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La campagne en PACA se fait à l’ombre de Marseille

L’Express – 27/02/2010

Michel Vauzelle, le président (PS) sortant du conseil régional Paca et candidat à sa propre succession aux élections régionales salue Jean-Noël Guérini, président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône.

AFP Michel Vauzelle, le président (PS) sortant du conseil régional Paca et candidat à sa propre succession aux élections régionales salue Jean-Noël Guérini, président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône.

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Marqué par les affaires qui visent plusieurs élus, le scrutin régional se déroule dans une ambiance délétère. Et se télescope avec les intrigues des prétendants à la mairie de la cité phocéenne. A gauche comme à droite.

Il n’est pas candidat aux régionales, mais, à Marseille, on ne parle que de lui. C’est que Jean-Noël Guérini est de retour. « Vous me voyez, je me porte comme un jeune homme », plaisante le très puissant patron socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône. Une résurrection, ou presque. Car, ces derniers mois, l’homme fort du département n’était vraiment pas au mieux de sa forme.

Le 30 novembre 2009, Guérini visite le camp d’Auschwitz avec des collégiens lorsqu’il apprend que des gendarmes perquisitionnent les bureaux du conseil général, dans le cadre d’une information judiciaire pour atteinte à l’égalité des marchés, détournement de fonds publics et trafic d’influence. En toile de fond – notamment – les conditions d’attribution au privé du marché du ramassage et du traitement des ordures ménagères. Un secteur dans lequel Alexandre Guérini, son frère, est devenu incontournable.

« Il a lâché le téléphone de stupeur et s’est accroché au mur pour ne pas s’écrouler », rapporte un témoin. Dans la brume polonaise, l’élu rose est devenu blême.

Batailles internes

Aujourd’hui, la tempête médiatique passée, Jean-Noël Guérini a repris des couleurs. « Deux épreuves m’ont marqué, confie-t-il. Mon opération à coeur ouvert et cette campagne de presse. Elles m’ont appris à relativiser beaucoup de choses. Désormais, je suis d’une sagesse absolue. »

De la main, il montre son petit bouddha fétiche, qui trône sur son vaste bureau du neuvième étage du « paquebot bleu », l’hôtel du département. « On me l’a offert lors de mon premier mandat de conseiller municipal, en 1977. Il me sourit toujours… »

Pendant l’épreuve, on ne s’est pourtant pas bousculé pour soutenir « Jean-Noël ». Il a donc décidé de resserrer les rangs. Le 5 février, Guérini se fait élire président de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, bien qu’il en soit déjà le patron de facto. Or cette fonction n’existe pas au PS! Certains dénoncent aussitôt un pronunciamiento. « Aucun militant, aucun élu ne m’a manqué, réplique l’enfant de Calenzana (Haute-Corse). Trois personnes seulement ont joué leur jeu personnel. » Lesquelles ? Il n’en dira pas plus.

Et quel rapport avec la campagne des régionales ? A priori aucun, puisque c’est le président sortant, le socialiste Michel Vauzelle, qui porte le drapeau du PS. Cependant, dans l’entourage de ce dernier, on se plaint: pour le soutenir, la « fédé » se contenterait du service minimum.

Parce que Patrick Mennucci, directeur de campagne de Vauzelle et candidat virtuel à la mairie de Marseille, est dans le collimateur des Guérini. Les deux frères le suspectent d’être à l’origine de leurs ennuis judiciaires – une lettre anonyme circonstanciée envoyée au juge Charles Duchaine.

Furibard, Mennucci a dû se fendre d’un démenti sévère. Un avocat de la place décrypte: « Marseille est une ville de rumeurs. Quand on ne sait pas, on invente! Manifestement, le juge a un dossier important. Mais Duchaine s’est bien gardé de mettre quiconque en examen, afin d’éviter que les avocats aient connaissance des pièces de l’instruction. »

« C’est Gomorra ! » hurle-t-on sur le Vieux-Port

Si toutes sortes de bruits circulent, aucun n’échappe à Guérini. Le journaliste de L’Express peut en témoigner. « Hier, vous avez déjeuné dans mon canton, glisse, l’air de rien, le président du conseil général. A la fin du repas, une personne est venue. Vous avez parlé de la présidence de la fédération. Vous avez posé des questions. Vous savez, je sais tout. » La « personne », c’était Mennucci… Etrange campagne, décidément.

Car le président du conseil général n’est pas le seul à s’inquiéter des investigations en cours. Michel Vauzelle, s’il affiche une sérénité à toute épreuve, voit sa campagne polluée par une autre affaire, explosive, touchant l’institution qu’il préside.

Une enquête a été ouverte, en 2008, pour détournement de fonds publics et escroqueries. En cause: les 700 000 euros de subventions du conseil régional engloutis dans des associations des quartiers Nord qui se sont révélées être des coquilles vides. Le candidat PS plaide la bonne foi. « J’ai moi-même saisi la justice ! » rappelle-t-il.

Au centre des enquêtes en cours, l'attribution du marché de traitement des déchets de Marseille.

m. gangne/afp Au centre des enquêtes en cours, l'attribution du marché de traitement des déchets de Marseille.

Pourtant, deux de ses plus proches collaborateurs sont mis en examen. Ils ont depuis quitté son cabinet et ont été « recyclés » dans d’autres collectivités territoriales socialistes. Sa vice-présidente à la politique de la ville, la députée PS Sylvie Andrieux, a été « démissionnée ». Elle demande en vain à être entendue par le juge Landou, qui instruit le dossier.

