JOURNÉE DE LA FEMME & REGIONALES 2010 (3 articles)

La parité tarde à monter les échelons

20 minutes – 08/03/2010

Trois femmes sont têtes de liste pour les élections régionales de dimanche prochain.

Trois femmes sont têtes de liste pour les élections régionales de dimanche prochain./ S. PAGANO / REPORTAGES / 20 MINUTES

Politique – Sur quatorze vice-présidence en Paca, trois sont occupées par des femmes

Candidates sûrement, dirigeantes pas encore. La loi sur la parité a amené plus de femmes à être élues au conseil régional de Paca, sans qu’elles aient une forte représentation dans les différentes fonctions exécutives. Pour le scrutin du 14 mars, les dix listes en lice sont légalement dans les clous : toutes alternent systématiquement hommes et femmes sur leurs six listes départementales respectives.

Le PS mal placé
Tout se corse en ce qui concerne les têtes de liste. Au plan régional, seuls trois partis (Lutte ouvrière, Europe Ecologie et MoDem) ont choisi des femmes comme chefs de file. La situation est plus contrastée au plan départemental : l’Alliance écologiste indépendante s’affiche comme la plus féministe avec quatre femmes têtes de liste, talonnée par Lutte ouvrière, le NPA et le MoDem (trois femmes). Plus modestes, l’UMP, Europe Ecologie et le Front de gauche affichent deux femmes comme chefs de file dans le département. Lanternes rouges ex æquo : la Ligue du Sud, le FN et… le Parti socialiste, avec aucune femme en tête de liste.
Dans l’assemblée sortante, les femmes sont plutôt bien représentées : en 2004, chaque groupe politique comptait entre 45 % et 58 % d’élues. Les Verts sont en tête avec 7 femmes sur 12 élus, le groupe PS, PR et apparentés ferme la marche avec 19 femmes sur 42 sièges. Tout se complique quand on observe la liste des vice-présidents : sur 14 postes à la région (sans le président lui-même), les femmes ne sont que trois dans l’exécutif sortant. Environnement, agriculture et pêche, jeunesse, association et action éducative : leurs fonctions sont loin d’être anodines. Mais elles restent encore très limitées.

Frédéric Legrand

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Régions : où sont les présidentes ?

Sud Ouest – 08/03/2010

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À l'Association des  régions, Ségolène Royal se retrouve peut-être entourée de socialistes, mais isolée en tant               que femme. Ce qui ne risque pas de changer, car les partis plébiscitent les sortants, donc les hommes. (photo afp)

À l'Association des régions, Ségolène Royal se retrouve peut-être entourée de socialistes, mais isolée en tant que femme. Ce qui ne risque pas de changer, car les partis plébiscitent les sortants, donc les hommes. (photo afp)

JOURNÉE DE LA FEMME. Les régionales, qui privilégient les sortants, sont des élections de notables. Les femmes y sont donc le plus souvent cantonnées au rôle d’outsider

Ces élections ont peu de chances de voir progresser l’égalité entre hommes et femmes dans les fonctions électives de la République, bien que leur mode de scrutin respecte à la lettre le principe de parité inscrit dans l’article 1 de la Constitution. Le conformisme des partis politiques et l’influence traditionnelle que le pouvoir masculin y exerce n’y sont pas pour rien.

1 PS : les hommes rempilent

Sur 22 présidents sortants, deux seulement sont des femmes : la très médiatique Ségolène Royal en Poitou-Charentes et l’obscure Marie-Guite Dufay en Franche-Comté. De plus, le contexte politique très favorable au Parti socialiste n’encourage pas le parti de Martine Aubry à faire un effort. Comme il contrôle déjà 20 Régions, il a naturellement investi la presque totalité des sortants, à l’exception de Georges Frêche en Languedoc-Roussillon, exclu en 2007. Ce dernier, donné favori, a entraîné la quasi-totalité des élus et cadres socialistes de la région. En réaction, le PS a investi Hélène Mandroux, maire de Montpellier, avec des chances nulles de l’emporter, mais cela fait au moins une liste présentable à opposer à un sortant dont les déclarations sont comprises comme à connotations racistes et sexistes.

