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La visite de N. Sarkozy versus économique (7 articles)

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Après les mesures en faveur de l’industrie, les craintes d’un nouvel effet d’annonce

Le Monde – 04/03/2010

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Ni libérale, ni interventionniste, ni protectionniste. En déplacement à Marignane, jeudi 4 mars, Nicolas Sarkozy a exposé une politique industrielle qu’il veut nationaliste. « La priorité absolue [est] donnée au redressement de l’industrie française », a-t-il expliqué, en détaillant les propositions qu’il entend mettre en place.

Avec une enveloppe de 1 milliard d’euros – sous forme de financements et de prêts verts pour l’investissement, le développement des filières et une prime à la relocalisation, ainsi que des mesures d’allégement et de simplification – le gouvernement entend clairement baisser les charges (Lire le décryptage L’industrie française reste entravée par le poids des charges sociales). L’économiste Elie Cohen approuve cette politique, mais regrette qu’elle s’accompagne d’une main-mise de l’Etat sur l’industrie. « Il est illusoire de croire que l’Etat peut désigner les secteurs, les entreprises ou les technologies stratégiques », prédit-il. (Lire l’analyse d’Elie Cohen)

Jean-Luc Gaffard, professeur à Sciences Po, à Paris, salue globalement ces mesures qui facilitent le financement des PME (petites et moyennes entreprises) et simplifie les dispositifs légaux. Mais il prévient que ces aides ne doivent pas être ciblées sur telle ou telle entreprise, mais bien sur tout un secteur. « Des mesures d’aide individuelle aux entreprises resteraient inopérantes en raison, notamment, de la prégnance de comportements opportunistes », souligne-t-il. (Lire l’analyse de Jean-Luc Gaffard).

« ON NE VOIT PAS BIEN COMMENT CELA PEUT ÊTRE RÉALISÉ »

Du côté de l’opposition, l’avis est plus tranché. Martine Aubry estime ainsi que ce plan est « de pure opportunité électorale » et ne trace pas de perspectives stratégiques. « Les déclarations grandiloquentes, les coups de menton et les convocations à répétition des patrons de multinationale à l’Elysée ne remplaceront jamais une politique industrielle de long terme », déclare la première secrétaire du Parti socialiste dans un communiqué.

François Bayrou, ancien rival de M. Sarkozy à la présidentielle, partage pour sa part le diagnostic du président, mais diverge sur les remèdes. « Ce qui manque le plus, c’est un plan cohérent pour que notre industrie française et européenne réoccupe des secteurs entiers de production qui sont aujourdhui complètement abandonnés », a plaidé le patron du MoDem, estimant également que les objectifs fixés relèvent plus de « l’annonce ». « On ne voit pas bien comment elle peut être réalisée », constate-t-il.

Chez les partenaires sociaux – et notamment à la CGT, qui était à l’origine des états généraux de l’industrie desquels sont issues ces mesures – c’est la déception qui règne. Si le Groupe des fédérations industrielles (GFI) se dit  « en phase avec les orientations et les décisions » du président, la CGT regrette que « la question [de l’emploi] ne soit pas placée au premier rang des priorités, alors que c’est aux yeux de la CGT le levier principal d’une politique de développement industriel ». Pour la CFDT, « la désignation d’un médiateur de la sous-traitance, simple intermédiaire entre sous-traitants et donneurs d’ordres, ne répond pas au problème ».

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Sarkozy veut augmenter la production industrielle de 25 % en cinq ans

Le Monde – 04/03/2010

En pleine campagne des régionales, sur fonds de fermetures de sites et de montée du chômage, Nicolas Sarkozy a annoncé, jeudi 4 mars, à Marignane (Bouches-du-Rhône), une série de mesures destinées à enrayer la « désindustrialisation massive » à l’œuvre depuis l’an 2000. « La France doit demeurer une grande nation industrielle. Elle le doit à son histoire, elle le doit à son économie, elle le doit à son peuple », a déclaré d’emblée le chef de l’Etat, qui clôturait, en présence de Christine Lagarde et de Christian Estrosi, les Etats généraux de l’industrie.

