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Pascal Perrineau : « Il y a la volonté de sortir de la bipolarisation »

Le Monde – 13/03/2010

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On vote dimanche pour le premier tour des élections régionales. Et de nouveau le président de la République appelle les Français à se déplacer, « C’est un droit, mais aussi un devoir civique », a-t-il expliqué vendredi sur sa page personnelle Facebook. Neuf mois après le scrutin européen de juin, où plus d’un électeur sur deux ne s’était pas déplacé, les sondeurs redoutent un taux d’abstention record.

Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) explique pourquoi. Il décrypte aussi les enjeux de ce scrutin, qui pourrait contribuer à recomposer le paysage politique.

Pourquoi les électeurs sont-ils tentés de bouder massivement les urnes ? Plusieurs facteurs jouent. Depuis que les régionales ont été créées en 1986, c’est la première fois qu’elles ne sont pas couplées à un autre scrutin, législatif ou cantonal. Les régionales sont renvoyées à elles-mêmes sans que la participation soit entraînée par un enjeu plus mobilisateur. La collectivité régionale n’a pas d’épaisseur historique et manque d’incarnation politique. D’autre part, la défiance politique, perceptible à droite comme à gauche, compromet le lien à une élection qui concerne peu les Français. Face à la crise, le politique peut apparaître comme impuissant. Enfin, un certain nombre d’électeurs de la majorité peuvent être tentés de choisir de ne pas voter pour exprimer non pas un franc rejet mais un malaise à l’égard du pouvoir.

Si l’abstention est très forte, cela ne relativisera-t-il pas tous les résultats ?

Si, bien sûr. Il ne faudra pas surinterpréter le silence des abstentionnistes. Il ne faudra pas non plus projeter le niveau de l’abstention sur d’autres élections à venir. Les votants intermittents sont de plus en plus nombreux.

Les intentions de vote très défavorables à la majorité présidentielle sont-elles le lot habituel d’une élection intermédiaire ?

Deux mouvements semblent jouer. D’abord ces élections intermédiaires interviennent en plein milieu du quinquennat : on sait en général que le vote sanction y est important. De plus, ce scrutin tombe un an et demi après le déclenchement de la crise économique et financière, qui charrie toute une série d’inquiétudes ne pouvant rester sans écho politique. La majorité subit aussi une seconde onde de choc.

Faudra-t-il avoir de ce scrutin une lecture régionale ou nationale ?

La réponse est complexe. Une majorité forte d’électeurs assure vouloir voter pour des enjeux locaux plus que nationaux. Pour ceux, en revanche, qui disent tenir compte d’abord des enjeux nationaux, le vote sanction est deux fois plus important que le vote de soutien au gouvernement.

Le gouvernement et la majorité n’ont-ils pas commis une erreur en dénigrant les régions parce que la quasi-totalité d’entre elles sont dirigées par la gauche ?

Si l’on regarde les enquêtes d’opinion, le bilan global des régions est plutôt apprécié non seulement par les électeurs de gauche mais aussi souvent par ceux de droite. Les collectivités territoriales, dans une conjoncture de crise économique et sociale, sont perçues comme des institutions de protection.

A quoi attribuez-vous le niveau exceptionnellement bas que prédisent les sondages à la droite parlementaire ?

Je suis frappé par la déconnexion croissante entre les scènes politiques locales et la scène politique nationale. Jérôme Jaffré faisait observer dans Le Monde du 10 mars qu’il y a aujourd’hui deux Parti socialiste : un PS local qui se porte bien et un national qui se porte moins bien, même s’il est en train de se reconstruire. Pour ce qui est de la droite, elle peut être en difficulté au plan local, mais retrouver une position dominante aux élections nationales ; on l’a vu dans la séquence 2004-2007.

La stratégie du président de la République et de l’UMP consistant à faire des listes d’union dès le premier tour n’est-elle pas en échec ?

La droite parlementaire a créé un gros aimant électoral mais s’il n’y a pas de limaille à attirer, cela pose un vrai problème. Cependant, si le FN n’est présent au second tour que dans six ou sept régions, la limaille des électeurs du FN va redevenir disponible. Cela peut changer la donne dans quelques régions. Si, en revanche, il se maintient dans une douzaine de régions, alors l’UMP sera en difficulté.

La concentration des pouvoirs de décision par Nicolas Sarkozy n’amplifie-t-elle pas le phénomène de rejet ?

Le temps court du mandat présidentiel combiné avec ce que l’on a appelé « l’hyperprésidence » exposent davantage le président de la République. Celui-ci, d’ailleurs, n’est plus protégé comme il l’était traditionnellement sous la Ve République par le premier ministre. On assiste à une quasi-inversion : le président est au premier plan de la gestion de multiples dossiers, et c’est lui qui cristallise les mouvements d’humeur, alors que le premier ministre est davantage épargné. S’y ajoute le fait que le mode d’exercice de la fonction par Nicolas Sarkozy peut provoquer un trouble qui n’est pas essentiel mais qui peut brouiller les repères de certains électeurs de droite.

Après son succès aux élections européennes, Europe Ecologie peut-il briser la bipolarisation UMP-PS ?

Il y a la recherche confuse d’un ailleurs entre deux partis dominants, l’un dans l’espace de la droite, l’autre dans celui de la gauche. François Bayrou en avait profité en 2007 ; les écologistes peuvent en bénéficier aujourd’hui. Même si les électeurs d’Europe Ecologie se situent plus naturellement dans l’espace de la gauche que ceux du MoDem. Quoi qu’il en soit, il y a la volonté de sortir de la bipolarisation, que beaucoup d’électeurs considèrent comme un carcan qui n’est pas plus en phase avec les nouveaux enjeux.

Une troisième force peut-elle durablement s’installer ?

Il faut être très prudent, on l’a vu avec le MoDem. Cela dit, celui-ci était, dès le début, une affaire beaucoup plus personnelle que ne l’est Europe Ecologie. Si cette coalition réussit, comme aux européennes, à se situer aux alentours de 15 %, on pourra dire que cette troisième famille commence à exister durablement. Mais Europe Ecologie est une confédération de différents mouvements qui reste à organiser au-delà des Verts. La stratégie n’est pas encore lisible, car les écologistes ne sont pas d’accord entre eux sur le fait de savoir s’il faut ou non un candidat à la présidentielle. En termes pragmatiques, il ne faut pas trop creuser pour trouver assez vite des sensibilités différentes. Les fragilités sont évidentes.

Le rééquilibrage entre la composante écologiste et le PS est-elle une chance pour la gauche ou une difficulté supplémentaire ?

Electoralement, Europe Ecologie permet de drainer des voix supplémentaires pour la gauche. Mais pour réussir son intégration dans le dispositif stratégique d’une gauche de gouvernement, il faut que le PS sache partager. L’entre-deux-tours sera à cet égard très important. Au PS, qu’est ce qui l’emportera des tentations hégémoniques ou de l’ouverture à un nouvel allié de poids ?

Propos recueillis par Patrick Roger

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