Dossier L’Express du 3 mars 2010 : La campagne électorale en PACA (5 articles)

Vauzelle, le faux tranquille

L’Express – 03 mars 2010

.

Le président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Michel Vauzelle, candidat à sa propre succession aux élections régionales de mars prochain.

AFP PHOTO MICHEL GANGNE Le président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Michel Vauzelle, candidat à sa propre succession aux élections régionales de mars prochain.

Entouré de ses fidèles et de quelques nouveaux venus, l’élu arlésien sollicite un troisième mandat à la tête de la région. Malgré les affaires, il invoque la « morale républicaine » contre Sarkozy et la « droite dure ».

Dans son bureau lambrissé, entouré de ses tableaux et statues fétiches – « Je suis romain, vénitien, napolitain, grec, de culture jésuite, épris d’art religieux et d’émotion esthétique » – Michel Vauzelle s’accorde une pause. L’occasion d’évoquer Arles, où il a pris pied en 1976, avec son épouse et ses trois enfants alors petits, aujourd’hui grands, très présents à ses côtés, mais sans appétence aucune pour l’engagement politique. C’est dans la cité camarguaise qu’il a été élu la première fois, conseiller municipal (de 1977 à 2001). Il en a même été le premier magistrat au milieu des années 1990. Il en est devenu aujourd’hui le député.

De sa jeunesse, le natif de Montélimar retient sa scolarité chez les jésuites de Saint-Joseph, à Lyon, et l’espoir, comblé, de ses parents d’avoir un fils médecin et l’autre avocat – un barreau qu’il fréquentera fort peu, taraudé très tôt, lui, par les démons de la politique. Installé à la tête de la région depuis 1998, Michel Vauzelle sollicite aujourd’hui un troisième mandat. Il s’en va battre la campagne en toute confiance, satisfait de son bilan, sûr de la justesse de son combat et de ses valeurs. « Celles que m’ont inculquées mon père, ouvrier à 14 ans, et ma mère, fille de paysans, à savoir le respect de la personne humaine, la révolte contre l’injustice sociale et l’attachement à la culture républicaine française. Or je me retrouve face à Mariani, qui incarne une droite très dure, qui ne protège pas du tout la souveraineté du peuple contre les puissances mondiales de l’argent dans un pays qui se vide de son activité politique », s’insurge l’ancien garde des Sceaux. Et de s’en prendre à Sarko, l’ennemi n° 1 de sa campagne : « Il a veillé à siphonner les voix du FN et récupéré sa clientèle au travers d’une politique nationaliste et xénophobe. Seulement, aujourd’hui, son discours ne fonctionne plus et les électeurs regardent de nouveau en direction de Le Pen. » Il est vrai que Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à lancer lui-même la campagne des régionales en Paca, il y a plus d’un an, avec Hubert Falco. « Un adversaire que j’aurais préféré, confie le candidat socialiste. Il aurait maintenu la campagne à un niveau moral et permis l’élévation de la pensée politique. » De quoi faire rosir le maire de Toulon…

Toujours très classique, ce jour-là, en pantalons de flanelle grise et blazer de velours noir, le président sortant est sur le point de présenter un colistier inattendu en la personne d’Avi Assouly, journaliste sportif, sexagénaire, exubérant et très populaire dans le landernau des supporters de l’OM. « Ce n’est pas un coup médiatique, assure-t-il, mais quand une société menace de se disloquer, le sport joue le rôle de rassembleur intergénérationnel. L’une des dernières manières de faire passer les valeurs. » Encore elles… On apprendra plus tard que la boxeuse Myriam Lamare rejoint, elle aussi, la très people Vauzelle team.

Réconciliation avec Patrick Mennucci

Autour du président du conseil régional, la garde rapprochée, fidèle, veille dans l’ombre. Homme de la première heure, Bernard Morel n’a jamais quitté le coeur du dispositif. Gravitent également dans le premier cercle Frédéric Rosmini, ex-député européen PS, l’universitaire Philippe Langevin, son ancien « dir’ com » Bruno James et Guillaume Thiriot, le directeur de cabinet. « Peu de politiciens pur jus, plutôt d’anciens compagnons, des administratifs fidèles », précise un élu socialiste.