Après une trêve, au second semestre 2009, le magistrat a repris ses auditions en janvier. Mal à l’aise, Michel Vauzelle, qui n’est pas mis en cause, aurait souhaité que la justice « travaille plus vite ».

Cette dernière ne chôme pourtant pas. La preuve avec ce coup de tonnerre survenu à la fin de novembre. En pleine grève des éboueurs, on apprend que les gendarmes enquêtent depuis plusieurs mois sur des marchés publics de déchets à la communauté urbaine de Marseille, présidée depuis 2008 par le premier secrétaire de la fédération socialiste, Eugène Caselli – un homme lige de Guérini. « C’est Gomorra ! » hurle-t-on, pendant que les ordures s’entassent dans la ville.

L’alliance Verts-PS est loin d’être gagnée en Paca

Renaud Muselier, adjoint au maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, et directeur de campagne de Thierry Mariani, chef de file de l’UMP pour les régionales, ira jusqu’à balancer publiquement le best-seller de Roberto Saviano sur le bureau d’Eugène Caselli. Provoquant la réaction outragée de ce dernier.

Les perquisitions des gendarmes au domicile et au siège de l’entreprise d’Alexandre Guérini sèment une sacrée panique dans le landerneau phocéen. Déjà accablé, le très bigot Jean-Noël Guérini aurait fait asperger son bureau d’eau bénite.

Là-dessus, deux maires PS du département se retrouvent mis en examen, en janvier, pour délit de favoritisme dans un marché de transports. Pis, quelques jours plus tard, un cacique du parti, Bernard Granié, président de l’intercommunalité de Fos-sur-Mer, est condamné à un an ferme dans une autre affaire de corruption dans des marchés publics de déchets – il a fait appel de ce jugement. Les « amis » de Jean-Noël Guérini ont décidément le mauvais oeil…

La candidature de la magistrate Laurence Vichnievsky perturbe le jeu politique régional.

a.-c. poujoulat/afp La candidature de la magistrate Laurence Vichnievsky perturbe le jeu politique régional.

Le débarquement surprise de la magistrate Laurence Vichnievsky à la tête de la liste Europe Ecologie ne les a guère ragaillardis. D’emblée, celle qui a instruit l’affaire Elf, avec son amie Eva Joly, déclare qu' »à titre personnel [elle] ne figurer[a] jamais sur une liste qui comporterait des femmes ou des hommes condamnés ou mis en examen pour des affaires de probité ».

La région Paca apparaît alors comme l’une des rares où l’alliance PS-Verts au second tour n’est pas sûre à 100 %. C’est peu dire que Michel Vauzelle le prend très mal. Aujourd’hui, Laurence Vichnievsky, devenue avocate générale près la cour d’appel de Paris, n’insiste plus sur le sujet. Elle jure qu’elle ne fera pas basculer la région à droite, mais promet des discussions serrées sur la « gouvernance », dans le cadre de la fusion avec les listes de Vauzelle. « Il faut arrêter le clientélisme », lâche-t-elle.

Les colistiers UMP ont dû fournir leur casier judiciaire

Les malheurs du PS ne font pas pour autant le bonheur de l’UMP, qui reste prudente sur le sujet. Il est vrai qu’un pacte de non-agression règne sur Marseille, cogérée par les deux camps (la mairie par la droite, la communauté urbaine par la gauche).

Et Michel Vauzelle aime à le rappeler, les grands barons de la région – Gaudin, Falco, Estrosi – entretiennent d’excellents rapports avec lui, qui n’a jamais rechigné à « accompagner » financièrement les projets importants de leurs cités.

Surtout, la droite traîne ses propres casseroles en Paca. Le Sénat a levé, le 20 janvier, l’immunité parlementaire du sénateur UMP et maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes), René Vestri, pour les besoins d’une enquête pour trafic d’influence et corruption passive, au sujet d’une tour en construction à Monaco. Une affaire pour laquelle le maire (divers droite) de Beausoleil (Alpes-Maritimes), Gérard Spinelli, a dormi deux mois et demi en prison, en détention préventive.

Pour couronner le tout, le maire (UMP) de Tarascon (Bouches-du-Rhône) a été placé deux jours en garde à vue, les 8 et 9 février, à la demande du juge Duchaine, décidément très actif, pour parler BTP. Ressorti sans charge contre lui, Charles Fabre a néanmoins dû démissionner de la liste UMP, où il figurait en troisième position dans les Bouches-du-Rhône.

« Je veux que nous soyons inattaquables », déclare Thierry Mariani. Pour éviter tout soupçon, il avait demandé, dès janvier, à tous les colistiers de fournir un extrait de leur casier judiciaire ! En Paca, on n’est jamais trop prudent…

Pourtant, à écouter la plupart des élus de la région, ce curieux climat n’intéresserait que les médias et le microcosme. « Les gens s’en foutent ! » lâche un hiérarque socialiste. Comme si cette ambiance délétère faisait partie du folklore local.

Même Jean-Marie Le Pen, qui mène probablement ici son dernier combat, n’attise pas ces braises. Il n’y a que Michel Vauzelle qui s’en émeuve. « Ce genre de campagne dessert la démocratie », déplore l’ancien garde des Sceaux. Reste que, d’opération mains propres en lavage de linge sale en famille, l’heure du grand ménage semble avoir sonné en Paca.

Par Philippe Bidalon, Romain Rosso, Léa Delpont

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