Le PS, avec 19 Régions conduites par un socialiste et une à majorité de même couleur, partira à la bataille avec seulement quatre têtes de liste socialistes, en Poitou-Charentes, Corse (Emmanuelle de Gentili), Franche-Comté et Languedoc-Roussillon. Les présidents sortants ayant été chargés par les militants de constituer les listes, ils ont préféré la sécurité en les reconduisant, quels que soient leur âge ou leurs qualités.

2 UMP : les femmes arrivent

L’UMP, qui ne dirige que l’Alsace et la Corse, deux petites régions, était beaucoup moins embarrassée par un éventuel sacrifice des conseillers régionaux sortants. Il faut ajouter que le parti du président de la République, s’il reste très rétif à la promotion des femmes (lire ci-contre), est soumis à l’influence de Nicolas Sarkozy qui, à 55 ans, est moins prisonnier des préjugés antiféministes que des hommes de droite plus âgés.

Les listes de la majorité présidentielle (UMP-NC) sont donc conduites par des femmes dans six Régions aussi importantes que l’Île-de-France (Valérie Pécresse), Rhône-Alpes (Françoise Grossetête), Nord-Pas-de-Calais (Valérie Létard), Bretagne (Bernadette Malgorn), Midi-Pyrénées (Brigitte Barèges) et Picardie (Catherine Cayeux). Peu sont appelées à devenir présidentes de leur Région, mais l’effort est là.

3 Écologistes : un dogme mis à mal

Europe Écologie, le « nouvel objet politique » de ce scrutin, emprunte beaucoup de son idéologie et de ses pratiques aux Verts, qui forment son ossature politique. Le féminisme et la parité à tous les niveaux sont un dogme dans ce qui est appelé à devenir un parti, mais il se heurte à un principe de réalité quand on souhaite obtenir les meilleurs résultats électoraux possibles : les régionales, qui privilégient les sortants, sont des élections de notables, ce dont le PS a su jouer.

Europe Écologie a dû en tenir compte également, malgré ses grands principes, tout comme les Verts ont renoncé au principe de non-cumul pour certaines vedettes, comme Noël Mamère. Europe Écologie n’aligne donc que cinq femmes têtes de liste : Cécile Duflot (Verts) en Île-de-France, Laurence Vichnievsky (société civile) en Paca, Monique De Marco (Verts) en Aquitaine, Françoise Coutant (Verts) en Poitou-Charentes et Ghislaine Jeannot-Pagès (Verts) dans le Limousin. Ces trois dernières ont d’ailleurs décidé de marquer la Journée internationale des femmes par plusieurs initiatives communes dans leurs trois régions.

4 Front de gauche machiste

Parmi les grands partis français, le Parti communiste a toujours été celui qui accordait le plus de place aux femmes, notamment avec une forte proportion d’élues, députées, conseillères générales ou maires. Le PC ayant choisi en 2010 de constituer des listes d’union (Front de gauche) avec le Parti de gauche, celles-ci sont loin d’être aussi paritaires : seulement deux femmes conduisent des listes Front de gauche : Gisèle Jean (militante syndicale) en Poitou-Charentes et Marie-France Beaufils (PCF) dans le Centre.

5 Situations diverses chez les autres

Le Modem de François Bayrou, qui dispose de peu de sortants, présente donc six femmes comme têtes de liste, un peu moins que le Front national qui en compte sept. À l’extrême gauche, Lutte ouvrière (avec 13 femmes têtes de liste) est en avance de très loin devant le NPA qui n’en aligne que trois.

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« Les partis ont de grandes responsabilités »

« Sud Ouest ».

