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Régionales 2010 : national et international (7 articles)

  

Une «déculottée» analysée par la presse

Libération – 22/03/2010 

Revue de presse 

Les journaux français reviennent largement sur les élections. Morceaux choisis. 

La presse française constatait lundi que la «déculottée» du second tour des élections régionales, largement imputée à Nicolas Sarkozy, avait enfin fait sortir l’UMP du déni de réalité qu’elle avait montré au soir du premier tour, et qui lui a peut-être coûté cher. 

«La sanction du bilan de Nicolas Sarkozy, les doutes sinon les rejets de sa politique ne sont plus discutables», estime Patrick Apel-Muller dans L’Humanité 

Pour Le Figaro  (Etienne Mougeotte), cette défaite «va marquer un tournant dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy», qui doit «envoyer des signaux forts» aux électeurs de droite, car ils «ont le sentiment d’avoir été laissés sur le bord de la route». 

Henri Gibier (Les Echos)  est du même avis: «Le grand défi de la rue de Solferino, (…) c’est de se donner un programme qui ne se résume pas à l’antisarkozysme». 

D’autant que grâce à cette victoire écrasante, «Martine Aubry fait désormais figure de leader de l’opposition et de présidentiable bien placée pour 2012» (Gérard Carreyrou, France-Soir ). 

Patrick Planchenault (Est-Eclair ) renchérit sur les «galons de présidentiable» gagnés par la première secrétaire du PS, tandis que Nicolas Sarkozy «sort affaibli de l’épreuve», ajoute Patrick Pépin (Nord-Eclair ). 

Evidemment, «rien sur le plan des institutions n’impose au chef de l’Etat de tirer des conséquences de ce vote», rappelle François Ernenwein (La Croix ). 

Mais ces «résultats envoient partout en France le même message et imposent au chef de l’État de le lire comme une sanction nationale et donc d’apporter des réponses aux inquiétudes des électeurs», martèle Daniel Ruiz (La Montagne ). 

«Après un échec aussi personnalisé, un remaniement de grande ampleur s’imposerait», mais «l’ajustement sera modeste», se désole Philippe Waucampt dans le Républicain Lorrain 

Car Nicolas Sarkozy a été «sanctionné» dans ce scrutin, assène Erik Izraelewicz dans La Tribune , «sur sa manière de décider» et «sur la direction prise». 

Dans Le Progrès de Lyon , Francis Brochet, toujours mordant, se moque de «l’hyperprésident» devenu «l’hyperperdant». Ses confrères ne sont pas moins acerbes envers «l’autiste de l’Elysée» (Libération Champagne , Jorge d’Hulst), jugé «autocratique, trop tourné vers (son) ego» (Le Télégramme,  Christine Clerc). 

Ouest-France  résume: «derrière le trompe-l’oeil des pourcentages» et l’abstention, «la gauche doit beaucoup sa victoire à la défaite de la droite». 

Du moins cette bérézina aura-t-elle permis de faire sortir l’UMP du «discours de refoulement des vérités du premier tour» et laisser la place «à plus d’humilité», relativise Jacques Camus (La République du Centre ). 

Dans la Presse de la Manche, Jean Levallois se souvient lui aussi de «l’extravagant numéro d’autiste des leaders nationaux de la majorité présidentielle» du 14 mars, qui «a abouti à renforcer la sanction» dimanche. 

Au final, «pour Nicolas Sarkozy, (…) les choses se compliquent singulièrement», constate Jacques Guyon (La Charente Libre). Car «dès maintenant s’ouvre le boulevard qui mène à la présidentielle et aux législatives» de 2012, rappelle Patrice Chabanet dans le Journal de la Haute-Marne. 

