« Je veux faire barrage à cette droite agressive »

La Marseillaise – 06/03/2010

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Michel Vauzelle : « ce n’est pas évident de conserver cette région à gauche pour la troisième fois ». PHOTO MARIE-LAURE THOMAS

Michel Vauzelle : « ce n’est pas évident de conserver cette région à gauche pour la troisième fois ». PHOTO MARIE-LAURE THOMAS

MICHEL VAUZELLE. Candidat socialiste à sa succession, il évoque son bilan, son projet et sa volonté de rassembler la gauche au deuxième tour. Vous avez été maire d’Arles, ministre de la Justice, vous êtes député, vous présidez la région depuis 1998. Pourquoi une troisième candidature?
Après avoir effectué ces deux mandats, je me suis en effet posé la question d’une nouvelle candidature. Mais nous avons face à nous une droite extrême, agressive, dangereuse pour les institutions de la République, qui lamine les services publics et les acquis sociaux.
J’ai accepté d’être candidat pour faire barrage à cette droite, à Nicolas Sarkozy qui déclarait, il y a quelques mois, que notre région était la propriété de son camp. Depuis qu’il préside, peu à peu, le pouvoir est en train de passer des mains du peuple à celles des puissances d’argent.

Comment avez-vous perçu son aller-retour à Eurocoptère jeudi?
Cette visite en pleine campagne électorale avait aussi pour objet de donner un coup de main à Mariani. D’ailleurs, ce dernier ne l’a pas lâché d’une semelle.
Pour autant, j’ai été très surpris pas son discours sur l’industrie française. Il s’est présenté comme son sauveur. Mais quelle politique a-t-il mise en œuvre contre les délocalisations ? Chaque mois qui passe, la substance économique, industrielle du pays s’en va à l’étranger. Il ne fait rien pour s’y opposer.

Votre bilan est peu contesté par vos adversaires. De quoi êtes-vous le plus fier?
Je placerai au premier rang les trois milliards d’euros que nous avons investi en faveur des TER en dépit de l’attitude de la direction de la SNCF qui a supprimé des centaines de postes de cheminots. Il est indispensable qu’elle change d’attitude afin de permettre à nos efforts de se concrétiser pleinement. D’ailleurs, pendant ce prochain mandat, je poursuivrai dans cette même voie afin d’étendre la maillage en TER dans la région.
Ma seconde satisfaction tient à la politique conduite en faveur de la jeunesse. Nous avons poursuivi la construction et la rénovation des lycées, de grandes et belles qualités où les jeunes se sentent respectés. Nous avons également pris en compte les difficultés matérielles de nombreuses familles en prenant à notre charge les livres scolaires, les équipements des apprentis. Nous avons encore favoriser leur accès à la culture ou au sport.
Ma troisième satisfaction est plus immatérielle. Nous vivions dans une région qui n’avait pas conscience d’elle-même, de ses atouts. En multipliant les lieux de concertation, d’élaboration des politiques, nous avons travaillé à ce que les acteurs économiques, sociaux, culturels, sportifs… prennent conscience de leur communauté de destin. Aujourd’hui, je crois que nous avons atteint cet objectif.

La droite UMP soutient que la région est l’une des plus endettées de France. Que lui répondez-vous ?

Que c’est un mensonge électoral et qu’elle est très mal placée pour nous donner des leçons alors qu’elle soutient un gouvernement qui a aggravé comme jamais les déficits publics et la dette du pays.
La loi ne permet aux régions des déficits que sur les budgets d’investissement à la différence de l’Etat. Je puis vous assurer que notre capacité de remboursement est très grande. Bien meilleur que celle de grandes villes de la région dirigée par la droite.

Avant même la réforme en cours des collectivités locales, avez-vous ressenti que l’action de la région était freinée par la politique nationale?

Très souvent. Combien de fois avons-nous mis de l’argent sur la table pour faire avancer les dossiers sans que l’Etat ne réagisse. Cela a été vrai pour le tunnel de Tende, la L2 et bien d’autres. Je peux prendre encore l’exemple des subventions européennes où il a fallu que je me fâche avec le Préfet afin de récupérer les crédits de l’Europe.

Souhaitez-vous que la politique de la région agisse comme un contre-pouvoir aux orientations nationales ?

Je n’apprécie pas cette expression. Il n’y a pas de contre-pouvoir dans la République. Il n’existe qu’un pouvoir, celui de la Nation et de ses représentants.

Mais vous combattez les réformes des collectivités locales ?
Depuis les lois de décentralisation, les collectivités locales gèrent leurs propres affaires sans la cadre des lois de la République. Les projets prennent le contre-pied de cette logique. On va supprimer les conseils régionaux. On instaure des conseillers cantonaux dont on ne sait pas très bien ce qu’ils seront. On nous retire nos capacité de financement. On va instaurer des métropoles qui vont drainer les équipements vers Marseille et Nice pour prendre l’exemple de PACA. Que deviendront le Vaucluse, les territoires périphériques comme Arles, les départements alpins ?

Quelles sont les lignes forces de votre projet pour la prochaine mandature ?

En priorité, l’emploi. Nous entendons renforcer nos politiques. Ces dernières années, nous avons créé 36 000 emplois pour lutter contre la crise et aider les PME à hauteur de 750 millions d’euros.
Je me suis engagé pour la prochaine période de créer 10 000 emplois par an et de poursuivre l’effort en faveur des PME en danger. De même nous souhaitons développer les emplois aidés dans l’économie sociale et solidaire. Dans cette période de déshumanisation, ces emplois sont très précieux. Ils recréent de l’humanité, notamment à l’égard des personnes âgées.
Autres novations de cette prochaine mandature : la création d’un fonds régional d’investissement solidaire, la naissance des maisons régionales des services publics ou encore de maisons régionales de la santé, en particulier dans les lieux désertifiés.
Vous avez déjà évoqué votre attachement aux TER. Comment allez-vous réagir à l’entrée de la concurrence imposée par l’Europe ?
Je veux être franc. Si la SNCF continue à nous poser trop de problèmes, si elle persévère dans sa volonté de privilégier le TGV au détriment du rail régional, si on nous pousse à bout, nous réfléchirons à trouver des compagnies concurrentes qui assureront des trains à l’heure et respecteront les choix de l’autorité organisatrice qu’est la région.

A la différence de 1998 ou 2004, la gauche est représentée par plusieurs listes. Est-ce un handicap ou un atout qui permet à toutes les sensibilités progressistes de s’exprimer ?

J’étais et je reste partisan de l’union de la gauche dès le premier tour. Cette désunion peut favoriser l’abstention. Les gens ne comprennent pas cette division alors que nous avons gagné unis et que nous avons face à nous une droite extrême. Ils attendaient que comme en 1998 et 2004, la gauche soit mature et responsable en se rassemblant dès le premier tour.

Comment va se passer l’entre deux tours ?

Je souhaite l’union et le rassemblement, que le PC dépasse le score lui permettant de conserver sa place dans la région. Je formule le même souhait pour les écologistes.

Tous les sondages vous donnent gagnant. Est-ce la campagne la plus facile depuis 1998 ?

Certainement pas. Je la conduis avec beaucoup d’ardeur en en négligeant rien. Cette campagne est dure parce que l’adversaire est dur. Ce n’est pas évident de conserver cette région à gauche pour la troisième fois.

PROPOS RECUEILLIS CHRISTIAN DIGNE

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