La surprise se trouve ailleurs, avec le choix de Patrick Mennucci comme directeur de campagne. Oubliée, la fracture de 2005, quand Michel Vauzelle avait évincé ce délégué à l’éducation nationale trop entreprenant, trop indépendant. Mennucci avait alors trouvé refuge auprès de Jean-Noël Guérini. Les temps ont changé. Sensiblement. Interrogé sur les incidences possibles des affaires de la gauche marseillaise sur les votes des régionales, le maire du premier secteur temporise : « Je ne vois pas du tout en quoi cela pourrait nuire, nos concitoyens sont aujourd’hui instruits de la relativité des choses. Concernant le conseil général, je ne commente pas, mais je ne redoute pas l’amalgame. Quant à la région, Vauzelle est une victime. »

La confiance affichée par le président sortant repose également sur les bons chiffres des sondages, qui le donnent régulièrement gagnant. Il sait pouvoir compter sur le Front de gauche. Jean-Marc Coppola, dont la formation compte 22 conseillers régionaux (sur les 73 sortants de gauche), confirme : « Cette élection permet à tous de s’exprimer. Le premier tour est l’occasion de défendre nos valeurs, de proposer du contenu et des solutions à la crise, comme la gratuité des TER. Ma volonté étant de voir gagner la gauche, au second tour, l’alliance est évidente. » Michel Vauzelle reste par ailleurs persuadé qu’Europe Ecologie se ralliera, en temps voulun à son panache rose. « Avec Mme Vichnievsky, nous avons les mêmes idéaux, la même ligne morale. Nous serons, je pense, amenés à nous rejoindre. Par le passé, nous avions été unis à deux reprises dans l’alliance de l’Olivier », rappelle le candidat socialiste. Las, le bon terreau a manqué cette fois, et l’olivier n’a pas – encore – germé.

Par NATHANIA CAHEN

.

Le péril écolo

L’Express – 03 mars 2010

.

Laurence Vichnievsky (Europe-Ecologie) ne veut pas s’allier avec qui avec une formation ou des personnes ayant maille à partir avec la justice.

Forte des 16 % de voix raflées par Europe Ecologie lors des élections européennes, Laurence Vichnievsky, 55 ans, a abordé la campagne – et Marseille – de manière radicale, annonçant tout de go qu’elle ne s’allierait pas avec une formation ou des personnes ayant maille à partir avec la justice et jugeant « digne des méthodes de Sarkozy » le sondage publié par les socialistes en janvier dernier, qui la plaçait en dessous de la barre des 10 %. Depuis, elle souffle le chaud et le froid, reléguant à l’entre-deux tours la question du rapprochement avec Michel Vauzelle. « Pourquoi je ne saisis pas la main tendue ? Parce que nous sommes les seuls, aujourd’hui, à proposer un projet global de transformation, alors que le PS n’en a pas », résume la juge candidate. A contrario, pour Patrick Mennucci, la messe serait déjà dite. Et de rappeler à l’envi que la tête de liste écologiste dans les Alpes-Maritimes, l’ancien député Vert André Aschieri, s’affiche sans ambiguïté pour la fusion au second tour.

Comment la magistrate justifie-t-elle sa soudaine vocation politique ? « Après trente années au service de l’intérêt général, de la justice, je m’engage pour faire appliquer la loi à tous, porter des valeurs communes comme la transparence ou l’éthique. Comme Monsieur Jourdain et la prose ! » Elle lie le choix de la région à des lointaines attaches familiales, un pied-à-terre dans le Var, près d’Hyères, des cousins agriculteurs dans le Vaucluse… Sur son engagement, elle évoque sa dimension de femme de dossiers : « Ils sont ici nombreux, à commencer par le chômage, les transports calamiteux et la protection du littoral… » Autant de pierres jetées dans le jardin du conseil régional. La lune de miel avec Vauzelle attendra.

Par NATHANIA CAHEN

.

Le cactus de Le Pen

L’Express – 03 mars 2010

.

Fort des derniers résultats du Front national aux européennes, son leader historique devrait de nouveau contrarier les espoirs de la droite. Mais son meilleur ennemi, Jacques Bompard, vient le défier dans son dernier combat.

Jean-Marie Le Pen tenait à être le tout premier candidat à déposer sa liste en préfecture, dès le 8 février, pour effacer l’affront de son inéligibilité en 2004. Pour sa – probable – dernière bataille, le vieux lion de 81 ans rêve d’un score au-dessus de 20 % sur sa terre d’élection. « Je me battrai jusqu’au bout », affirme celui qui devrait raccrocher les bottes de campagne en mars pour enfiler les pantoufles de président d’honneur du Front national en 2011. En attendant, persuadé de pouvoir « faire jeu égal avec l’UMP et le PS », il s’autorise à envisager « une victoire dans une quadrangulaire ». « Que ferez-vous, monsieur Mariani, si je suis devant vous au soir du premier tour ? » lance-t-il à son adversaire UMP.

