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Retour sur l’abstention (8 articles)

Régionales : la crise, une des raisons majeures de l’abstention

ladepeche.fr/Afp – 15/03/2010

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Elections régionales 2010 : Taux d'abstention au 1er tour de toutes les élections depuis 1986

APF/Infographie

L’impuissance de la classe politique à régler les problèmes des Français en période de crise apparaît comme une des raisons majeures de l’abstention record observée dimanche au premier tour des régionales (53,64%), selon les analystes.

En 2004, au premier tour, l’abstention avait été de 39,16%. Le record avait été établi en 1998, quand le scrutin régional n’était qu’à un seul tour, avec 42,3%. Toutefois, ce niveau est encore très loin de celui enregistré lors des européennes de juin 2009, 59,37%.

Ce résultat, pour Frédéric Dabi (Ifop), « illustre au niveau national le désenchantement à l’égard des politiques dans un contexte de crise ». « En quoi mon vote va changer ma situation, se demande l’électeur », relève M. Dabi.

« On paie ainsi les espoirs déçus de 2007 », quand la participation très élevée avait exprimé de fortes attentes de la part des principaux candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou. 83,97% des électeurs avaient voté au premier tour de la présidentielle de 2007. « Le compte n’y est pas, estiment maintenant les gens qui ne voient plus l’intérêt de se rendre aux urnes », poursuit M. Dabi.

Un sondage de l’institut CSA pour Le Parisien/Europe 1 réalisé dimanche, jour du scrutin, confirme cette tendance. 29% des abstentionnistes ne sont pas allés voter considérant que « cela ne changera pas leur vie quotidienne ». Ils sont autant à avoir voulu « exprimer leur mécontentement » et 28% un désintérêt pour la politique (contre 18% pour les abstentionnistes des Européennes de 2009).

Pour Bruno Jeanbart (Opinionway), l’ampleur de l’abstention constitue une surprise. « La question que nous nous posions la semaine dernière, c’était de savoir si elle dépasserait ou non les 50% », a-t-il dit.

« La crise renforce clairement le désenchantement à l’égard des politiques », dit aussi M. Jeanbart, utilisant la même expression de son confrère. Ainsi, l’abstention est très forte chez les jeunes, les plus sensibles aux difficultés de recherche d’emploi ( 64% contre 37% chez les 60 ans et plus). De la même manière, 60% des ouvriers ont boudé les urnes, contre 45% de cadres.

Autre phénomène, l’abstention a touché plus l’électorat de droite (44%) que l’électorat de gauche (39%). « Cette abstention-sanction explique en partie les mauvais résultats de la droite », estime M. Jeanbart.

Par ailleurs, Frédéric Dabi comme Bruno Jeanbart relèvent que, pour la première fois, les élections régionales n’ont pas été couplées cette année avec des élections cantonales. « Cela a joué en zone rurale où les gens ont l’habitude d’aller voter pour leur conseiller général qu’ils connaissent », ajoute M. Jeanbart.

Frédéric Dabi souligne que le système électoral mis en place aux régionales, un scrutin de liste, ne crée pas de proximité avec les élus régionaux. Un sondage réalisé la semaine dernière sur les sujets de conversation des Français montrait également le faible niveau d’intérêt pour ces élections. En 2007, la présidentielle était en tête de leurs conversations, tout comme le referendum sur la constitution européenne en 2005.

Pour Bruno Jeanbart, le grand perdant de l’abstention, c’est la décentralisation. Observant que chaque élection régionale se traduit par un vote contre le pouvoir central, il estime que « la région n’arrive pas à s’imposer », ce qui pose une « vraie question » aux politiques. Et de proposer une amorce de solution: « Peut-être que les élections régionales ne devraient pas avoir lieu en même temps dans toutes les régions ».

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Les raisons d’une forte abstention

Le Monde – 15/03/2010

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Un électeur s'apprête à voter, le 14 mars 2010 dans un bureau de vote de Paris.

AFP/LIONEL BONAVENTURE

Avec 53,63 % des électeurs qui ont boudé les urnes, l’abstention lors du premier tour des régionales atteint un niveau record pour ce type de scrutin. Elle dépasse de plus de dix points le taux atteint en 1998 (42 %) et encore plus nettement celui des précédentes élections régionales, en 2004, qui avaient connu un regain de participation (37,9 % d’abstention au premier tour).

Un faisceau de raisons explique ce désengagement sans précédent pour des élections régionales. Tout d’abord, c’est la première fois que celles-ci ne sont pas couplées à un autre scrutin, législatif ou cantonal. Le seul enjeu des conseils régionaux n’apparaît pas encore suffisamment mobilisateur. Les électeurs se sont d’autant plus aisément tenus à l’écart de ce scrutin qu’ils n’avaient guère été encouragés à se l’approprier.

Ayant décidé d’engager une réforme reposant sur l’instauration, dès 2014, de conseillers territoriaux qui géreront à la fois les régions et les départements, le gouvernement et sa majorité se sont fait fort d’administrer la preuve que les exécutifs régionaux étaient inopérants et coûteux.

« LES RÉGIONS ET LEURS DIRIGEANTS N’ONT PAS TROUVÉ LEUR PLACE DANS L’OPINION PUBLIQUE »

Après avoir ainsi jeté l’opprobre sur les régions, le premier ministre, François Fillon, a estimé que la faible mobilisation électorale du premier tour rendait « plus nécessaire que jamais la réforme pour la simplification territoriale ». « Les régions et leurs dirigeants n’ont pas trouvé leur place dans l’opinion publique », a-t-il expliqué.

Ces facteurs ne suffisent toutefois pas à expliquer l’ampleur et la nature de l’abstention. Celle-ci recouvre en effet deux phénomènes différents. Tout d’abord, l’électorat frappé par la crise exprime ainsi sa perte de confiance dans le politique. Cette désaffection est d’autant plus marquée que la campagne présidentielle de 2007 avait fait naître de nouveaux espoirs.

La Lorraine (58,45 %), Champagne-Ardenne (56,95 %), le Nord-Pas-de-Calais (55,47 %), la Picardie (54,45 %) figurent en tête des régions qui se sont le plus abstenues avec Rhône-Alpes (56,82 %), l’Ile-de-France (56,11 %) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (55,12 %).

Par ailleurs, une partie des électeurs de droite ne s’est pas déplacée. En désertant un scrutin qui ne mettait pas directement en cause l’exécutif, ils n’en ont pas moins adressé un message de désenchantement à l’encontre de celui qu’ils avaient porté au pouvoir en 2007. Dans des départements qui avaient donné de confortables majorités à Nicolas Sarkozy en 2007, l’abstention enregistre de spectaculaires progressions.