(Source AFP) 

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Malgré la défaite, Nicolas Sarkozy garde le cap des réformes

Le Monde – 22/03/2010

Changement de ton, mais pas changement de cap. Après la défaite de la droite aux élections régionales, Nicolas Sarkozy a exhorté ses troupes à reconnaître leur défaite, mais il a choisi de conserver François Fillon à Matignon et de se concentrer sur la réforme des retraites. Lorsque celle-ci aura été adoptée à l’automne, il sera temps de changer de premier ministre et d’aborder la dernière ligne droite du quinquennat pour espérer remporter l’élection présidentielle de 2012.

Lundi à 9 heures, le premier ministre s’est rendu à l’Elysée pour « faire le point » avec le président de la République. Dès dimanche soir, il a été décidé que M. Fillon ne présenterait pas sa démission : le maintien à droite de l’Alsace, le basculement de la Réunion et de la Guyane ont permis d’éviter l’humiliation. « Une démission n’est pas à l’ordre du jour », confirmait l’Elysée.

Pas question en revanche de s’enfermer dans le déni, comme au soir du premier tour. Au siège de l’UMP, à 20 heures, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, donne le ton nouveau : « La gauche a gagné, on est déçus », tandis que la secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano, précise : « Ça n’est pas un vote sanction. Ça n’est pas le raz-de-marée tel qu’annoncé. » Les communicants de l’Elysée « vendent » un score logique, pour un scrutin de mi-mandat obscurci par une grave récession.

En revanche, pas question d’arrêter les réformes. L’électorat de droite ne veut pas de « pause », alors que le mot a été utilisé par M. Sarkozy avant le scrutin. « Les Français ont raison : notre mode de vie est menacé, a déclaré dimanche M. Fillon. Mais il n’est pas menacé par les réformes. Il est menacé parce que sans réformes, nous ne pourrons plus le financer. »

Huit ministres étaient têtes de liste aux élections régionales. Tous ont perdu. « A scrutin régional, conséquences régionales », avait indiqué M. Sarkozy. Il n’est pas question de demander la démission des battus comme c’est la tradition lors des scrutins législatifs.

M. Fillon s’apprêtait donc à organiser avec M. Sarkozy le réajustement a minima de l’équipe gouvernementale. Tout doit être bouclé « dans la journée, sans doute », précisait lundi matin Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée. « Attention, la situation ressemble à celle qui a suivi les européennes en juin 2009. Nicolas Sarkozy n’avait prévu qu’un mini-remaniement, mais en tirant un fil, toute la pelote s’est déroulée », met en garde un conseiller de M. Sarkozy.

Tout dépendra du sort réservé à Xavier Darcos. Lundi matin, le ministre du travail, sévèrement battu en Aquitaine, avec 28 % des voix, était donné partant. M. Fillon n’a pas apprécié ses prises de position contre les plans sociaux pour les seniors et le ministre n’enthousiasme pas le conseiller social de l’Elysée, Raymond Soubie. « Il ne cesse de perdre des élections, accuse un ministre. Il peut faire une bonne victime expiatoire. » Un autre trouve injuste un tel destin. « Darcos ne demandait rien. On l’a envoyé à un combat ingagnable ». Le ministre du budget Eric Woerth est pressenti pour le remplacer. Il faudra réorganiser Bercy avec l’arrivée probable du député de l’Essonne Georges Tron, qui récupérerait la fonction publique.

Cette arrivée doit permettre de débaucher, après le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, un autre partisan de Dominique de Villepin. M. Sarkozy cherche à priver de ses soutiens l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, qui devrait lancer jeudi un mouvement « au service des Français« .

M. Fillon cherche aussi à rassurer l’électorat UMP, désorienté par l’ouverture. Dimanche, il voulait se séparer de la secrétaire d’Etat à la ville, Fadela Amara. Mais M. Guéant indiquait lundi matin que le départ de la fondatrice de Ni putes, ni soumises n’était « pas prévu ». Quant au départ de Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives et à la jeunesse, il est acté, mais pourrait avoir lieu à froid, d’ici à quelques semaines. L’ex-président d’Emmaüs France a indiqué depuis longtemps à MM. Sarkozy et Fillon qu’il souhaitait partir mais il lui a été demandé de rester au moins jusqu’aux régionales, pour ne pas perturber le jeu politique.

