PACA, cinq candidats pour un fauteuil

La Marseillaise – 14/03/2010

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Photos MLT

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Michel Vauzelle, Jean-Marc Coppola, Thierry Mariani, Laurence Vichnievsky, Jean-Marie Le Pen : chacun, à sa manière, a marqué la campagne en Provence.

Nicolas Sarkozy ne l’avait pas caché il y a quelques mois: Paca devait retomber dans l’escarcelle de la droite. Depuis, ses ambitions se sont rétrécies à vue d’œil. Tous les sondages prédisent une victoire confortable de la gauche. Court récit de la campagne à travers les différentes têtes de listes.

Michel Vauzelle, une campagne présidentielle.

Installé sur le fauteuil de président de la région PACA depuis 1998, Michel Vauzelle n’a pas hésité à se lancer dans une troisième campagne. « Face à cette droite agressive qui met en péril les valeurs républicaines, je ne pouvais me dérober », se justifie-t-il. L’explication, purement politique, est cohérente avec le personnage qui s’est porté en première ligne pour la défense des services publics et l’opposition à la réforme sarkozienne des collectivités locales.
Mais cette démonstration ne dit pas tout de l’ambition du député d’Arles. En douze ans, il s’est efforcé, avec la majorité de gauche, de forger une identité à cette région qui manquait jusqu’alors de cohérence. « Nous avons construit une communauté de destin » pour les cinq millions d’habitants de PACA, se plait-il à remarquer quand on lui demande ce dont il est le plus fier. Il ne pouvait imaginer passer la main alors que le travail n’est pas achevé. D’autant que personne, au PS, n’était en mesure de revendiquer sa succession.
Cette dimension personnelle a fait passer au second plan de la campagne socialiste les argumentaires sur le bilan et plus encore sur le projet. Symbole de cette présidentialisation, le slogan « Notre région, Notre président » qui reléguait loin derrière « le Poing et la Rose », ajouté in extremis sur le bulletin de vote.
S’il a affiché en public sa « déception » de n’avoir pas réussi à rassembler la gauche dès le premier tour, il n’est pas inquiet pour le second. Pourtant, il a haussé le ton ces derniers jours, vexé que le chef de file du Front de gauche, Jean-Marc Coppola ait remarqué que la deuxième mandature avait été « plan-plan » par rapport à la première, ou que le vice-président communiste à la Culture Alain Hayot ait revendiqué un budget plus conséquent pour cette dernière. «Je représente le vote utile », précise Michel Vauzelle qui entend arriver en position de force lors des négociations de l’entre deux tours.

Jean-Marc Coppola, le symbole de la gratuité
Cet ancien numéro un de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône qui siège à la Région depuis 1998 n’était pas un inconnu du grand public malgré son tempérament réservé. Mais, selon tous les observateurs, il a réussi à fendre l’armure pendant cette campagne. A l’aise dans la nouvelle stratégie de Front de gauche Jean-Marc Coppola est parvenu à conjuguer habilement les deux atouts des listes qu’il conduit : « redonner de l’espoir à ceux qui ne croyait plus en la gauche » ; élaborer « un projet régional » qui s’appuie sur le bilan de la majorité de gauche mais en musclant sa dimension contre-pouvoir et ses propositions novatrices. Incontestablement, en soumettant au débat « la gratuité des TER », il a donné le ton de la campagne obligeant ses partenaires de gauche et ses adversaires de droite à se positionner sur l’un des rares dossiers brûlants de ces élections.
Mesure symbole, cette gratuité entre en cohérence avec l’ensemble du dessein régional du Front de gauche, charpenté autour d’une répartition plus juste des richesses créées et d’une intervention citoyenne favorisée.
Alors que cette stratégie paraissait, selon certains, « hasardeuse » en raison de la barre des 5% pour pouvoir fusionné, il semble bien que le Front de gauche soit en mesure de transformer l’essai réussi aux européennes.

Thierry Mariani, le candidat malgré lui.

Il n’appartenait pas au casting préparé à l’Elysée qui l’avait parachuté, en signe de récompense, envoyé spécial en Afghanistan. Pour cette région qu’il voulait reconquérir à tout prix, Nicolas Sarkozy avait choisi le maire de Toulon et secrétaire d’Etat Hubert Falco. Mais l’adoubement présidentiel s’est transformé en crime de lèse-majesté : Falco s’est dérobé de crainte de perdre son maroquain en cas (probable) d’échec. Prise au dépourvu, la droite provençale était d’autant plus en difficulté qu’elle ne pouvait désigner « un Marseillais » afin de pas entraver la concurrence déjà féroce pour la succession de Jean-Claude Gaudin. Le fardeau est donc tombé sur les épaules de Thierry Mariani, conseiller régional sortant mais qui s’était fait remarqué par son absentéisme chronique.
Connaissant peu les dossier régionaux, pâtissant d’un manque cruel de notoriété, le député de Vaucluse a fait ce qu’il a pu. C’est à dire jouer sur ses cartes traditionnelles, celle d’un homme classé à droite de la droite. A cet égard, il n’a pas déçu. Utilisant les thèmes sécuritaires pour mobiliser le noyau dur de l’électorat UMP et surtout pour séduire les électeurs du Front national. D’ailleurs, il ne s’en est pas caché : « ils détiennent les clés du scrutin », n’a-t-il cessé de répéter.

Laurence Vichnievsky, une magistrate novice en politique.
L’opération « recrutement chez les juges », réussi aux européennes avec l’élection d’Eva Joly en Ile-de-France a donné des idées aux têtes pensantes d’Europe Ecologie. D’où la candidature de l’alter ego de l’eurodéputée dans l’affaire Elf, Laurence Vichnievsky en région PACA. Propriétaire d’une maison secondaire sur le littoral varois, son parachutage était possible. Après des discussions parfois vives avec l’appareil des Verts qui lui reprochait son côté droitier et ses relations avec Nicolas Sarkozy, la magistrate est parvenue à fédérer les différentes composantes d’Europe écologie. Un conglomérat qui fait cohabiter les amis de l’ancienne ministre d’Alain Juppé, Corinne Lepage, les supporters de Daniel Cohn-Bendit ou encore les proches de José Bové.
Sur la lancée du bon score des européennes, où leur liste avaient devancé le PS en PACA, les co-listiers de Laurence Vichnievsky ont conduit une campagne qui se voulait novatrice sur la forme mais qui a connu quelques imprécisions sur le fond. Par exemple, leur traitement plutôt hostile du dossier Iter ou de la LGV a surpris. Il semble surtout qu’il est tenté de marquer leur différence avant les négociations du second tour.

Le Pen, toujours le même discours de haine
C’est sans doute son dernier tour électoral en PACA qui subit sa présence depuis sa percée en 1988. S’il a beaucoup vieilli, conduisant une campagne a minima, ses idées de haine et d’exclusion de l’autre sont restés les mêmes. Avant qu’elles ne soient interdites par la justice, son hideuse affiche sur l’islamisme a résumé son projet pour la région.
En déclin lors de la présidentielle et des européennes, le FN pourrait à nouveau progressé pour ces régionales en raison du renfort de déçu du sarkozisme. La présence de Le Pen au second tour est probable.


Récit Christian Digne
Photos Marie-Laure Thomas

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