Pour Mariette Sineau,  le fonctionnement des partis freine leur féminisation. (photo dr)

Pour Mariette Sineau, le fonctionnement des partis freine leur féminisation. (photo dr)

Comment évaluez-vous la place des femmes dans la vie politique française ?

Mariette Sineau. Ce n’est pas très glorieux si l’on examine la proportion de femmes députées, puisque la France est classée au 63e rang mondial, avec seulement 18 % de femmes à l’Assemblée nationale. Elle se situe derrière les pays scandinaves, l’Allemagne, mais aussi des pays d’Europe du Sud, comme l’Espagne. Des pays qui élisent souvent leur parlement avec un scrutin de liste à la proportionnelle.

Ce serait la clé du problème ?

La France pratique le scrutin uninominal à deux tours, ce qui rend difficile l’application d’une parité avec alternance. Cela renvoie au contenu des lois paritaires, qui rend obligatoire l’égalité homme-femme pour tous les scrutins de liste à la proportionnelle. C’est ainsi qu’il y a plus de 47 % de femmes dans les Conseils régionaux depuis les élections de 2004, faites à la proportionnelle sur des listes où l’alternance homme-femme était obligatoire, et qu’il y en a seulement 13 % dans les Conseils généraux, qui sont élus avec un scrutin uninominal à deux tours !

Pour les législatives, il y a tout de même une sanction envers les partis qui ne présentent pas autant de femmes que d’hommes ?

La loi a prévu une pénalité pour ceux qui ne respectent pas cette obligation : ils ne touchent pas la totalité du financement public.

Il y a donc des partis qui ne respectent pas la loi, au risque de payer cette pénalité ?

Tout à fait. Il y a d’un côté les « petits partis », qui n’ont pas de sortants et peu d’élus, et pour lesquels il est assez facile de présenter des femmes. Ils veulent recevoir la totalité de leur dotation, calculée à partir du nombre de voix recueillies. Les partis qui ont beaucoup de sortants et d’élus calculent ceux qui ont les meilleures chances de gagner et c’est souvent le plus connu, donc un maire, un conseiller général, un député sortant qui est souvent tout à la fois, ce qui conduit à la reconduction des mêmes. Les outsiders, femmes, jeunes, minorités, sont écartés.

C’est l’UMP qui paie les plus grosses pénalités ?

Elle paie 4 millions d’euros par an, parce qu’elle avait présenté à peine plus d’un quart de femmes en 2007 et n’a que 14,3 % de femmes dans son groupe. Le PS s’était amélioré en 2007, et son groupe parlementaire compte 25 % de femmes, mais il avait présenté 46,5 % de femmes. Moins une circonscription est gagnable, plus on présente de femmes. La pénalité est prise sur la part du financement calculée sur le nombre de voix, pas sur celle proportionnelle au nombre d’élus. Les partis qui ont beaucoup d’élus préfèrent donc sacrifier la première au profit de la seconde, qui constitue une « rente législative ».

En 2008, il y a eu cependant un plus grand nombre de femmes élues maires ?

Le progrès est resté très faible. La proportion totale est de 14 %. Bien qu’il y ait une féminisation des assemblées municipales, notamment dans les villes de 3 500 habitants et plus, puisque le scrutin de liste y est obligatoire, dès qu’on arrive au sommet, là où il y a du pouvoir, les hommes gardent les clés.

Les clés du pouvoir se situent aussi chez ceux qui tiennent l’appareil ?

Au PS, par exemple, les femmes sont très minoritaires parmi les premiers secrétaires fédéraux, il n’y en a pas plus d’une douzaine en France métropolitaine. Il y aussi des places stratégiques, comme la commission des investitures, ou le poste de secrétaire national aux élections, qui reviennent toujours à des hommes. Alain Marleix à l’UMP et Bernard Le Roux au PS.

Le rôle des partis est déterminant ?

C’est sur eux que reposent la sélection et la formation du personnel politique, ce serait à eux de faire des arbitrages reflétant la diversité du pays. Ce que faisait le Parti communiste en établissant des quotas de candidatures sans jamais le dire, ce que le PS n’a jamais fait, y compris depuis que les lois paritaires ont été votées.

Ségolène Royal a-t-elle fait bouger le PS ?

Elle a contribué à légitimer les femmes dans l’espace politique, en montrant qu’elles avaient toute leur place pour représenter et postuler aux plus hautes fonctions politiques, y compris celle de présidente de la République.

(1) Centre de recherches politiques de Sciences Po.

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La réforme territoriale, une menace pour la parité

La question de l’égalité hommes-femmes vient parfois s’immiscer là où on ne l’attendait pas. Ainsi, le projet de réforme déposé au Parlement par le gouvernement, qui vise à « clarifier » les responsabilités des collectivités territoriales, pourrait déboucher sur une régression par rapport aux lois de parité en vigueur, jusqu’au point d’être inconstitutionnelle. Pascal Jan, professeur de droit public à Sciences Po Bordeaux, l’avait clairement démontré lors du congrès de l’Association des régions de France en décembre dernier à Marseille, et Mariette Sineau, du Cevipof, partage son avis.

Ce qui est en cause, c’est le mode de scrutin envisagé, qui se ferait par circonscriptions territoriales sur un mode uninominal à un seul tour pour 80 % de la composition des assemblées. Les 20 % restants étant élus comme auparavant, avec un scrutin de liste à la proportionnelle.

80 % des membres des Conseils régionaux seraient donc élus sans obligation de parité, alors qu’ils l’étaient intégralement depuis déjà plusieurs mandatures. Selon Mariette Sineau, l’Observatoire de la parité a déjà fait des projections, qui montreraient que dans ce cas, il n’y aurait pas plus de 20 % de femmes élues, contre 47 % en 2004. Cela signifierait une régression grave, assure la politologue, qui rappelle l’article premier de la Constitution, qui stipule que « la loi favorise l’égale représentation des hommes et des femmes aux mandats et fonctions électives. »

Selon elle, « nous sommes très clairement face à une discrimination indirecte, puisque la mise en place de ce mode de scrutin a pour effet de discriminer les femmes. » Si le Conseil constitutionnel, où ne siège plus qu’une seule femme, Jacqueline Guillenschmidt, laissait passer la loi, la Cour de justice européenne, très sensible aux discriminations indirectes, pourrait alors intervenir.

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A Marseille, où sont les femmes ?

marsinfos – 08 mars 2010

Le Maire de Marseille est un homme. Le Président de la Communauté Urbaine Marseille Provence ( MPM) est un homme. Le Président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône est un homme. Le Président du Conseil Régional PACA est un homme ( et le prochain sans doute aussi). Le Préfet de Région PACA est un homme. Le Préfet de Police est un homme. Le Président de La Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille Provence est un homme. Le Président de l’UPE 13 ( patron des patrons locaux) est un homme. Les dirigeants de FO dans le département sont des hommes. Le Président du Port est un homme. Le Directeur de l’Aéroport est un homme. Le Directeur Général de Marseille Capitale Culturelle 2013 est un homme. Le PDG de La Provence est un homme. Le Directeur Régional de France 3 est un homme. Les patrons des banques marseillaises ( SMC, Martin Maurel, Caisse d’Epargne, BNP…) sont tous des hommes. Le Directeur Général de l’APHM ( Hopitaux de Marseille) est un homme. Les Présidents de nos 3 Universités sont des hommes. Le Président de l’OM est un homme. Les chefs étoilés de Marseille sont tous des hommes. Le PDG d’Eurocopter est un homme. Les dirigeants de la CMA CGM sont des hommes. Pas de femme non plus à marsinfos. On s’arrête là mais on pourrait malheureusement continuer longtemps, et ça vaut tous les longs discours. Bonne journée de la femme.

Pierre BOUCAUD

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