« Je lis parfois des interrogations sur ma politique économique : est-elle libérale ? Est-elle interventionniste ? Protectionniste ? A ceux qui s’interrogent, je livre aujourd’hui un principe fondateur de toute la politique que j’ai voulu mener, dès avant 2007, et plus encore depuis : la priorité absolue donnée au redressement de l’industrie française », a-t-il précisé.

Des dispositifs d’application immédiate, comme les 500 millions d’euros de prêts verts destinés à soutenir l’investissement des entreprises dans le développement durable, coexistent avec l’engagement de chantiers de moyen ou long terme. La question du mode de financement de la protection sociale est majeure, reconnaît le chef de l’Etat. Mais sur ce sujet, il fait comme ses prédécesseurs : « La réflexion va devoir se poursuivre et s’approfondir (…). Nous ne laisserons aucun sujet difficile de côté », a-t-il assuré, sans s’engager plus avant.

« BONNES PRATIQUES »

Outre les 500 millions de prêts verts, l’emprunt national servira à mettre en place une politique de filières (300 millions y seront investis) et une prime à la relocalisation (200 millions). Par ailleurs, une mission d’examen du cadre réglementaire de l’industrie proposera d’ici à septembre un ensemble de mesures d’allégement et de simplification. Pour favoriser l’émergence de filières et faire évoluer les relations entre les champions industriels et les PME, le gouvernement mettra en place un médiateur de la sous-traitance, à charge pour lui de « diffuser les bonnes pratiques » et de veiller à leur application. Ce médiateur sera désigné dans le mois qui vient.

Nicolas Sarkozy entend aussi demander à l’exécutif européen « de prendre enfin une initiative pour une véritable politique industrielle européenne ». Il souhaite un renforcement de l’arsenal anti-dumping et l’application en matière de normes – y compris environnementales – d’un principe général de réciprocité. La question des changes, a-t-il indiqué, figurera à l’ordre du jour du G20 que présidera la France en 2011.

L’Etat va « revoir son rôle d’actionnaire » des grandes entreprises industrielles, a prévenu M. Sarkozy. Il y sera dorénavant représenté par au moins deux administrations : l’agence des participations de l’Etat (APE), le ministère de l’industrie ou du secteur concerné. « Je souhaite que le management de ces grandes entreprises vienne deux fois par an échanger avec son principal actionnaire sur sa stratégie, ses investissements, ses résultats. Il ne s’agit pas d’un simple entretien mais d’une réunion de travail approfondie au niveau des ministres représentés au conseil d’administration et des présidents exécutifs des entreprises », a précisé M. Sarkozy.

En matière de fiscalité, le remboursement anticipé du crédit d’impôt-recherche (CIR) sera pérennisé pour les PME. La ministre de l’économie devra, d’ici à l’été, « repenser en profondeur la fiscalité de l’épargne, pour la concentrer vers les placements longs en actions, qui permettront d’apporter à l’industrie les fonds propres dont elle a besoin ». Des mesures en ce sens figureront dans le projet de loi de finances pour 2011.

Claire Guélaud

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A l’occasion du discours de Nicolas Sarkozy, l’Elysée a rendu public un document affirmant notamment que le gouvernement français s’était fixé pour objectif d’augmenter sa production industrielle de 25 % en volume d’ici à 2015.

En outre, l’Elysée vise une augmentation de plus de 2 % de la part de la France dans la valeur ajoutée industrielle européenne d’ici à 2015.

Enfin, toujours selon l’Elysée, la balance commerciale industrielle de la France (hors énergie) devrait redevenir durablement positivie en 2015. – (avec Reuters)

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L’industrie française reste entravée par le poids des charges sociales

Le Monde – 04/03/2010

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La France peut-elle rester une puissance industrielle ? Dans une économie mondialisée, l’Etat français a-t-il encore les moyens de conduire une politique industrielle ambitieuse sans nourrir immédiatement le soupçon, que la droite a souvent adressé à la gauche, du retour de l’économie administrée ? A ces questions, le président de la République a répondu par l’affirmative en présentant, jeudi 4 mars, chez Eurocopter à Marignane (Bouches-du-Rhône), tout un arsenal de mesures pour tenter d’enrayer le déclin industriel français. Mais le volontarisme politique risque fort de ne pas suffire pas pour gagner ce combat, tant les positions de l’industrie française se sont affaiblies.