C’est ainsi le cas des deux départements de l’Alsace, qui s’est abstenue à 56,64 % : Haut-Rhin à 57,88 % et Bas-Rhin à 55,76 %. Cette abstention de droite touche aussi des départements comme la Haute-Savoie (59,96 %), l’Ain (58,18 %), l’Aube (55,82 %), ou même les Yvelines (54,65 %). Reste à savoir si ce mouvement d’humeur se prolongera au second tour.

Patrick Roger

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Pourquoi l’abstention ?

Paris Match – 15/03/2010

Pourquoi l’abstention ?

Photo Reuters

Elisabeth Dupoirier est directrice de recherche (FNSP) au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po. Pour ParisMatch.com, elle revient sur l’abstention record constatée lors de ce premier tour des élections régionales.

ParisMatch. Quels sont les facteurs qui expliquent un taux d’abstention si haut, à savoir 54% du corps électoral ?
Elisabeth Dupoirier. Il existe plusieurs éléments qui permettent d’analyser ce chiffre. Tout d’abord, les Français prennent de plus en plus de distance avec la politique. D’un point de vue historique, les Régionales sont peu mobilisatrices et il a souvent été écrit dans la presse que tout était joué d’avance. De plus, on peut constater une défiance d’une partie de l’électorat de droite déçue par l’action de la majorité. L’addition de ces plusieurs facteurs n’a pu que contribuer à faire grimper les chiffres de l’abstention.

Vous venez de dire que les Français s’éloignent de plus en plus de la politique. Quelle en est la raison ?

Il ne s’agit pas d’un phénomène propre à la France. Bon nombre de nos pays voisins se trouvent également dans cette situation. D’un point de vue général, les électeurs ne croient plus en la capacité, la volonté, des politiques à les défendre. La défiance vis-à-vis du pouvoir s’est accrue aussi bien quand la droite gouverne que la gauche. La confiance envers les hommes et femmes politiques s’est brisée.

«L’enjeu régional intéresse moins qu’un enjeu national»

Par le passé, est-ce que ces élections régionales ont mobilisé les Français ?
L’enjeu régional intéresse moins qu’un enjeu national. Nicolas Sarkozy l’a bien signifié, le résultat de ces élections n’aura aucun impact sur la composition gouvernementale. Avec les Européennes, ce sont les élections qui intéressent le moins, sauf circonstances exceptionnelles. Le taux de participation record enregistré lors des Régionales 2004 (près de 60%, ndlr) s’explique simplement par le sentiment de revanche de toute la gauche après la catastrophe du 21 avril 2002.

Pensez-vous que la campagne précédant ce scrutin, que de nombreux observateurs ont qualifié de «campagne de caniveau», a incité les Français à se désintéresser de ce vote?
Je n’en suis pas sûr. La mise à l’écart de Georges Frêche par la direction nationale du PS après les propos peu flatteurs du président Languedoc-Roussillon lui ont offert une exposition nationale, voire internationale. Les électeurs se sont davantage mobilisés pour ce dernier qui se retrouve aujourd’hui en bonne position. En Ile-de-France, dans la ville d’Ali Soumaré (Villiers-le-Bel, ndlr), on note une participation plus importante que d’habitude. Les «victimes» sortent bénéficiaires de ces affaires.

Peut-on être plus optimiste quant à la participation lors des prochaines échéances électorales, à savoir les présidentielles de 2012 ?
L’élection présidentielle est incontestablement celle qui passionne le plus les Français. En 2007, l’engouement a été exceptionnel. Les deux principaux candidats (Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal) incarnaient la nouveauté puisqu’ils se présentaient pour la première fois pour occuper la fonction suprême. Il en a résulté un très grand intérêt de la part des électeurs. Pour 2012, si le président sortant venait à se représenter, cet intérêt sera plus contenu. Le renouvellement et la découverte d’un candidat seront atténués parce que tout le monde connaît désormais. De ce fait, la mobilisation risque d’être légèrement moins forte

Valentin Marcinkowski

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« J’irai voter lorsque les élus feront leur devoir »

Le Monde – 15/03/2010

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L'abstention aux régionales 2010 | Le Monde.frA la suite de l’abstention record au premier tour des élections régionales, dimanche 14 mars, Le Monde.fr a proposé à des abstentionnistes d’expliquer leur choix. Déception du sarkozysme, rejet des politiques traditionnels, critiques du système électoral : nous publions une sélection des centaines de témoignages reçus lundi matin.

  • « Le non-vote est également un droit », par Louis

Certes ma « carrière » d’électeur est courte. A peine 20 ans et déjà je suis confronté à l’abstentionnisme, moi le passionné de politique. Je suis chaque élection avec beaucoup d’attention et pourtant, je n’ai jamais été voté. Manque à un devoir civique diront certains. Non je ne pense pas. Le non-vote est également un droit et il est plus juste qu’un vote par défaut. Les politiques sont si loin de nous qu’aucun ne me donne envie de voter pour lui. Je préfère donc ne rien voter, et regarder les résultats le soir en m’imaginant le non-changement que créeront ces élections. Mon parti a donc largement remporté ces élections et pourtant, personne ne nous écoute. C’est triste.

  • « On ne tient pas compte ensuite du résultat des urnes », par Chantal – 50 ans

J’ai décidé de ne plus voter après le référendum contre le traité de lisbonne, largement désapprouvé par les Français, décision sur laquelle nos hommes politiques se sont assis. Inutile donc pour moi d’aller voter si on ne tient pas compte ensuite du résultat des urnes. Bien sûr, ça a surtout été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ; voilà quand même quelques années que j’étais dégoutée du comportement de la classe politique en général, même si mes valeurs syndicalistes restent à gauche.

  • « La démocratie ne devrait pas s’arrêter au soir du second tour », par Pascal D.

Les hommes politiques sont déconnectés de la réalité, une fois les élections passées, ils prennent des décisions sans se soucier de l’opinion du peuple. Les deux partis majoritaires organisent les élection de manière à pouvoir cumuler des postes et servir les intérêts d’une minorité. Les électeurs des « petits partis » sont ignorés. Ils n’ont pas d’idées nouvelles ou de vision à long terme. La gauche ou la droite c’est la même chose, c’est toujours du gaspillage et des nouvelles taxes. La démocratie ne devrait pas s’arrêter au soir du second tour…

  • « Je veux une gauche plus réaliste », par Marianne G.