La secrétaire d’Etat Valérie Létard (technologies vertes), battue dans le Nord-Pas-de-Calais, devrait rester, à la différence de Christian Blanc (Grand Paris). Le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, Eric Besson, qui a reconnu sa part de responsabilité dans la défaite, pensait dimanche conserver son poste.

Dès mardi, l’attention devait se focaliser sur l’état social de la France, alors que les syndicats appellent à manifester contre la politique du gouvernement. M. Sarkozy compte s’attaquer à la réforme des retraites, alors que le comité d’orientation des retraites (COR) remettra son rapport mi-avril. M. Fillon, artisan de la réforme de 2003, veut s’y impliquer. L’Elysée juge que la réforme Fillon, qui rallonge la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein, produira des effets puissants, mais à long terme. Le relèvement de l’âge légal du départ en retraite de 60 à 61 ou 62 ans est considéré très efficace à court terme.

Enfin, l’équipe Sarkozy est inquiète du score du Front national, qui a progressé entre les deux tours. Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, battu en Haute-Normandie, ne met pas en cause le débat sur l’identité nationale mais la crise agricole et la désindustrialisation. « Que proposer à ces gens-là ? La question est compliquée », s’interroge M. Le Maire. Selon un proche, M. Sarkozy croit pouvoir récupérer cet électorat d’ici à 2012.

Arnaud Leparmentier

 

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Villepin sur le point de créer son mouvement politique

Le Figaro – 22/03/2010 

Dominique de Villepin a prévu de tenir une conférence de presse jeudi pour exposer sa «vision de l'avenir». Crédits photo : AFP

Dans la foulée des régionales, plusieurs proches de l’ancien premier ministre ont annoncé qu’il devrait achever son retour sur la scène politique jeudi, en prenant une «initiative (…) au service des Français». 

Les lignes bougent au lendemain des régionales. Alors qu’à gauche, Daniel Cohn-Bendit en appelle à former une «coopérative politique», à droite c’est Dominique de Villepin qui s’apprête à lancer son mouvement. 

Selon plusieurs membres de son entourage qui s’exprimaient dimanche soir, l’ancien premier ministre devrait en effet annoncer jeudi la création d’un «mouvement au service des Français». Dominique de Villepin «va parler jeudi de l’avenir. Il va prendre une initiative», a affirmé la présidente de «Club Villepin», Brigitte Girardin. «Il devrait annoncer la création d’un mouvement au service des Français», a renchéri un proche.  

En Chine depuis une dizaine de jours, Dominique de Villepin doit rentrer en France en début de semaine. Il a prévu de tenir une conférence de presse jeudi pour exposer sa «vision de l’avenir». La création de son mouvement s’inscrirait logiquement dans le parcours de l’héritier du chiraquisme, qui tente depuis plusieurs mois de s’imposer comme alternative de droite à Nicolas Sarkozy.  

Une popularité inégalée à droite 

Dès sa relaxe dans le procès Clearstream (le parquet a fait appel de cette décision et un autre procès devra avoir lieu, ndlr), l’ex-premier ministre n’a pas caché ses ambitions pour la présidentielle de 2012. Il a alors marqué son retour dans la vie politique par plusieurs déplacements en province et, en point d’orgue, un long bain de foule au salon de l’Agriculture.  

En lançant son mouvement cette semaine, Dominique de Villepin surferait sur la lourde défaite subie dimanche par l’UMP aux élections régionales. «C’est vrai que la gauche a gagné, que la droite est défaite, mais est-ce que les Français ont des raisons d’espérer?», s’est ainsi interrogée la députée UMP Marie-Anne Montchamp, qui a rejoint Villepin fin 2009, évoquant «un mouvement» de nature à «donner aux Français des raisons d’espérer».  