1. Le déclin est-il inéluctable ? Les Etats généraux de l’industrie organisés à la demande des partenaires sociaux – CGT en tête – ont mobilisé, depuis l’été 2009, quelque 5 000 personnes et débouché sur plus de 1 100 contributions écrites. Mais dans un pays qui aime revenir sur ses faits d’armes et ses grands projets (l’épopée du nucléaire, Airbus, Arianespace…), l’exercice a abouti à un constat sans complaisance et plutôt sombre : depuis l’an 2000, la France a perdu 500 000 emplois dans l’industrie, le déficit de la balance commerciale industrielle se creuse, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée globale est tombée à 16 % contre 30 % en Allemagne, les investissements sont en chute et sous l’effet de la crise, la production industrielle s’est effondrée.

En matière d’innovation, enfin, un sujet-clé pour l’avenir et pour la croissance, auquel le grand emprunt est censé apporter des réponses, la France n’a pas comblé son retard par rapport aux meilleurs élèves européens (Allemagne, Suède, Finlande).

2. Pourquoi l’écart se creuse-t-il avec l’Allemagne ? Depuis quelques années, la France a décroché par rapport à son principal partenaire de l’Union européenne. Ce décrochage se lit dans les statistiques du commerce extérieur des deux pays (excédentaire en Allemagne, lourdement déficitaire en France). Les économistes avancent régulièrement plusieurs explications : la très forte baisse des coûts salariaux unitaires en Allemagne à partir des années 1990 et inversement leur progression sensible en France sous l’effet des 35 heures ; l’existence outre-Rhin d’un réseau dense de grosses PME industrielles dont la France ne parvient pas à se doter ; la capacité des entreprises allemandes à tirer profit de la reprise dans les pays émergents du fait d’une offre plus diversifiée et mieux positionnée ; l’intensification de la concurrence internationale jusques et y compris en Europe de l’Est, devenue une terre de délocalisations.

Le décrochage franco-allemand le montre en creux : le redressement de l’industrie française suppose de jouer sur une large palette d’instruments et de tenir, dans la durée, un certain nombre d’objectifs : la maîtrise du coût du travail (et son corollaire pour le gouvernement, l’absence de coup de pouce au smic et la non-augmentation des cotisations sociales), la baisse de la fiscalité pesant sur les entreprises illustrée, entre autres, par la réforme de la taxe professionnelle (12 milliards d’euros de perte sèche de recettes pour l’Etat en 2010), l’amélioration du financement des entreprises.

Mais pour l’heure Nicolas Sarkozy reconnaît qu’il bute sur une grosse difficulté : le financement de la protection sociale joue contre l’emploi industriel. Au début du quinquennat, il avait tenté d’ouvrir le chantier de la TVA sociale qui consiste à asseoir le financement de la protection sociale sur la TVA et non plus sur les salaires. Il a vite refermé le dossier par crainte d’une reprise de l’inflation et ne le rouvrira pas avant 2012.

3. Le salut viendra-t-il des filières stratégiques ? Les Etats généraux de l’industrie ont identifié sept grands domaines dans lesquels la France dispose d’un avantage compétitif de départ, de positions fortes ou à reconquérir. Y figurent le numérique, l’énergie, les transports, les matériaux innovants, la pharmacie, le luxe et l’agroalimentaire. Prenant exemple sur les pays qui réussissent mieux à défendre leur industrie, l’Etat veut encourager les industriels de ces secteurs à se structurer en véritables filières. Il espère ainsi favoriser des relations plus équilibrées entre grands groupes et sous-traitants, renforcer les passerelles entre l’industrie et la recherche, créer des liens plus forts avec l’appareil de formation.

Pourra-t-il aller au-delà de ce qui a été fait avec les pôles de compétitivité ? Et quels arguments utilisera-t-il pour amener les grandes entreprises à se soucier davantage de leur environnement. Les relations traditionnellement très tendues entre les grands groupes et les sous traitants incitent à la prudence.