J’ai volontairement boudé les urnes ce dimanche. J’aurais pu voter blanc, mais d’une part, le vote blanc n’est toujours pas comptabilisé comme un vote (ce qui explique pourquoi tant de gens ne font pas l’effort de se déplacer) et d’autre part, j’ai voulu renvoyer à la gauche, que je soutiens habituellement, le sentiment de désertion que j’éprouve en ce moment face à sa politique. J’en ai assez de ces petites querelles de cour de collège qui dure depuis l’élection de Sarkozy. Au lieu de regarder devant elle, la gauche regarde de biais, donne des coups de coude à ses petits camarades de l’UMP, fait la turbulente. Ce n’est PAS un comportement constructif, ce n’est PAS un projet politique. La gauche exprime une suffisance, un sentiment de supériorité idéologique qu’actuellement rien ne justifie. Son projet est un projet de réaction et non d’action: elle veut lutter contre l’UMP au lieu de proposer elle-même une véritable réforme en accord avec les problematiques contemporaines.

Les concepts qu’elle brasse sont désuets, les solutions utopiques. Je veux une gauche plus réaliste, une gauche qui sait jongler avec le capitalisme et une Europe aujourd’hui de droite. Je veux une gauche qui résiste dans la jungle du monde moderne. Une gauche moins people: pitié, virez Ségolène, qui a enfoncé le parti dans l’individualisation de la politique. Vu le score du FN, j’irai évidemment voter pour le deuxième tour. Mais que la gauche agisse enfin. Dans le monde réel, pas au pays des merveilles.

  • « Campagnes sournoises, attaques personnelles, alliances opportunistes » par 2012

Je ne suis pas allé voter pour la première fois depuis que je suis en age de le faire. J’ai souhaité ainsi adresser un message aux politiciens de tous bords accrochés à leurs précieux privilèges et qui s’éloignent inexorablement des réalités du quotidien de la grande majorité des français. Campagnes sournoises, attaques personnelles, alliances opportunistes, manque de transparence, doubles mandats. Plus rien aujourd’hui ne me permet de croire qu’il y a encore des gens en France qui font de la politique parce qu’ils veulent servir le pays, les citoyens. Même le cher François Bayrou en qui j’ai un temps cru est tombé dans le marketing politique pour essayer de préserver ce qui pouvait encore l’être…

(…) Je retournerai voter le jour où nous changerons la façon de faire de la politique en France, avec plus de transparence, et des élus au service des citoyens

  • « Les partis politiques ne sont plus majoritaires » par Jean-Michel B.

Si je ne vais pas voter, c’est parce que cela ne sert à rien. Le discours des partis représente pourtant un panel complet qui devrait satisfaire tout le monde, et j’y trouve encore ce qui me plait en picorant ça et là. Mais le discours n’est plus que du vent, des promesses, et seules quelques-unes de ces promesses seront tenues, au hasard des possibilités ou des pressions. Soit les promesses sont éxagérées, soit la volonté de les appliquer manque, mais en tout cas pour moi le politique ne fait pas ce qu’il dit, et c’est pour cela que je ne le considére pas. La leçon est pourtant évidente, les politiques ne sont plus majoritaires en France, ils ne représentent plus la majorité du peuple. Cette élection devrait étre invalidée, pour manque de quorum.

  • « Je m’abstiendrai aussi au second tour » par Alain F.

Je me suis abstenu hier pour marquer mon désintérêt des politiques et de la lassitude que j’éprouve à les voir chercher à exister pour conserver leurs acquis au lieu de chercher ensembles des solutions pérennes pour sortir la France du marasme et de sa quasi-faillite. Il ne doit pas manquer dans les différents camps de personnes compétentes pour enfin construire une politique valable. L’affrontement gauche-droite quand on déplore 1500 milliards d’euros de dette c’est puéril et dépassé. (…) Jusqu’à hier j’avais toujours voté à droite. (…) Pour le second tour, ma position ne changera pas, je m’abstiendrai en espérant que l’abstention progresse encore.

  • « Je ferai mon travail de citoyen lorsque nos élus feront leur devoir » par Quentin

Je réside dans une autre région que celle où je suis listé le temps d’un stage. Les procédures pour voter par correspondance sont pénibles, surtout que je n’ai pas vraiment le loisir d’y consacrer du temps. A quand un vote sécurisé et simple par internet ? J’arrive à la fin d’un cursus d’ingénieur de cinq ans, et je dois déjà me préoccuper de trouver un emploi. Mon pays n’a apparemment rien à m’offrir, moi qui pensait que des études aideraient. Je suis pour la démocratie, mais pas comme ça. Je ferai mon travail de citoyen lorsque nos élus feront leur devoir de représentants du peuple.

  • Déçu par la politique de Sarkozy, par Antoine-Frédéric F.

Electeur traditionnel de la droite, chef d’une petite entreprise, j’avais fondé des espoirs certains sur la rupture annoncée par Monsieur Sarkozy en mai 2007. Hélas, comme tant d’autres, je n’ai rien vu d’autre que le triomphe des idées interventionnistes défendus par le (mauvais) conseiller Guaino, le retour des chimères étatiques d’un Etat désargenté, l’absence totale de direction claire sur le plan économique, l’omniprésence d’un homme manifestement dépassé, la non exécution des promesses électorales de droite, l’ouverture systématique aux dinosaures de gauche, une politique économique soit compassionnelle ou en coups de mention ridicules (Estrosi et Renault, Estrosi et heuilliez, Estrosi et la suite,…), la continuation de l’écrasement des classes moyennes inférieures et supérieures sous les charges, les impôts,.. conduisant à leur paupérisation définitive, la fin programmée de l’identité nationale dans certaines zones de ce même territoire national,… bref aucun redressement en vue, la continuation du plongeon.

Autant que ce soit les socialistes qui l’assument ce plongeon, après eux ce sera le temps du nettoyage. Monsieur Sarkozy n’était pas fait simplement pour ce job. Au revoir, Monsieur Sarkozy. Good bye and good luck, comme on dit dans un film !.

  • « Le système n’est pas adapté », par Frédéric C.

J’ai 29 ans et pour la première fois de ma vie, je n’ai pas voté dimanche.  Je parle de ma situation car dans le débat sur l’abstentionnisme on n’aborde jamais la question de l’abstention « non voulue ».  Je suis Aquitain et à cause d’un entretien d’embauche sur Paris qui s’est organisée dans la semaine je n’ai pu rentrer à temps dimanche soir pour voter.

Je regrette donc que le système démocratique peine à s’adapter à la forte mobilité de nos concitoyens et à nos nouvelles façons de vivre.  Les absences au bureau de vote ne sont pas toujours choisies contrairement à ce que l’on peut entendre. Alors pourquoi ne pourrait-on pas mettre en place le vote électronique ? J’aime le coté cérémonial du bureau de vote mais plutôt que de ne pas voter je préférerai largement la froideur d’un « i-vote ».