En préretraite ou pas, son nom fait encore recette dans une région sociologiquement favorable à l’extrême droite. « On y trouve son électorat classique de petits commerçants et d’ouvriers déçus, mais aussi une forte population de rapatriés et une pyramide des âges déséquilibrée en faveur du troisième âge, analyse le politologue Daniel Van Eeuwen. Sa remontée n’est que le retour de bâton du débat non maîtrisé sur l’identité nationale. Les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie… » Stéphane Ravier, tête de liste dans les Bouches-du-Rhône, s’en frotte les mains : « Notre électorat, trahi par Sarkozy, est en train de revenir. »

Bompard prépare les cantonales de 2011

Mais Le Pen pourrait se trouver en concurrence sur son propre terrain avec la Ligue du Sud, emmenée par Jacques Bompard, 66 ans, un ancien du sérail passé en 2005 au MPF de Philippe de Villiers (dont il vient de prendre congé). Le dentiste en costumes trois pièces, maire d’Orange depuis bientôt quinze ans, s’imagine en leader d’un nouveau mouvement, calqué sur le modèle de la Ligue de Nord italienne. Il innove, prônant le retour au travail forcé dans les champs pour désengorger les prisons et fournir de la main-d’oeuvre à une agriculture qui a besoin de bras pour revenir aux méthodes naturelles…

Il a rallié une escouade de vieux « félons » du MNR et du Parti radical, bon nombre d’anciens cadres du FN (des élus régionaux et la tête de liste aux élections régionales de 2004, Guy Macary), ainsi que la jeune garde du Bloc identitaire, une mouvance radicale très active à Nice. Leur programme repose sur des refrains connus : populisme et surenchère dans la préférence nationale, rebaptisée pour l’occasion « localisme économique » (embaucher, produire et consommer local). C’est la mesure phare du Bloc, groupe régionaliste et fédéraliste aux relents xénophobes, créé en 2003, après la dissolution d’Unité radicale, groupuscule extrémiste dont un militant, Maxime Brunerie, avait, l’année précédente, tenté de tirer sur Jacques Chirac lors du défilé du 14 Juillet. Les Identitaires, en croisade contre « l’islamisation de la France », se sont fait connaître, notamment, avec leur « soupe populaire au cochon ». Ils mènent la liste de la Ligue du Sud dans leur fief des Alpes-Maritimes, mais sans leur chef local, Philippe Vardon, 29 ans, inéligible jusqu’en septembre 2010. Les yeux fixés sur la barre des 5 %, celui-ci attend de savoir « si on boira du Champomy ou du champagne le soir du 14 mars ». Car ces régionales constituent un galop d’essai en vue des cantonales de 2011, où la Ligue, misant sur l’après-Le Pen, compte présenter des candidats dans toute la région.

Serein, le président du FN prédit à Bompard « une déculottée dont il ne se remettra pas ». Et les militants frontistes n’affichent comme seule crainte que le maire d’Orange empêche leur chef de franchir les 20 %. Du côté de l’UMP, en revanche, on compte sur lui pour empêcher le Front de se maintenir au second tour… Pas vraiment gagné pour une liste créditée, pour le moment, de 1 à 3 %.

Par Delpont Léa

.

Mariani, l’envoyé du président

L’Express – 03 mars 2010

.

Thierry Mariani ( C) candidat UMP aux élections régionales 2010.

AFP - BORIS HORVAT Thierry Mariani ( C) candidat UMP aux élections régionales 2010.

Nicolas Sarkozy compte sur lui pour reprendre Paca à la gauche. Une mission qui s’annonce plutôt difficile.

Mariani ? C’est qui ça ? » s’interroge une dame sur le marché de Castellane. « C’est moi », répond la tête de liste UMP pour les élections régionales, en lui tendant son tract. L’homme a du métier. « Quand quelqu’un refuse, les suivants l’imitent. Il faut laisser passer quatre ou cinq personnes. » Des campagnes, il en a mené dix depuis 1988, dont une seule défaite. Mais loin, très loin de Marseille, à Valréas, aux confins septentrionaux de la région, dans une enclave vauclusienne de la Drôme.