4. Jusqu’où l’Etat doit-il intervenir ? La récession a réhabilité l’idée de l’intervention de l’Etat dans l’économie. Dans ce domaine où la France a une longue histoire, Nicolas Sarkozy n’a pas d’états d’âme. « L’Etat ne peut pas avoir sur les entreprises dont il est actionnaire un regard exclusivement financier. Il ne peut pas être seulement celui que l’on sollicite en cas de risque majeur », pointe l’Elysée. D’où la volonté d’instaurer un dialogue de nature industrielle et stratégique entre l’Etat, représenté au premier chef par les ministres mais aussi par des administrateurs de plus haut niveau, et les patrons des entreprises dont il est actionnaire : Renault, Air France, Thalès, GDF, Areva, EDF, etc.

La question reste ouverte toutefois de savoir comment arbitrera l’Etat entre ses objectifs en matière d’emploi et son souci de la compétitivité des entreprises. Ses récentes interventions chez Renault, Total ou encore Heuliez ont révélé de fortes tensions entre ces deux objectifs.

5. Quid de l’Europe ? Dans ce domaine décisif pour l’économie française, l’action du gouvernement est nécessairement limitée par la nécessité d’emporter la conviction de 26 partenaires. La France souhaite un changement d’état d’esprit dans les négociations commerciales, exige plus de réciprocité dans les accords sur les marchés publics, défend l’idée d’une taxe carbone aux frontières européennes et veut une Commission plus proactive. Mais jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy n’a guère été entendu.

Claire Guélaud

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Le « oui mais » de deux économistes au plan du président

Le Monde – 04/03/2010

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Jean-Luc Gaffard, professeur des universités, Sciences Po

« Le poids de l’industrie en recherche et développement (R & D) et dans les exportations justifie une politique dédiée. D’autant que le contexte de croissance faible est susceptible d’accélérer la désindustrialisation.

Il paraît judicieux, dans cette perspective, de promouvoir la coopération entre grands groupes et petites et moyennes entreprises (PME) comme cela a été engagé avec les pôles de compétitivité. Les partenaires doivent avoir un horizon décisionnel relativement long au lieu de s’en tenir à la rentabilité immédiate. Il faut aussi réviser certains dispositifs légaux et réglementaires pour favoriser la dissémination du progrès technique et aider au financement des PME, ce qui implique une forme de segmentation du système de financement. Les mesures envisagées par le gouvernement semblent aller dans ce sens. Pour être efficaces, elles doivent favoriser la coordination entre les acteurs et être subordonnées à des engagements de coopération, sans nécessairement cibler des secteurs particuliers, ou en conservant une définition large des filières qualifiées de stratégiques.

Des mesures d’aide individuelle aux entreprises resteraient inopérantes en raison, notamment, de la prégnance de comportements opportunistes. »

Elie Cohen, directeur de recherches au CNRS

« Le gouvernement a l’air de prendre la mesure des difficultés mais ses propositions ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Il est illusoire de croire que l’Etat peut désigner les secteurs, les entreprises ou les technologies stratégiques. Rien de décisif, par contre, n’est proposé pour développer des écosystèmes innovants et faciliter l’émergence d’un tissu dense de PME exportatrices. Le gouvernement veut baisser les charges, bien. Mais c’est aujourd’hui que les entreprises industrielles ont besoin de restaurer leur compétitivité-coût. Réorienter vers les PME le crédit d’impôt recherche est une bonne idée, sauf que cela va décourager les grandes entreprises qui relocalisent en France des centres de recherches. La question du financement de l’industrie est sérieuse à cause de la crise financière et du désinvestissement du secteur par les assureurs et les institutionnels. A cela deux solutions : combattre les nouvelles normes prudentielles et créer des circuits spécifiques de financement. M. Sarkozy hésite entre un interventionnisme déclamatoire, un impératif industriel gaullo-pompidolien incompatible avec la mondialisation et une entrée franche dans l’économie de la connaissance qui suppose une tout autre vision de l’industrie. »

Propos recueillis par Yves Mamou

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Pour une stratégie industrielle durable contre des modèles dépassés

Le Monde – 02/03/2010

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Pas une semaine sans annonce catastrophique sur le front industriel français : d’ArcelorMittal à Total, en passant par les constructeurs automobiles licenciant à tour de bras, Areva et son réacteur nucléaire EPR embourbé et invendable, ou encore Dassault et son avion Rafale. Les commentaires sur cette série noire oscillent entre subtiles analyses sectorielles et grossier souverainisme économique. Mais, paradoxalement, rares sont ceux qui se risquent à poser clairement un diagnostic et donc un traitement.

Et si, tout simplement, ce qui caractérisait ces industries était d’être irrémédiablement tournées vers un modèle dépassé, incapables d’anticiper les enjeux du XXIe siècle et donc de produire les équipements dont nous avons besoin aujourd’hui ? Et si les stratégies purement défensives défendues par le gouvernement (à coup de plans de relance et de coups de menton virils) et la gauche traditionnelle (défendant systématiquement le statu quo) ne pouvaient qu’échouer parce qu’ayant fait leur temps ?

Et si l’échec à Copenhague comme celui de la taxe carbone n’étaient que les résultats directs de cette incapacité à choisir, à tourner résolument le dos au passé et regarder l’avenir ? Et si, avec des discours qui prétendent traiter les problèmes de fond, tout en ne voulant quasiment rien changer pour ne pas se mettre à dos les principaux lobbies, on ne faisait que reporter systématiquement les réformes structurelles indispensables, au risque de les rendre demain encore plus brutales et coûteuses, avec un cortège de souffrances plus lourd encore ? Et si en fin de compte, les écologistes étaient aujourd’hui les seuls porteurs d’une stratégie industrielle digne de ce nom-là où toutes les autres forces politiques ont depuis longtemps renoncé ?

Certes, en tant qu’écologistes, nos aspirations premières vont naturellement à la création d’emplois dans les services (notamment les services à la personne) ou dans l’économie de l’immatériel (technologies de l’information). Mais nous avons pleinement conscience que la mutation écologique de l’économie passe par une mutation industrielle, et ce d’autant plus que des centaines de milliers de salariés, ouvriers et cadres, aujourd’hui menacés, sont placés en situation d’angoisse, d’incapacité à se projeter vers l’avenir.

Réussir la mutation écologique nécessite de nombreuses filières industrielles : pour rénover thermiquement les bâtiments – à commencer par les « grands ensembles » où règne la précarité énergétique -, et donc fabriquer des isolants thermiques, des panneaux solaires, etc. ; pour développer les systèmes de transports collectifs de demain ainsi que des véhicules automobiles sobres, des vélos plus performants, des dispositifs d’éclairage basse consommation, etc. ; pour produire et distribuer l’énergie de façon renouvelable et décentralisée, mais aussi pour recycler les déchets, inventer des filières du réemploi et de la réparation des biens, réduire les circuits de fabrication et de distribution, en donnant la priorité à l’utilité sociale et à la relocalisation de l’économie.

Ces filières, pour la plupart émergentes, ne tomberont pas du ciel. Elles ont besoin d’une impulsion publique. C’est d’ailleurs ce que font chacun de leur côté la Chine et les Etats-Unis. Et elles peuvent aussi s’appuyer sur le tissu industriel existant, pour peu qu’on mobilise les réseaux, les savoir-faire existants, qu’on privilégie la reconversion plutôt que l’acharnement thérapeutique ici ou la chirurgie lourde là. On ne compte plus les exemples européens de sous-traitants du secteur de l’automobile ou du secteur minier, reconvertis dans l’éolien notamment. Mais il faut maintenant passer à une autre échelle.

Reconvertir est forcément un moment difficile. Cela impose de faire des choix, de convenir de ce qui ressort du passé et de ce qui ressort de l’avenir. De dire, par exemple, qu’entre les énergies du passé (pétrole, gaz, charbon, uranium) qui sont toutes centralisées, reposant sur des ressources limitées et peu créatrices d’emplois, et les énergies d’avenir (éolien, solaire, géothermie, énergies de la mer, etc.) décentralisées, renouvelables et créatrices d’emplois, les bonus économiques iront aux secondes et les malus aux premières.

Mais cette reconversion n’est pas uniquement affaire économique : elle est d’abord affaire humaine. Qui dit reconversion industrielle dit stratégie d’envergure de formation, de renforcement des compétences, d’accompagnement dans le changement, de garantie des revenus pendant la transition. La région, parce qu’elle est non seulement chargée de la formation professionnelle, mais aussi du développement économique, est le lieu par excellence où cette nouvelle impulsion peut être donnée.