  • J’irai voter FN au second tour, par Jean-Luc M.

Manque de motivation pour ma part. Nicolas Sarkozy, avec ses mensonges nous a à tous, je pense, donné une image néfaste de la politique. Pour ma part, je préfère attendre le premier tour, pour aller voter au second. Le FN a eu une monté extraordinaire, mon vote sera donc pour le FN !

  • L’UMP ne représente plus la droite… par Jeanne F.

Nous sommes une famille,  habituellement des électeurs de droite (UMP). Or nous ne nous sentons plus représentés par aucun partis des en lice. Nous attendions de l’UMP  une défense des valeurs traditionnelles françaises, une protection de la famille. Or il est question de réduire le congé parental rémunéré de 3 ans à 1 an, de travailler le dimanche, et d’autoriser le mariage homosexuel. Une lutte réelle contre l’islamisme en France. La triste affaire du quick de Roubaix aurait permis de mettre un coup d’arrêt symbolique à ce que les musulmans nous imposent : zéro réaction du gouvernement. Nous aurions volontiers voté FN, mais le racisme nauséabond qui se dégage de ses militants nous répugne. (…)

  • « Le jeu politique me fait un peu peur », par Emmanuel G.

A 31 ans, je ne suis jamais allé voter. Non pas que je sois indifférent à la politique, simplement, je crois que je n’ai jamais été convaincu par un homme, une femme, ou un parti politique. Mais aujourd’hui, mon abstention a pris un caractère bien différent; elle est le fruit d’un regard sur le jeu politique qui me fait un peu peur.
Pour faire simple, on va dire qu’aujourd’hui, l’échiquier politique comporte les deux grandes « forces » que sont l’UMP et le PS, la fameuse « gauche et droite », mon cœur, mes idées sont généralement plutôt à gauche, voire extrême gauche en général. Aujourd’hui à gauche, c’est simplement le désert, pas d’idées, pas vraiment de mouvement, et même si Mme Aubry a l’air de mettre un peu d’ordre, c’est encore très timide.

  • « La première fois de ma vie que je ne vote pas » par Jean-Michel G.

Je suis furieux contre Nicolas Sarkozy car c’est la première fois de ma vie que je ne suis pas allé voter mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour exprimer mon désaccord contre une politique où « l’ouverture » se fait au détriment de ses propres amis politiques, où la couleur de peau tient désormais lieu de brevet de compétence contre les idées de méritocratie républicaine auxquelles je suis attaché et où la politique succombe aux modes comme celles de l’imposture climatique avec cette nuisible taxe carbone. Manifestement mon abstention n’a pas été comprise, aussi je vais devoir récidiver dimanche prochain. Et je ne voterai plus jamais pour Nicolas Sarkozy…

  • « Pourquoi leur faire croire qu’ils nous intéressent ? », par Thomas S.

Oui, je suis lamentable de ne pas être allé voter. Oui, le droit de vote est pour moi quelque chose de fort, qu’il faut préserver en montrant qu’il est utile, en allant aux urnes. Cependant, avec des hommes politiques qui jouent la carte de la célébrité, qui usent de discours ponctuels sans jamais expliciter l’enchainement logique de leur décision, ni leur objectif à atteindre et les différentes étapes pour y parvenir, pourquoi leur faire croire qu’ils nous intéressent ?

  • Ne votons plus !, par Marie-Emma

J’ai toujours voté depuis l’âge de 18 ans. A droite, et une fois à l’extrème droite. Aujourd’hui à 40 ans je fais le choix de ne plus voter,car ça fait un peu trop longtemps qu’on se fout de nous et que nos politiciens usent de tout pour nous utiliser. Ils ne pensent qu’à leurs poches et non au peuple. Ils oublient qu’ils nous doivent leur position. Ils se déchirent comme des gosses dans une cour de récréation, sans scrupules ni respect pour eux même à fortiori les autres. Pour moi, aujourd’hui le peuple à le choix : ne pas voter! Leur faire comprendre qu’on ne veut plus d’eux. En France, les gens font carrière en politique, et assurent la carrière de leur descendance ; ça ne devrait pas exister. La France est devenue un pays de favoritisme pour certains et d’aide sociale pour d’autres. Et quel autres? Elle laisse crever les siens au seuil de sa porte. Nous faisant croire qu’il existe une certaine crise, laquelle par ailleurs a bien favorisée certains chefs d’entreprise et les banques. Réveillons-nous enfin ! Ces gens dépendent de nous en nous faisant croire le contraire. Marquons l’histoire : ne votons plus.

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Les cinq raisons d’une abstention record

La Croix – 15/03/2010

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Jean-Daniel Lévy de l’institut CSA et Frédéric Dabi de l’Ifop analysent pour « La Croix » les ressorts d’une abstention établie à 53,64 %

Un enjeu régional peu ou mal perçu

C’est le premier enseignement tiré dimanche 14 mars par François Fillon lui-même. « Les régions et leurs dirigeants n’ont pas trouvé leur place dans l’opinion », a expliqué le premier ministre, qui en a profité pour vanter la nécessité de la réforme des collectivités locales engagée par le gouvernement pour clarifier les compétences. L’abstention signerait, selon lui, l’échec de la décentralisation.

« C’est vrai que les régions sont restées le parent pauvre de la décentralisation. Leur visibilité est faible et leur capacité d’action limitée », reconnaît Pascal Jan, professeur à Sciences-Po Bordeaux. Mais si elles souffrent à l’évidence d’un « déficit d’incarnation », le jugement est « sévère » selon Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l’Ifop, qui fait observer que l’abstention de dimanche se situe plus de dix points au-dessus du précédent record enregistré en 1998, à 42 %.

«Les régions existent mais souffrent d’une concurrence avec des institutions plus proches du citoyen comme le département et la commune », explique-t-il. Pour Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique de l’institut CSA qui a réalisé une enquête pour Le Parisien le jour du vote, c’est surtout l’absence d’enjeux locaux concrets mis en avant pendant la campagne qui a conforté les électeurs dans l’idée qu’« il n’y avait guère de différence entre une gestion de droite ou de gauche » et que leur vote « n’allait rien changer ».

Une défiance à l’égard de la politique

Le taux d’abstention record vient confirmer la défiance de plus en plus grande à l’égard du politique, mise en évidence par le baromètre du Cevipof, Centre d’études de la vie politique de Sciences-Po, rendu public au mois de décembre dernier. Selon cette enquête, 67 % des Français affirment n’avoir confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays et 78 % estiment que les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens.

La participation exceptionnelle observée lors de la présidentielle de 2007 n’aurait donc été selon Frédéric Dabi qu’« une parenthèse enchantée » dans une « spirale abstentionniste » observée depuis quelques années et qui s’est accentuée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy.

Dans un pays qui, paradoxalement, « a une haute opinion de la politique et en attend beaucoup », c’est surtout la déception qui justifierait ce taux élevé plus que le désintérêt. « Le vote de dimanche était plus un message adressé à nos gouvernants qu’une marque d’abandon, veut croire Jean-Daniel Lévy. Nous ne sommes pas aux États-Unis ou en Grande-Bretagne où il existe une vraie désaffection et où les électeurs pensent que les politiques ne peuvent plus rien faire pour eux. »

Un contexte de crise sans précédent

Les périodes de crise et de forte montée du chômage sont propices à nourrir à la fois l’abstention et le vote FN, estime Frédéric Dabi. Il y a « une corrélation forte » entre les deux, déjà observée au cours des années 1980 mais également en 2002, lors du premier tour de l’élection présidentielle, pour laquelle la participation est généralement plus forte. « La crise remet en question la capacité des politiques à apporter des réponses et une part importante des électeurs se dit : à quoi cela va-t-il servir ? » poursuit-il.

Dans l’enquête de l’institut CSA pour Le Parisien, la première raison invoquée par les abstentionnistes est « que cela ne changera pas grand-chose à ma vie quotidienne ». Toutefois, selon Jean-Daniel Lévy, c’est moins la crise qui justifie l’abstention que l’absence de perspectives offertes pour y répondre alors qu’elle est présentée comme la plus grave depuis celle de 1929. « En période de crise, il y a au contraire une attente plus forte des Français à l’égard de la politique. La preuve est que le NPA, qui a essayé d’utiliser la crise comme argument électoral, n’en a pas récolté les fruits. »

Une déception à l’égard de « la rupture » annoncée

L’abstention est d’autant plus forte que les attentes soulevées par l’élection présidentielle de 2007 ont été grandes. Conduite sur le thème de la rupture avec le passé, marquée par le renouvellement des candidatures, la campagne s’était traduite par un renouvellement de la confiance envers la politique et avait soulevé beaucoup d’espoirs.

Ces espoirs déçus expliqueraient aussi l’ampleur de l’abstention. « À chaque élection qui a suivi, on a battu un nouveau record, observe Frédéric Dabi. Cela a été le cas aux législatives immédiatement après, aux municipales et encore l’année dernière aux européennes où le taux d’abstention a atteint 59 %. »

Cette déception à l’égard de Nicolas Sarkozy, qui s’était fait le chantre de la rupture est confirmée par le profil des abstentionnistes de dimanche. On retrouve les catégories traditionnelles qui nourrissent l’abstention, c’est-à-dire essentiellement les jeunes et les catégories populaires, « mais aussi davantage de personnes diplômées, issues de catégories socioprofessionnelles supérieures et âgées », précise Jean-Daniel Lévy.

Un électorat qui vote traditionnellement pour la droite et qui ne serait pas en phase avec le mode de gouvernance du président de la République, selon le directeur du département politique-opinion de l’institut CSA. Dans les raisons évoquées par les abstentionnistes, « le mécontentement sur la manière dont vont les choses en France » revient le plus souvent.

Les préoccupations des Français absentes de la campagne

Le niveau d’intérêt des électeurs pour la campagne, qui s’est déroulée en partie pendant les vacances scolaires, a été exceptionnellement faible. 66 % des Français disent s’y être peu ou pas du tout intéressés. Et à un mois du scrutin, 37 % d’entre eux en avaient parlé à des proches, selon le baromètre Ifop/Paris Match des conversations des Français.

« C’est 7 points de moins qu’aux régionales de 2004 et 18 points de moins qu’aux municipales de 2008 », souligne Frédéric Dabi. Un désintérêt qui s’expliquerait essentiellement par le décalage entre les thèmes de campagne abordés et les préoccupations des Français. « Je ne suis pas sûr par ailleurs que l’affaire Soumaré, les propos de Gérard Longuet, les bisbilles entre les ministres et les candidats convoqués à l’Élysée aient été de nature à rassurer les électeurs et à les encourager à aller voter », souligne Jean-Daniel Lévy, de l’institut CSA.

Céline ROUDEN

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Régionales : Paroles d’abstentionnistes

La Croix – 15/03/2010

« Montrer mon ras-le-bol »

Michèle, épicière à Metz, abstentionniste par protestation : « Je ne suis pas allée voter pour montrer mon ras-le-bol aux gouvernants. Il n’y a plus rien qui va, et ils ne font rien pour le petit commerce, c’est de plus en plus difficile de s’en sortir. Ce n’est pas parce que c’est les régionales, c’est juste une élection de plus. On nous demande toujours notre voix et notre vote ne change rien.

Mais j’irai voter dimanche prochain. Le premier tour, c’était pour qu’ils voient tous ces absents et qu’ils en tirent les conclusions. Dimanche, j’accomplirai mon devoir. Je suis sûre que beaucoup de gens vont faire comme moi. »

« Les régions n’ont qu’un faible impact sur notre quotidien »

Christophe, 42 ans, chef d’une entreprise de 48 salariés à Bordeaux, marié, père de deux enfants : « C’est la première fois de ma vie que je ne vote pas. Mais le gouvernement actuel a oublié les gens et ne s’intéresse plus qu’aux riches. Comment peut-on justifier le maintien du bouclier fiscal, alors que le chômage et la pauvreté ne cessent de grimper ?

Nicolas Sarkozy m’avait séduit par sa volonté de changer la société. Il voulait être le “président du pouvoir d’achat”. Dans les faits, nous en sommes très loin. Si j’avais voté aux régionales, j’aurais voté à gauche, pour une fois. Je ne l’ai pas fait, car je pense que les régions n’ont qu’un faible impact sur notre quotidien. »

« Je m’intéresse peu à la politique »

Mélanie, 18 ans, étudiante en médecine à Nantes : « J’ai reçu ma première carte d’électeur la semaine dernière mais je ne l’ai pas utilisée. J’ai préféré m’abstenir plutôt que de voter n’importe comment car je n’ai pas pris le temps de consulter les programmes des candidats. De toute façon, je m’intéresse peu à la politique. Cela aurait peut-être été différent pour une élection présidentielle.

Il faut dire que pendant la semaine, je vis dans un studio où je n’ai ni la télévision, ni Internet et je lis peu les journaux. J’irai peut-être voter au second tour car je vais davantage entendre parler des élections cette semaine. Mais je n’en suis pas sûre ». 

« Je suis fatiguée des promesses non tenues »

Catherine, 60 ans, agricultrice : « Je ne suis pas allée voter dimanche, alors que je ne rate jamais une élection, parce que je suis fatiguée des promesses non tenues. Sarkozy a promis des prêts pour les agriculteurs, mais ça nous enfonce un peu plus et tout le monde n’y a pas droit.

Le lait, qui avait gagné quelques centimes en janvier, en a reperdu en février et en mars. Il y en a marre des problèmes agricoles à répétition, de nos revenus qui baissent et des belles paroles. On vit dans un monde fait pour les riches, dans une société où il n’y a que l’argent qui compte. Dimanche, prochain j’irai voter et pour une fois, ce sera pour la gauche. »

« Rendre les citoyens acteurs »

Marie-Thérèse, 57 ans, secrétaire à Marseille : « De sensibilité de droite, j’ai toujours voté par devoir civique et pour défendre mes idées. Mais pas dimanche. Je ne fais plus confiance aux hommes politiques, tous bords confondus. Ils promettent beaucoup mais agissent peu. Lorsque des idées pertinentes sont émises par des partis concurrents, aucun d’entre eux n’a la maturité de dépasser les clivages partisans pour travailler en commun.

Pour rapprocher la politique des citoyens, pourquoi ne pas créer, au conseil régional, un conseil de citoyens chargés de se prononcer sur des projets, de faire émerger les besoins. C’est en étant acteurs que les citoyens se réintéresseront à la politique, pas en n’étant écoutés qu’à l’approche des élections. »

Recueilli par CORINNE BOYER (à Marseille), NICOLAS CÉSAR (à Bordeaux), ÉLISE DESCAMPS (à Metz), FLORENCE PAGNEUX (à Nantes) et JEAN-LUC POUSSIER (à Rennes)

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Comment mobiliser les abstentionnistes ?

Le Monde – 14/03/2010

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abstentionnistes

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Régionales : pourquoi ils n’iront pas voter

Le Monde – 12/03/2010

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Voix d’abstentionnistes

 La "Une" du Monde Magazine, daté 13 mars 2010.Même le mot est une réprobation. Abstention… Dans nos démocraties, il charrie dans son sillage des notions infamantes. Il est synonyme d’incivisme, d’indifférence, d’indécision, voire d’indigence intellectuelle. Maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Lyon et spécialiste du langage politique au laboratoire Triangle, rattaché au CNRS, Denis Barbet a longuement étudié les connotations péjoratives qui accompagnent l’usage de ce terme (dans la revue Mots. Les langages du politique, numéro 83, mars 2007).

Elles sont pléthore, ces dépréciations:  » lassitude « ,  » désertion « ,  » désaffection « ,  » désintérêt « ,  » bouderie « ,  » maux « ,  » crise « ,  » lâcheté « , entre autres. A contrario, note le chercheur, la participation est liée à des valeurs positives, quasi patriotiques:  » sursaut citoyen « ,  » élan républicain « ,  » mobilisation démocratique « , etc. Un électeur  » retrouve le chemin des urnes «  comme un paralytique ses jambes, un croyant la foi. Une belle leçon d’instruction civique!

Et pourtant, les récents sondages sont formels: devoir ou pas devoir, près d’un Français sur deux a déjà annoncé qu’il ne voterait pas lors des élections régionales, les 14 et 21 mars. A l’exception de la présidentielle de 2007, cette abstention croît dans tous les types de scrutin. Les objurgations citoyennes ou les tentatives de culpabilisation n’y peuvent rien: 35 % des électeurs ne viennent plus choisir leurs conseillers municipaux, 40 % leur député national, 45 % leur conseiller général, 60 % leur député européen. Encore ces abstentionnistes ont-ils daigné s’inscrire sur les listes. Quelque 8 % des citoyens majeurs n’ont même pas pris la peine de demander leur carte en mairie.

Le parti des pêcheurs à la ligne, expression attribuée tantôt à Octave Mirbeau, tantôt au Canard enchaîné, ne cesse donc d’enfler comme rivière en crue. Au point d’intéresser, au-delà d’une simple condamnation.  » L’abstention est aujourd’hui moins stigmatisée qu’autrefois « , constate Denis Barbet. Les experts du corps électoral s’intéressent à cette cohorte mystérieuse, établissent des classifications, des genres. Les abstentionnistes deviennent une variable majeure, comme on l’a vu le 21 avril 2002, quand près d’un électeur sur trois ne s’était pas déplacé au premier tour de l’élection présidentielle. Ira, ira pas? Les candidats aux élections régionales sont à leur tour inquiets d’une faible participation qui pourrait bouleverser la donne.

Le Monde Magazine est donc allé à la rencontre de ces abstentionnistes, à Auxerre et dans ses environs. Chef-lieu de l’Yonne, cette ville de 40000 habitants vote peu ou prou comme la France. Elle subit de plein fouet la crise économique. Une ville somme toute ordinaire, gagnée par la désillusion du politique. Comme partout, le taux d’abstention y progresse inexorablement. En 2009, lors d’une élection cantonale partielle impliquant un quartier populaire de la ville, moins d’un électeur sur cinq s’était déplacé. Et quand en février François Patriat, président (PS) du conseil régional, est venu tenir meeting à Auxerre, la salle Vaulabelle sonnait bien creux, avec à peine cinquante personnes.

Le maire (PS), Guy Férez, ne peut que constater l’apathie de ses administrés. Il sait  » la déception de gens à qui on a trop promis « , connaît l’anathème  » Tous pareils! « .  » La crise de la représentation politique, syndicale et religieuse est une tendance lourde « , analyse-t-il. Elu de gauche dans une ville de droite, il constate, jour après jour, la  » faillite des idéologies « , la détermination des opinions  » sur de l’émotion, sur un point de vue particulier, sur l’irrationalité parfois « . En même temps, le maire estime que  » l’abstention est plus complexe dans son analyse qu’un simple rejet « . Et c’est exactement ce que disent les abstentionnistes que nous avons rencontrés


Le réfractaire : Bernard Deslin 58 ans, gérant immobilier

Bernard Deslin.« Je suis né dans le Nord, dans la courée d’une filature. J’ai passé un CAP d’imprimeur. Je faisais du marché noir avec la Belgique pour vivre je transportais du café et des cigarettes, au nez et à la barbe des douaniers. Après, j’ai fait mille métiers. J’ai la bosse du commerce. J’ai commencé à faire les marchés et puis j’ai ouvert une boutique de fringues, puis une deuxième, puis une troisième. Martine Aubry est arrivée avec ses 35 heures. C’est devenu l’anarchie. J’ai tout vendu en 2003, bien vendu d’ailleurs, et je suis venu m’installer ici, plus au sud, un peu au hasard. Je gère aujourd’hui mon patrimoine immobilier dans le Nord. J’ai retapé une vieille maison, j’ai un 4×4. Pour les gens d’ici, je suis quelqu’un qui a réussi, qui est arrivé. Un jour, on m’a même dit que je pourrais devenir le maire. Quelle rigolade!