Candidat par défaut après la défection d’Hubert Falco, Thierry Mariani, fringant quinquagénaire à l’aise dans des costards décontractés, pâtit d’un déficit de notoriété. Alors pourquoi lui ? De son propre aveu, parce qu’il ne fait « d’ombre à personne ». Il est déjà conseiller régional. Mais les socialistes l’ont sévèrement taclé en octobre en raillant sa présence à dix réunions officielles sur… 155. Plus assidu au Palais-Bourbon, le député fort en gueule, rapporteur des propositions de loi sur l’immigration, son sujet de prédilection avec la sécurité, a déposé quinze textes depuis deux ans et continue de se démener avec une proposition ad hoc sur le contrôle des comptes de campagne.

Tous ses amis s’accordent pour le situer « très à droite » : « c’est pour cela qu’on l’a choisi », reconnaît Jean-Claude Gaudin. « Il est notre meilleur bouclier anti-Le Pen », renchérit Maryse Joissains, maire UMP d’Aix-en-Provence. Son adversaire de longue date dans la 4e circonscription du Vaucluse, Jacques Bompard (ex-FN et tête de liste de la Ligue du Sud), pourrait lui rendre service en volant des voix à Le Pen, l’empêchant ainsi de franchir la barre des 10 %, qualificative pour le second tour. « C’est bien la première fois que j’espère qu’il récolte quelques points », sourit Thierry Mariani… en excluant tout « accord » ou « montage » avec le maire d’Orange.

« Tout est possible à condition que Vauzelle, le dernier représentant de la génération Mitterrand, ne soit pas une troisième fois sauvé par le FN », martèle-t-il. Il se targue d’avoir toujours été élu dans des triangulaires contre l’extrême droite dans un département où elle obtient ses plus gros scores. « J’ai montré des convictions très claires depuis 1993 sur l’immigration et la sécurité. Mais, à l’inverse de Le Pen, je propose des solutions, pas des slogans. »

Pendu à son BlackBerry, le challenger donne dans un style radicalement différent de celui de Michel Vauzelle : aussi impétueux que l’autre est posé. Il est venu le narguer sous ses fenêtres en installant sa permanence à 300 mètres de l’Hôtel de Région. Il tape à coups de boutoir sur le bilan de l’Olivier et n’oublie pas de surfer en dérapage contrôlé sur les « affaires » qui touchent le PS : « J’aimerais avoir des nouvelles avant et pas après les élections, comme ce fut le cas en 2004 avec le rapport de la chambre régionale des comptes, rendu public quelques semaines après le scrutin. »

Excentré dans son fief de Valréas, le candidat de l’UMP compense son manque d’assise locale par un vernis d’aura nationale. Il est l’ami de Nicolas Sarkozy, abonné aux avions présidentiels. Il devra pourtant se passer du coup de pouce élyséen, la visite de soutien prévue ayant été annulée. « Il lui ressemble : rentre-dedans, hyperactif, sans complexes », affirme Renaud Muselier, son directeur de campagne. Leur amitié s’est scellée en 1978 dans la pépinière de Charles Pasqua, la direction nationale des jeunes du RPR, aux côtés d’Hortefeux, Raoult et Karoutchi. Il l’imite jusque dans sa méthode, proposant de déléguer à l’opposition la Commission des finances et celle des appels d’offres, qu’il laisserait bien à une certaine juge d’Europe Ecologie…

Spécialiste de l’ex-URSSet de l’Asie centrale

Originaire d’Orange, Mariani est retourné au pays en 1988 pour son baptême du feu électoral aux législatives. Il a perdu. Mais quelques mois plus tard, il a gagné le canton, puis la municipalité de Valréas (1989), et enfin la circonscription d’Orange, en 1993. Il ne garde pas un souvenir ému de sa mairie, qu’il a quittée en 2005. « Pendant que les copains étaient à Paris, moi, je célébrais des mariages le week-end », rumine-t-il encore, trahissant le côté Rastignac que dénoncent ses adversaires locaux.

Tricard sous Chirac, il a su faire bon usage de ses mandats législatifs pour développer un solide réseau chez les professionnels du tourisme en créant un groupe d’étude, Hôtellerie Restauration, à l’Assemblée. Actif sur les dossiers agricoles, il a noué des liens chez les viticulteurs. Il chasse sur de nombreuses terres, sensibles, porteuses ou exotiques, dans 38 (!) groupes du Palais-Bourbon : rapatriés, professions libérales, PME, jardinage, deux-roues, amiante, tabac, langues régionales, trufficulture, presse ou tauromachie. Fort de bonnes notions de russe – un héritage de sa scolarité à l’école militaire, à Aix – et d’un diplôme de droit international, il fait figure de spécialiste de l’ex-monde soviétique et de l’Asie centrale. Pas un hasard, donc, s’il a épousé une Russe, mais pas depuis assez longtemps pour qu’elle puisse voter pour lui.