Le moment semble idéal pour celui qui bénéficie depuis quelque temps d’une cote de popularité inégalée dans son camp. Il y a un mois, un sondage Ifop le sacrait personnalité de droite préférée des Français, creusant l’écart avec son rival président. Lundi matin, au baromètre des personnalités préférées pour concourir à la présidentielle de 2012, «DDV» menait à nouveau à droite, avec 16% contre 14% pour Nicolas Sarkozy (14%) et 13% pour François Fillon (13%). Des signes concordants qui ne devraient pas refroidir ses ardeurs.  

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Turbulences en vue à l’UMP

Le Figaro – 22/03/2010 

Le style et la «gouvernance » de Nicolas Sarkozy concentrent les critiques. 

  

La base de l'UMP en veut à Xavier Bertrand d'avoir fait la part belle sur les listes aux partis alliés, Nouveau Centre en tête. Crédits photo : Le Figaro

Il a fallu du temps, dimanche, à Xavier Bertrand, pour reconnaître que «la gauche a remporté les élections régionales». En revanche, il n’a jamais admis que la droite les avait perdues, sans doute parce qu’il fêtait dimanche ses 45 ans et que sa journée était déjà suffisamment gâchée. C’est tout juste s’il a concédé une «déception», qu’il a tempérée dans la foulée en affirmant : «Nous progressons visiblement, parce que nous avions deux régions, et que nous en aurons certainement trois.» La victoire était acquise en Alsace et à la Réunion, et restait à confirmer en Guyane. Mais qu’importe : deux régions suffisaient pour que Xavier Bertrand puisse se réjouir que Martine Aubry n’ait pas eu son «grand chelem».  

Jean-François Copé, qui voulait être le premier à tenir un langage de vérité sur les plateaux télé, n’a même pas eu à brûler la politesse à Xavier Bertrand. Le secrétaire général du parti présidentiel, nommé par Nicolas Sarkozy, n’a de comptes à rendre qu’au chef de l’État. Pas comme le président du groupe UMP à l’Assemblée, élu par les députés,  

D’où le zèle avec lequel Bertrand a déroulé l’argumentaire de l’Élysée, où il s’était rendu en fin d’après-midi lors de la réunion restreinte des dirigeants de la majorité. Son message principal : «Les Français n’ont pas dit non aux réformes ni à Nicolas Sarkozy.» Il a également défendu l’«ouverture», affirmant que les électeurs de la majorité «n’ont jamais été sectaires».  

«Un nouveau projet»  

Toute la semaine, des voix s’étaient élevées à droite et au centre pour critiquer le «rythme» et la «méthode» des réformes (Alain Juppé), appeler l’exécutif à «marquer une pause dès le lendemain des régionales pour se demander ce qui est important et ce qui l’est moins» (François Baroin), regretter le «style» et le «comportement» du président (Jacques Domergue) ou, encore, exhorter à un «retour aux valeurs d’une droite décomplexée» (Christine Boutin). Toute la majorité, ou presque, avait aussi crié haro contre l’«ouverture», «qui crée de grands courants d’air à droite» (Baroin encore).  

Avant, pendant et après la tentative d’explication de vote de Xavier Bertrand, l’offensive a repris de plus belle. «Je dis à l’exécutif qu’il y a des choses qu’il faut remettre en cause», a annoncé Gérard Longuet, le président du groupe UMP au Sénat, en réclamant «un retour aux valeurs de 2007». Jean-Pierre Raffarin s’est jeté dans la mêlée en distribuant ses coups tous azimuts. Il a affirmé sur son blog que «tout est question de mesure, même l’ouverture». Il a réclamé «un nouveau projet pour l’UMP», en énumérant ses paris ratés : «Être en tête au premier tour, réunir les électorats du centre et de la droite, faire partager au pays la politique gouvernementale.»  