J’ai voté pour la première fois en 1973. Je venais d’avoir 21 ans, c’était pour l’élection du maire de Lille. C’était Mauroy à l’époque. J’ai même participé au dépouillement. A l’époque, c’était normal de voter, je ne me posais même pas la question. On vous demandait si vous votiez ou non. Il y avait une pression morale. C’était mal vu de ne pas y aller. Mon grand-père mettait son habit du dimanche, son chapeau, pour se rendre au bureau de vote. Mon père aussi. A chaque élection, je me faisais piloter par mon vieux. Il ne votait pas pour la rose et ne chantait pas L’Internationale, bien qu’on ne fût pas riche. Il n’y croyait pas, aux socialistes. Moi non plus. Mes parents ont voté Coti, de Gaulle et Pompidou. Moi, j’aimais bien Chaban-Delmas.

J’ai voté comme ça, régulièrement, jusqu’en 1981. Là, Mitterrand est passé et j’ai dit stop! Lui, je ne pouvais pas le voir en peinture. Il m’a dégoûté de la politique. Je n’ai plus jamais voté. Les élections, c’est joué d’avance. On retrouve à chaque fois les mêmes: vous rendez-vous compte que Mitterrand était déjà ministre avant ma naissance! J’ai juste hésité en 2002. Je voulais voter Chirac contre Le Pen. Le FN, ça ne me plaisait pas. Moi, je ne suis pas raciste, même si, quand je les dirigeais encore, mes magasins ont été attaqués plus souvent qu’à leur tour: douze cambriolages en deux ans! Je m’intéresse pourtant à la politique. Je regarde les infos, les débats à la télévision, je lis le journal. Mais, pour l’instant, je ne vois pas qui pourrait me faire revenir dans un bureau de vote. Je ne veux pas perdre mon temps. Sarko, Strauss-Kahn, pour moi, c’est la même crémerie. Ce qu’ils ont vécu, je l’ai vécu. Obama, par exemple, là ça m’aurait plu. »


La distante : Laurence Deslin 37 ans, sans profession

Laurence Deslin. » Je suis née à Lille. Mon père était chef de chantier, ma mère femme de ménage. Ils ne votaient pas, par indifférence. Mon frère et mes sœurs ne votaient pas non plus. A la maison, on ne parlait jamais de politique. Je n’ai pas été élevée dans un climat propice. Je n’ai d’ailleurs jamais eu de carte d’électeur. J’ai rencontré mon mari à 18 ans, un âge où, de toute façon, on se fout de la politique. Il ne votait pas non plus. Ça ne m’a pas aidée. A

ujourd’hui encore, franchement, ça ne m’intéresse pas. Quand un homme politique passe à la télé vision, je décroche. Je n’y comprends rien. Et puis Carla Bruni et tout le tintouin, franchement, y’en a marre. Quand je travaillais dans le Nord, les hommes politiques passaient dans mon magasin, pendant les campagnes électorales. Ils me serraient la main, distribuaient leur tract. Je le prenais mais je le jetais dès qu’ils étaient sortis. Poubelle! Chacun sa boutique, sa spécialité.

Mais ne croyez pas que je sois indifférente à ce qui se passe autour de nous. Je regarde  » Envoyé spécial  » à la télévision. Haïti, ça me touche au cœur. En 2002, j’ai un peu regretté de ne pas avoir de carte d’électeur car j’ai eu peur que Le Pen passe. Jusqu’à 20 heures, j’ai été un peu inquiète.  »

Le déçu : Arlindo Fernandes, 46 ans, employé à l’hôpital psychiatrique

Arlindo Fernandes. » Je suis né au Portugal. Ma famille est arrivée en France quand j’avais 5 ans. J’ai obtenu la nationalité française à 18 ans. J’ai perdu mes parents à 16 ans et j’ai ensuite dû me débrouiller tout seul. Je me suis fait par moi-même. J’ai toujours bossé. Je n’ai jamais touché d’aide. J’ai construit moi-même ma maison.

J’ai voté pour la première fois en 1981, à l’époque de Mitterrand. C’était un truc inconnu pour moi. J’étais un peu ému. Et puis, avec le temps, je me suis dit que j’avais affaire à des beaux parleurs qui me trompaient. Les hommes politiques te promettent monts et merveilles mais, après, tu ne fais que payer, parce que nous, les classes moyennes, nous payons sans avoir le droit à rien. Je me suis mis à voter de moins en moins souvent.

Maintenant, c’est uniquement pour les présidentielles. En 2002, j’étais encore motivé, pour contrer Le Pen. En 2007, j’ai voté blanc. On a l’impression que tout est joué d’avance, décidé ailleurs. Et puis le procès Villepin, ça me désole, ces gens qui lavent leur linge sale en public. Il n’y a que Sarko qui me donne envie d’aller voter… de l’autre côté! Quand il passe à la télé, je zappe: ça ne m’avait jamais fait ça avant. Lui, c’est “Faites ce que je dis mais pas ce que je fais”. Tu ne peux plus avoir confiance.

Quand tu vois ces mecs, directeurs de ci et de ça, qui cumulent les salaires et toi, avec tes 1300 euros par mois, tu n’as pas le droit d’avoir un autre emploi… Travailler plus pour gagner plus, ça, c’est bon pour le patron de Veolia. A côté de chez nous, une usine vient de délocaliser. J’ai des voisins qui se retrouvent au chômage.

Il faut quelqu’un qui tienne ses engagements, loyal envers les citoyens. Quelqu’un de carré. Avant, dans les réunions de famille, avec mes six frères et sœurs, c’était la bagarre sur la politique. Aujourd’hui, chacun a ses convictions mais n’en débat plus.

Je crois être un citoyen responsable. Je suis investi dans la vie sociale. Je travaille dans une association, Maxime Plus, pour les enfants victimes du cancer. Je suis entraîneur de foot, aussi, dans l’équipe de Migennes. Quand je milite en milieu associatif, quand je discute de l’avenir des enfants, je fais de la politique.  »

L’irrégulier, Philippe Rocci 38 ans, artisan santonnier

Philippe Rocci.« Je suis né à Marseille, j’ai vécu à Paris pendant dix ans puis je me suis installé dans l’Yonne en 1993. Je travaillais comme commercial dans les cosmétiques. Je m’ennuyais. J’ai eu envie de faire des santons. C’était un hobby puis j’en ai fait un métier. Mais j’ai ressenti durement la crise. Je faisais travailler sept personnes en 2008. J’ai dû m’en séparer.