Il était jusqu’à fin janvier représentant spécial de la France en Afghanistan et au Pakistan. Autant dire qu’il lui restait peu de temps, entre deux avions, pour labourer les terres de Paca. Il met depuis les bouchées doubles, carburant au café noir pour compenser le manque de sommeil. Les nuits sont courtes avec un bébé de 3 mois à la maison. Mais il ne risque pas grand-chose dans cette élection. Car si ces régionales apparaissent comme une punition pour certains ministres de Sarkozy, une défaite pourrait offrir à Thierry Mariani la consolation qu’il attend depuis si longtemps : une place au gouvernement.

Une droite unie malgré tout

Ni ancien ministre ni cador régional de l’UMP, Thierry Mariani devra compter sur ses chefs de file départementaux pour mobiliser l’électorat de droite. « Hubert Falco, dans le Var, devrait avoir à coeur de réussir le meilleur score pour se faire pardonner d’avoir refusé de mener la liste », analyse Renaud Muselier. Dans les Alpes-Maritimes, où l’UMP réalise traditionnellement ses meilleurs scores, c’est une ex-Mme Estrosi qui est devant : « Elle aussi va tout faire pour que son département reste le premier de la classe », répond Muselier. Dans les Bouches-du-Rhône, l’ancien ministre et ancien premier adjoint de Marseille eût fait une bonne locomotive, mais il n’a pas voulu se « griller » pour les prochaines municipales en risquant une nouvelle défaite. La tâche incombe donc au député Bernard Deflesselles, illustre inconnu au faux air de Balladur et à peu près aussi charismatique. Président du groupe UMP à la région depuis 1998, il a la légitimité de la constance. Selon Maryse Joissains, « il sera parfait pour apporter à Mariani ce qu’il lui manque : la connaissance des dossiers ». C’est finalement la liste du Vaucluse, où sa 3e place sur ses propres terres – derrière le député Jean-Michel Ferrand et Bénédicte Martin, première adjointe du maire de Malaucène – fait se gausser les socialistes, qui aura été la plus difficile à boucler. Accusations de parachutage, conflits entre Avignonnais et Carpentrassiens, les places étaient chères. Car il a fallu serrer les rangs à l’UMP pour faire rentrer les amis de Sarkozy : le Nouveau Centre, la Gauche moderne, le Mouvement pour la France, les Progressistes, le Parti chrétien-démocrate et le Parti radical. Mais le plus dur est fait, et Thierry Mariani peut « souhaiter bien du plaisir à Vauzelle pour fusionner quatre listes en 48 heures au soir du premier tour ».

Par Delpont Léa

.

Les dessous d’un scrutin

L’Express – 03 mars 2010

.

Symbole de la volonté de reconquête de l’UMP, la région Paca est sous le feu des projecteurs. Les enchères montent, l’ombre des affaires plane, mais la litanie des sondages laisse serein le président PS sortant.

A l’aise dans ses souliers de patron du conseil régional, l’aguerri Michel Vauzelle poursuit sa promenade de santé et ne doute pas d’une nouvelle victoire, quel que soit le sondage du jour. Dès le lancement de la campagne, il a donné le ton, national : « L’ennemi s’appelle Sarkozy, Mariani est son croisé ». Selon lui, ce « ticket » ferait courir un double péril à la région et au pays, en prônant la réforme des institutions et en réveillant le Front national. Et de défendre fièrement le bilan de ses douze ans d’actions, en dépit des attaques.

Zen attitude à gauche

Quand , candidat de la majorité, Thierry Mariani, dénonce « une région sans plan de relance, avec un chômage supérieur à la moyenne nationale, un niveau de qualification à la traîne, le pire réseau TER du territoire… », Vauzelle riposte : « 80 % des décisions lourdes sont votées à l’unanimité, donc même l’UMP les estime bienvenues. Le problème de M. Mariani est qu’il connaît mieux l’Afghanistan que la région, qu’il ignore que nous avons déboursé 3 milliards d’euros pour le TER, que l’endettement correspond à des équipements pour lesquels nous sommes sollicités par l’Etat… » La question, sensible, des affaires ? Officiellement, elles n’inquiètent pas Michel Vauzelle : la gauche fait mine d’afficher son désintérêt face aux enquêtes de justice, mises en examen et autres détournements de marchés qui ont fait les beaux jours de l’opposition. Au PS, on considère apparemment l’électeur blasé ou naïf. Une posture qui pourrait également servir la droite dont le numéro 3 sur la liste des régionales, Charles Fabre, le maire UMP de Tarascon, a dû se retirer, inquiété dans une affaire de marché public.