Raffarin veut que la majorité travaille à «un nouveau projet, plus démocratique, davantage pluraliste, plus libre vis-à-vis du gouvernement…». Il a préconisé de «choisir la logique du “bas”, l’élection, plutôt que la logique du “haut”, la nomination», sans préciser s’il visait la direction de l’UMP. Au passage, l’ex-premier ministre s’est aussi offert une petite revanche contre François Fillon, qui lui avait imputé la défaite aux régionales de 2004 en parlant d’un «21 avril à l’envers». «Les accusés de 2004 reçoivent en 2010 leur non-lieu !», lui a renvoyé Raffarin, tout en précisant : «Je ne dirai pas, ce soir, que nous vivons“un 6 mai 2007 à l’envers”, tant l’élection présidentielle n’a rien à voir avec les régionales…» Fillon et Sarkozy apprécieront.  

Le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, lui, n’a pas attendu l’appel de Jean-Pierre Raffarin pour souhaiter que «l’on recrée les conditions du débat» au sein de la majorité. Une majorité qu’il voudrait voir «organisée pour que la famille centriste soit plus entendue», tout en reconnaissant qu’il lui revenait de «mieux s’exprimer».  

Pour l’aile gauche de la majorité, «le doute et l’inquiétude» exprimés par les Français confirment l’attente de la «réforme juste» que défend la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel. Selon la présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, les résultats confirment au contraire la nécessité du retour aux «valeurs d’une droite décomplexée» auquel elle avait appelé dès le soir du premier tour. Quant à Dominique de Villepin, qui a aussi son opinion, il attendra que le brouhaha s’apaise pour la faire connaître et lancer, jeudi, la création d’un «mouvement au service des Français». 

 Judith Waintraub 

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L’UMP, fragilisée par sa défaite, se prépare à des lendemains difficiles

Le Monde – 22/03/2010 

Une défaite ? Oui, mais relative. Comme au premier tour du scrutin, l’Elysée a calé, dimanche 21 mars, la communication de l’échec électoral de la majorité. Le chef de l’Etat avait reçu dans l’après-midi le premier ministre en tête à tête, puis Brice Hortefeux et Xavier Bertrand. 

Des radios aux plateaux de télévision, les dirigeants de l’UMP et les ministres du gouvernement ont répété en boucle les quatre « éléments de langage » donnés par l’Elysée : un vote de crise, une élection intermédiaire classiquement perdue depuis vingt ans par les gouvernements en place, un message des électeurs à analyser à froid, et la poursuite des réformes. 

Xavier Bertrand, en première ligne avec le premier ministre durant toute la campagne, a réfuté « un vote d’adhésion  » en faveur du Parti socialiste (PS). Le secrétaire général de l’UMP, qui craint une offensive de ses adversaires pour l’affaiblir à la direction du parti, a préféré insister sur les gains de la droite. « Nous progressons (…) parce que nous avions deux régions et que nous en aurons trois », a-t-il assuré. Affûté sur la communication présidentielle, M. Bertrand a résumé la pensée de l’hôte de l’Elysée : « Un vote de crise, un vote d’exigence, un vote d’attente »

Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat, et Jean-François Copé, patron des députés UMP, qui s’apprêtent à recevoir les doléances de leurs troupes, ont été moins gênés. « La majorité a été battue. Nous n’avons pas réussi à mobiliser nos électeurs. Nous avons laissé le Front national prospérer. Le MoDem s’est effondré. Cela pose un problème de stratégie », a analysé sans détour M. Longuet. 

Les lendemains de défaite s’annoncent douloureux pour la majorité. Chiraquiens, centristes, villepinistes souhaitent profiter de l’affaiblissement de l’UMP pour se frayer un passage. Sans attendre l’issue du second tour, Alain Juppé et François Baroin avaient critiqué le rythme des réformes et la méthode de M. Sarkozy. Plusieurs députés avaient fait chorus pour pourfendre l’ouverture et souligner la responsabilité d’Eric Besson dans la progression du FN. 