J’ai voté assidûment quelque temps. Aujourd’hui, je ne me déplace plus que pour les élections présidentielles. J’essaye encore de donner un sens à cette élection. Et puis, durant la campagne présidentielle, les candidats sont omniprésents, ils entrent chez toi par la télévision. Il y a une forme de proximité. Paradoxalement, les autres campagnes semblent plus lointaines. Depuis de Gaulle, on vote à droite dans la famille. En 2007, j’ai voté Sarkozy. Quelqu’un qui vous dit: “On a une obligation de résultat”, c’est quelqu’un qui prend conscience des choses. Mais en même temps, je sais qu’il n’y aura pas de changement radical dans mon quotidien. Si demain une loi devait me concerner, il y a fort à craindre que ce serait pour me pénaliser. Nous, les artisans, nous sommes ceux auxquels on présente la facture. On ne me demande pas si j’ai contribué à construire quelque chose, avec mon entreprise.

Alors, à quoi bon! Mon abstention est un grand sujet de débat, avec mes amis. Ils me disent: “Vote blanc mais vote!” Mais, voter blanc, c’est ne pas être pour l’un ou pour l’autre. Moi, simplement, je ne me sens pas concerné. La politique, je la regarde de l’extérieur comme à travers une fenêtre. J’ai le sentiment, avec les candidats, que je ne concerne personne et que personne ne me concerne. Mes proches me disent: « Tu ne participes pas à la vie de ton pays en ne votant pas. » C’est faux. J’ai des origines italiennes. Mon grand-père s’est installé en France en 1908. Je me sens totalement de ce pays que je contribue à fabriquer et je prendrais un fusil pour lui s’il le fallait. Cela n’a rien à voir.

Quand on me rétorque “en votant, tu deviens acteur”, je réponds “oui et non” car, au bout du compte, l’électeur subit les choses plus que le contraire. Si la Grèce est en faillite et que la France est endettée, croyez-vous que ce soit en votant que vous changerez quoi que ce soit? On le voit bien avec la crise bancaire, on a le sentiment de vivre dans un monde artificiel où tout vous échappe. Quel est le sens, l’explication de tout ça, la prise que l’on peut avoir sur ces choses? »

L’écœurée : Géraldine Micot, 38 ans, chômeuse

Géraldine Micot.« Je suis née à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne. Je suis actuellement au chômage. J’ai perdu mon emploi de comptable à l’été 2009, à cause de la crise. J’ai voté à toutes les élections. Là, c’est la première fois que je ne voterai pas. Mon grand-père était un résistant communiste. Il a été déporté dans un camp de concentration. Après la guerre, il a été déçu par le communisme et est devenu socialiste. Il a défilé en 1968 et s’est retrouvé sans travail. Alors, il ne voulait pas que je m’engage politiquement et que je connaisse les mêmes déceptions. En revanche, il voulait que je vote. Il se serait fâché si je n’y étais pas allée. Il s’était battu pour que je puisse le faire.

Ma mère avait sa carte du PS. Mon père aussi était socialiste. Il tenait un bar dans la Nièvre. Toute la gauche y défilait. J’y ai vu Jospin. Au début, j’étais à gauche, naturellement, j’ai manifesté contre Devaquet. Et puis j’ai vu les choses différemment. Dans la Nièvre, j’ai connu Mitterrand sous son aspect le plus néfaste, notamment avec l’affaire Bérégovoy.

J’ai voté pour la première fois aux européennes de 1992. Depuis je vote à droite. Il a fallu que j’explique ça à mes parents. Je ne voterai pas aux prochaines régionales, pour la première fois. Je me dis que ce n’est pas bien, je pense à mon grand-père. S’il était encore en vie, il m’emmènerait voter à coups de pied dans les fesses. Mais j’ai perdu confiance. Je me suis aperçue que les candidats étaient plus intéressés par la politique que par les gens. Je ne supporte plus l’impunité dont jouissent les ministres. Vous, lorsque vous avez un problème, on vous fait payer. Mais les ministres, eux, ne sont pas responsables. Ils font des choses condamnables et puis, plus rien, ils continuent toujours à faire de la politique. Moi, je ne peux pas comprendre cela.

Ici, on a le sentiment de ne pas compter. La France n’existe pas en dehors de Paris, Lyon ou Marseille. Les gens de banlieue se disent défavorisés. Mais, à la campagne, la plupart des copains de mon fils n’iront pas non plus à l’université parce que leurs parents n’auront pas les moyens. Parfois, j’ai envie de crier ma colère et ma détresse, de hurler qu’on nous oublie. »

Le revenant : Jean-Michel Robert 42 ans, agent d’entretien qualifié

Jean-Michel Robert.« Je suis né à Auxerre. J’ai voté, pour la première fois, à la présidentielle de 1988. Je votais comme tous les copains. J’ai dix frères et sœurs et ils votaient tous. Mon père, Jean, me disait: « Faudrait aller voter. C’est mieux pour toi plus tard. » J’ai voté quatre fois au total. Et puis j’ai arrêté. Ça ne m’intéressait plus. Je me suis dit que tout ça, c’était du pipeau. Ils avaient trahi ma confiance avec leurs promesses non tenues. Alors, je les regardais se bouffer le nez. Je rigolais. Je me disais que ce n’était pas cela qui allait changer le système.

Mon entourage me le reprochait, on me disait: « Pourquoi tu ne votes pas ? » Je suis ainsi resté dix-neuf ans sans voter. Ensuite, j’ai connu ma compagne. Elle, elle votait. En 2006, j’ai eu mon premier enfant, Mathéo. Là, je me suis dit: « Pour lui, pour son avenir, je vais retourner voter. » On est prêt à tout pour ses enfants. Et puis, on voit tellement de trucs à la télévision, on est plus réfléchi avec l’âge, on prend plus le temps de penser. Donc, je suis allé me réinscrire à la mairie. J’ai refait les papiers pour avoir ma carte électorale.

A la présidentielle de 2007, j’ai voté, aux deux tours. Je n’ai pas trop regardé la campagne. J’ai juste lu les tracts pour me décider. Nous y sommes allés en famille, à l’ouverture des bureaux, à 8 heures. J’ai gardé les enfants, en regardant comment ma compagne faisait. Après, j’y suis allé à mon tour. Je crois que je vais continuer à voter, pour l’avenir de mes gamins. Je vais participer aux régionales. En revanche, je ne sais pas encore qui je vais choisir. J’attends qu’ils m’envoient leur pub pour me décider. »

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