En organisant des états généraux de la transformation écologique de l’économie et de l’emploi, nous entendons associer l’ensemble des acteurs économiques et sociaux du territoire – et notamment les forces syndicales de plus en plus conscientes de cet impératif de mutation – débouchant sur des contrats de conversion écologique et garantissant un revenu de transition pour accompagner et protéger les salariés dans cette évolution professionnelle. En créant un fonds de soutien à l’intelligence écologique, nous accompagnerons humainement et matériellement les TPE et PME dans leurs projets d’innovation dans les éco-technologies et dans l’invention de l’économie de demain. Rien qu’à partir de l’Ile-de-France, c’est près de 170 000 emplois durables et non délocalisables qui pourraient ainsi être créés.

Cette mutation industrielle est ainsi au coeur des enjeux de notre début de siècle : enjeux économiques, écologiques, énergétiques, sociaux. A elle seule, elle ne saurait traduire l’ensemble des mutations nécessaires à la métamorphose qu’appelle de ses voeux Edgar Morin, tant les enjeux culturels, de solidarité, de décroissance de notre empreinte écologique et de changement de notre vision du monde sont essentiels. Mais elle en est un point de passage urgent.

Nous ne voulons pas vivre notre époque comme la fin d’un monde qu’il faut à tout prix retarder, mais au contraire comme l’aube d’un nouveau monde à construire.

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Denis Baupin, maire adjoint Vert de Paris chargé du développement durable ;
Dany Cohn-Bendit, président du groupe Vert au Parlement européen ;
Emmanuelle Cosse, numéro deux de la liste Europe Ecologie à Paris ;
Cécile Duflot, tête de liste Europe Ecologie Ile-de-France et secrétaire nationale des Verts.

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Sarkozy expose sa politique industrielle

Le Figaro – 04/03/2010

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Le chef de l’État tire jeudi matin les conclusions des États généraux de l’industrie.

5 000 participants à des tables rondes, 800 propositions émanant de tout le territoire, des heures de débat… Placer la question de la compétitivité des entreprises au cœur de la réflexion : c’était tout l’objectif des États généraux de l’industrie. Aujourd’hui, lors d’un déplacement chez Eurocopter à Marignane (Bouches-du-Rhône), Nicolas Sarkozy clôturera une première étape du travail mené depuis octobre dernier, en annonçant une série de mesures pour une nouvelle politique industrielle «ambitieuse, puissante et cohérente», selon l’expression utilisée récemment par l’Élysée.Il faut dire qu’il y a urgence. Au-delà des dossiers ponctuels sur lesquels le gouvernement donne de la voix depuis quelques mois (Heuliez, Molex, Total…), la désindustrialisation du pays est flagrante depuis plusieurs années : entre 1980 et 2007 sa contribution à la richesse nationale est passée de 24 % à 14 % et, sur cette période, ses effectifs ont fondu comme peau de chagrin, passant de 5,32 millions à 3,41 millions – soit une baisse de 36 % de ses effectifs, selon les estimations de la direction du Trésor.Accompagné ce jeudi matin de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, et de son collègue de l’Industrie, Christian Estrosi, le chef de l’État devrait reprendre les propositions principales égrenées ces derniers mois par les représentants des entreprises, les partenaires sociaux et les ministres eux-mêmes.Pour restaurer la base industrielle de la France, le gouvernement prône d’abord une politique de filière. Parce qu’il faut une relation plus équilibrée entre les donneurs d’ordres et les sous-traitants, loin d’une relation de «dominants à dominés» monnaie courante aujourd’hui. La mise en place de fonds d’investissement sectoriels pour les filières les plus stratégiques -numérique, énergie, transport, pharmacie…- avec une participation des donneurs d’ordres, devrait être annoncée.Les pouvoirs publics veulent aussi encourager l’emploi – notamment en développant le tutorat par les seniors et en réorientant la formation – ainsi que la localisation en France des outils de production ou de recherche. «Il n’est pas normal que BMW produise près des trois quarts de ses voitures en Allemagne et que Renault n’en produise que 25 % en France», aime à citer en exemple Christian Estrosi.Sur le milliard d’euros dédié aux états généraux dans le cadre du grand emprunt, 185 millions d’euros ont d’ailleurs été prévus afin d’accorder des avances remboursables aux entreprises désireuses de réinvestir en France. Une enveloppe de 500 millions pour des prêts à taux bonifiés pour les investissements verts est aussi prévue dans ce cadre.En matière d’innovation, une pérennisation de la forme actuelle du crédit impôt recherche – au moins pour les PME – serait annoncée aujourd’hui. Le CIR pourrait en outre être étendu aux dépenses de normalisation, brevets et prototypes. Une idée qui remporte un soutien quasi unanime. À un détail près, son coût : environ un milliard d’euros.«Ne pas refermer le dossier» Pour la CGT – dont les fédérations métallurgie et chimie appellent à une journée de mobilisation ce jeudi pour la défense de l’emploi dans l’industrie -, «le gouvernement ne doit pas refermer le dossier des États généraux de l’industrie (…) après un discours du président de la République».Ce qui ne sera vraisemblablement pas le cas… De fait, certains sujets mis sur la table lors de la conclusion des États généraux de l’industrie demandent une réflexion plus approfondie. Notamment sur le financement de l’industrie. Des pistes pour réorienter une partie de l’épargne des Français vers l’industrie, les PME et les sociétés non cotées doivent être étudiées d’ici à l’été. Celles d’un nouveau mode de financement de la protection sociale, moins lié au travail, aussi.Du temps, il en faudra également un peu pour mener une ­action volontariste au niveau européen, afin de convaincre les États membres de la nécessité de mener une politique industrielle commune.

Marie Visot

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Sarkozy, plus c’est gros, plus ça passe (suite)

Blog Le Monde/DéCHIFFRAGES – 04/03/2010

bv000008.1267726097.gifNouveau chevalier blanc de l’industrie nationale, Nicolas Sarkozy vient de faire part d’un objectif  « ambitieux » en apparence : accroître la production industrielle française de 25% d’ici à 2015. Or ce chiffre spectaculaire reflète en réalité une ambition très modeste. Il s’agit de revenir, en six ans, à la production industrielle d’avant crise.

L’important, dans cette proposition qui fleure bon la communication, ce n’est donc pas le chiffre de 25%, retenu par un auditoire ébahi. L’important  c’est le très long délai que le Chef de l’Etat se donne pour y parvenir. Fin 2015, c’est dans six ans. Faudra-t-il donc six ans pour effacer la crise ?

indice-production-manuf-1990-2009.1267726224.pngCe serait d’autant plus fâcheux qu’en principe, les (vraies) sorties de crise assurent à l’économie un très net regain de croissance. La reprise qui suivit la récession de 1992-1993 ne fut pas d’une fulgurance notoire. Et cependant, il ne fallut pas plus d’un an pour que la production industrielle retrouve son niveau antérieur.

Et de janvier 1997 à décembre 2000, ce qui fait quatre ans, la production manufacturière française s’est accrue de 21%. Au moment même où le gouvernement Jospin mettait en place les 35 heures dans les grandes entreprises.

Ce dernier rappel n’est pas inutile, car il relativise beaucoup le tout dernier diagnostic du Président. Si la production et l’emploi industriels ont dimlinué depuis 2000, a-t-il affirmé à Marignane, c’est la faute aux 35 heures. Avec la même conviction, il en accusait la taxe professionnelle il y a quelques semaines, et ce n’était pas plus raisonnable.

ue-emploi-industriel-2000-2007.1267726355.pngEn fait, l’industrie  française est loin d’être la seule en Europe, a avoir vu s’étioler l’emploi depuis 2000. En Allemagne, la perte fut certes bien moindre. Mais la dégringolade fut bien pire au Royaume Uni et au Danemark – pour ne citer que deux exemples souvent érigés en modèles par ceux qui nous gouvernent.

A plate ambition, maigres moyens. Nicolas Sarkozy sortira de sa manche, en septembre, le seul outil auquel il ait songé pour soutenir sa politique industrielle : un « nouveau produit d’épargne » favorisant les placements en actions d’entreprises industrielles. Gageons qu’il s’agira aussi d’un placement pour la retraite. L‘attente est insupportable.

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