De part et d’autre, les mêmes thèmes de campagne reviennent, sur des airs différents. Les mots-clés sont l’emploi, les transports et la sécurité. Sans oublier l’écologie : tous ont désormais intégré que le sujet rapporte des voix…

Les tracasseries de la droite

L’UMP en a sacrément bavé pour trouver son héraut. Des noms ont circulé, les rumeurs ont fait long feu. Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et maire de Toulon, qui faisait l’unanimité à droite et peur aux socialistes, a finalement décliné l’offre. Le président d’Euroméditerranée et député des Bouches-du-Rhône, Guy Teissier, rêvait, lui, d’en découdre. Las, ses « amis » marseillais, peu désireux de lui offrir un tremplin pour les futures municipales, l’ont « barré ». La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, approchée de loin, s’est déclarée flattée, mais pas intéressée. Celle du Cannet (Alpes-Maritimes), Michèle Tabarot, a été éconduite sans ménagement.

Au bout des calculs électoraux et des coups tordus, seul est resté Thierry Mariani. Le député du Vaucluse présente en effet le double avantage de ne pas entraver les ambitions de ses condisciples marseillais et, ce n’est pas la moindre de ses qualités, d’être presque toujours sorti vainqueur des triangulaires avec le Front national – à l’exception des législatives de 1988. Il se retrouve aujourd’hui avec un vrai défi : l’hôte de l’Elysée compte sur lui pour transformer la région Paca en prise de guerre symbolique. Selon le politologue Daniel Van Eeuwen, « Sarkozy fait un double pari pour conserver les voix qu’il a prises au FN : nationalement, il a misé sur la sécurité et l’identité nationale ; localement, sur Mariani. Or ce dernier n’est pas un candidat naturel, car il existe une vraie cassure culturelle entre les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. »

Mathématiquement, l’affaire semble bouclée dans une région où l’UMP règne dans la plupart des grandes villes (Marseille, Nice, Toulon, Aix-en-Provence, Avignon, Gap…) et détient 36 des 40 sièges de députés. Mais il est toujours des exceptions pour défier l’évidence. Le duel se cristallise en réalité sur les Bouches-du-Rhône – non seulement le département le plus important en nombre de conseillers à élire, mais également celui dont l’électorat est le plus versatile, au contraire de celui du Var et des Alpes-Maritimes, solidement ancrés à droite.

Le spectre du FN

L’équation est simple : pour battre Vauzelle, la droite républicaine doit éviter une triangulaire et donc empêcher le Front national de franchir la barre des 10 %. Ce n’est donc pas gagné face à un Jean-Marie Le Pen revenu chasser sur ses terres de prédilection. Ce dernier soigne son retour en fanfare dans l’arène politique provençale et fait son miel du débat sur l’identité nationale, de la crise, de l’insécurité, de la burqa, de la grip-pe A… Mais la droite dispose d’un autre levier, glisse Daniel Van Eeuwen : le recyclage du Mouvement pour la France (de Philippe de Villiers), avec la Niçoise Joëlle Martinaux, ainsi que le soutien, en sous-main, à la liste Ligue du Sud menée par Jacques Bompard (ex-FN, ex-MPF). Une tentative de « fixer » discrètement une petite frange de l’électorat d’extrême droite. Au regard des sondages, qui crédite Le Pen de 13 à plus de 15 % des voix, la droite peut trembler… et la gauche se rassurer. D’autant plus que le risque d’une quadrangulaire avec la liste d’Europe Ecologie semble définitivement écartée et que Vauzelle sait pouvoir compter sur le PRG, qui l’a officiellement rejoint le 27 janvier, et sur le ralliement en temps et en heure du Front de gauche et du Modem, dont la liste est conduite par une connaissance arlésienne, l’ex-Verte Catherine Levraud.

Dernière inconnue, et non la moindre, le taux de participation qui, en 2004, était de 61,3 % au premier tour. « J’espère que la campagne sera suffisamment élevée pour motiver les électeurs », s’inquiète Michel Vauzelle. Qui de l’électeur blasé, de l’électeur déçu ou de l’écolo-électeur aura le dessus ?

Par NATHANIA CAHEN, DelpontLéa

  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :