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Régionales & culture (2 articles)

Les régions paient toujours plus pour la culture

Le Monde – 10/03/2010

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Un seul slogan concernant la création aura été brandi pendant la campagne des élections régionales. « Culture en danger » : le mot d’ordre a rallié autant d’artistes que d’élus. Et il reste d’actualité à quelques jours du premier tour, dimanche 14 mars.

A première vue, le climat d’inquiétude est paradoxal : les budgets culturels des régions ne se sont jamais aussi bien portés. Entre 2004 et 2010, l’effort financier en faveur de la culture a augmenté de 11 % par an en moyenne, selon l’Association des régions de France (ARF). En Rhône-Alpes, l’enveloppe a doublé pendant la mandature (de 35 à 70 millions d’euros, soit 3 % du budget total de la région). Celle de la région Centre a grossi de 40 % (33,8 millions d’euros en 2009), contre 17 % en Pays de la Loire (50 millions d’euros), etc.

Sur les 10 milliards d’argent public consacrés à la culture, environ 3 milliards viennent de l’Etat, les 7 milliards restants provenant des collectivités locales, communes et grandes villes en tête (plus de 4 milliards d’euros), suivies par les départements (1,3 milliard) et les régions (1 milliard d’euros).

Ce milliard d’euros se répartit en deux postes : 643 millions inscrits sur la ligne budgétaire « culture », et près de 400 millions disséminés dans d’autres secteurs – aménagement du territoire, lycées, formation. « Les régions intègrent la culture au quotidien, de manière transversale », explique Hélène Breton, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées et présidente de la commission culture de l’ARF.

Chaque région a ses priorités – cinéma, musique, etc. Elle est souvent cofinanceur, et non chargée de la totalité d’un projet, d’un théâtre ou d’un festival. Aussi, son rôle culturel n’est-il pas évident à cerner, à la différence d’une grosse ville, qui a souvent en gestion un musée des beaux-arts, par exemple. Les régions phares sont logiquement celles qui ont les plus gros budgets globaux : Ile-de-France, Rhône-Alpes ou Nord-Pas-de-Calais. A titre d’exemple, la première a alloué 147 millions d’euros au spectacle vivant, entre 2005 et 2009 (233 compagnies aidées). La deuxième développe un pôle de cinéma d’animation, La Cartoucherie, à Bourg-lès-Valence, en partenariat avec le département de l’Ardèche. La troisième est le principal financeur de la future antenne du Louvre à Lens, dans l’espoir de redonner du souffle au territoire.

Les arts plastiques ne sont pas oubliés. Plusieurs régions – Centre, Auvergne, Corse, Bretagne, etc. – ont fait construire un bâtiment pour leur Fonds régional d’art contemporain . En Pays de la Loire, priorité a été donnée à « la démocratisation et la solidarité », avec des passeports pour les jeunes et un soutien aux pratiques amateures dans les zones dépourvues d’équipement culturel. L’Aquitaine, où se trouve le deuxième réseau de salles classées « art et essai », met de l’argent (30 000 euros par écran) pour soutenir le passage au numérique. « Sans attendre les aides promises par l’Etat, on expérimente la numérisation dans six salles », explique Frédéric Vilcocq, vice-président de la région Aquitaine, chargé de la culture.

Les élus régionaux mettent en avant le lien entre culture et économie. Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, où le budget culture a plus que doublé en dix ans (25 millions d’euros aujourd’hui), le dit fièrement : « Plus du tiers des emplois associatifs créés par la région, soit plus de 300, l’ont été en direction d’associations culturelles. Mais il n’est pas dit que les difficultés budgétaires qui se profilent à l’horizon permettent leur pérennisation. »

Ces difficultés viennent d’abord de mesures et projets gouvernementaux. Et les régions, dirigées par la gauche à l’exception de l’Alsace et de la Corse, redoutent que les efforts ne soient mis à mal. La suppression de la taxe professionnelle, depuis le 1er janvier, entraîne un manque à gagner – la région Centre enregistre ainsi une perte globale de 10 millions d’euros en 2010.

Il y a aussi le projet de loi de réforme des collectivités territoriales, en cours de discussion. Il reste flou sur la possibilité, pour les régions et les départements, de continuer à s’emparer de la culture.

Autre facteur, les départements, pris en étau entre les dépenses sociales et le transfert de compétences non compensé par l’Etat, ont réduit la voilure. « La Savoie a maintenu ses crédits, mais c’est moins 15 % en Côtes-d’Armor, moins 10 % en Dordogne, moins 15 % en Haute-Savoie », énumère François Deschamps, directeur des affaires culturelles de la Haute-Savoie. A son initiative, ses homologues de toute la France sont conviés à des assises, les 6 et 7 mai, à Toulouse. Pour que l’élu chargé de la culture ne devienne pas, contre toute attente, une espèce menacée.

Clarisse Fabre

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Cet article 35 qui fait froncer les sourcils

Le Monde – 10/03/2010

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Si vous dites « article 35 », tout élu chargé de la culture fronce les sourcils. Inscrit dans le projet de loi de réforme des collectivités territoriales et voté en première lecture au Sénat, le 4 février, c’est une disposition phare du gouvernement pour clarifier les compétences des collectivités. Pour la culture, le sujet est sensible. La culture ne fait pas partie des compétences obligatoires des collectivités locales, mais celles-ci s’en emparent au titre de la clause de « compétence générale » qui leur est dévolue. Supprimer cette clause reviendrait à les empêcher de soutenir tout projet culturel.

Lors de ses voeux à la culture, le 7 janvier, Nicolas Sarkozy a voulu rassurer : « Toutes les collectivités, des communes aux régions en passant par les intercommunalités et les départements, continueront à exercer leur compétence culturelle » après le vote de la loi.

Pourtant, l’article 35 prévoit que « la région et le département exercent, en principe exclusivement, les compétences qui leur sont attribuées par la loi », donc pas la culture. Mais le texte prévoit aussi une « capacité d’initiative de la région ou du département », dès lors que « l’intérêt local » le justifie. Lequel intérêt – par exemple culturel – pourrait être évalué par le préfet, comme c’est déjà le cas aujourd’hui. Le cabinet de Frédéric Mitterrand assure que « les régions et les départements pourront bien sûr intervenir en matière culturelle ». Une future loi précisera les compétences des unes et des autres.

Mais les non-dits du texte alimentent les inquiétudes. Quelques minutes avant le vote, le sénateur Jack Ralite a lancé cet avertissement : « Ceux qui voteront l’article 35 se prononceront pour la diminution des crédits. (…) Ce ne seront plus ni les régions ni les départements qui financeront les projets culturels, puisque l’article 35 vise à supprimer la clause générale de compétence. »

Pour la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), qui réunit la grande majorité des régions, le tiers des départements et environ 500 villes, le texte est à contre-courant de la décentralisation : « Aujourd’hui, il y a des artistes sur tout le territoire, et les collectivités locales ont une responsabilité à leur égard. Au lieu de leur laisser du champ, la réforme va mettre des freins aux initiatives », déplore Florian Salazar-Martin, vice-président de la FNCC et maire adjoint (PCF) à la culture de Martigues (Bouches-du-Rhône).

Clarisse Fabre
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