asphyxie en matière de transports. Sur le fret, il faut d’abord un moratoire. Mais il faut aller bien plus loin et se donner les moyens d’inverser la donne ».

Étonnamment, le sujet a provoqué peu de réactions politiques dans la région, alors qu’il est question de l’avenir du port de Marseille-Fos, poumon économique de ce territoire.

C. D.

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