Les centristes, qui rêvent de prendre un peu d’autonomie pour présenter leur propre candidat à l’élection présidentielle de 2012, ont été à moitié aimables. Maurice Leroy, porte-parole du Nouveau Centre, a pourfendu la « langue de béton armé » utilisée le soir du premier tour par la majorité pour éviter de parler de défaite. « Cette image donnée a été effroyable. Il y avait quelque chose qui fleurait le bon vieux RPR. Les gens de la majorité n’en peuvent plus de cette langue de béton armé », a-t-il accusé. 

Hervé Morin, le président du parti centriste et ministre de la défense, a demandé que la « famille centriste soit plus entendue ». Le Nouveau Centre pourrait profiter du retour aux fondamentaux réclamé par MM. Copé et Longuet pour prendre ses distances avec l’UMP et affirmer ses valeurs, sur lesquelles le parti allié a été jusqu’à présent inaudible. 

En attendant une initiative de leur mentor annoncée jeudi, les villepinistes ont ouvert le procès de l’exécutif, « dans l’impasse car trop éloigné des préoccupations des compatriotes ». Marie-Anne Montchamp, députée UMP du Val-de-Marne, qualifiant le scrutin de « vote de réprobation », a appelé à « une refondation politique à droite ». « Si nous en restons à un simple changement de casting, nos électeurs ne s’y retrouveront pas en 2012. » La députée a souhaité l’abandon du bouclier fiscal qui, a-t-elle dit, n’a « plus de sens dans l’impasse des comptes sociaux »

Jeudi 25 mars, M. de Villepin, en déplacement en Chine depuis deux semaines, doit donner une conférence de presse au « Press Club » de Paris, avant de se rendre le soir sur le plateau du « Grand Journal » de Canal+. Dès son retour sur la scène politique, après sa relaxe dans l’affaire Clearstream, lors d’un déplacement à Bondy, en banlieue parisienne, M. de Villepin avait indiqué qu’il prendrait une initiative après les régionales. 

Depuis deux mois, il a entretenu l’attention en effectuant des sorties très médiatiques en Bretagne, puis au Salon de l’agriculture. Jeudi, il pourrait notamment annoncer la transformation de ses clubs en véritable parti politique et profiter de l’affaiblissement du MoDem, sévèrement battu, pour tenter d’incarner l’alternative à Nicolas Sarkozy. 

Pour contrer Dominique de Villepin, l’Elysée a approché l’un de ses principaux lieutenants, Georges Tron, pour lui proposer d’entrer au gouvernement. L’ancien premier ministre avait déjà vu s’éloigner son ancien directeur de cabinet et plus proche collaborateur, Bruno Le Maire, nommé secrétaire d’Etat aux affaires européennes, avant d’être promu ministre de l’agriculture. L’UMP s’intéresse aussi à cette possible recrue. Doublement utile. 

Sophie Landrin

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«Inventons ensemble une Coopérative politique»

Libération – 22/03/2010 

Tribune

«Changer la politique pour changer de politique», le leader vert lance un «appel du 22 mars» pour créer un mouvement nouveau qui transcenderait Europe Ecologie. 

par DANIEL COHN-BENDIT Député européen Europe Ecologie 

C’est un tournant historique. Des européennes aux régionales, l’écologie politique s’installe désormais comme un espace autonome dans le paysage politique français. Mais devant l’ampleur des défis auxquels doivent répondre nos sociétés, la consolidation est une nécessité absolue. Il faut nous inscrire dans la durée et honorer ce rendez-vous avec l’histoire sous peine de disqualifier notre critique de l’irresponsabilité de ceux qui ne font rien, à Copenhague ou ailleurs, parce qu’ils sont incapables de dépasser leurs petits intérêts particuliers. Nous avons besoin d’une structure pérenne et souple à la fois, capable d’élaborer des positions collectives et de porter le projet écologiste, sans s’abîmer dans la stérilité des jeux de pouvoir ou la folle tempête des egos en compétition. 

Soyons clairs : il est hors de question d’abandonner aux appareils de parti, cette dynamique de renouvellement politique et social. Cela reviendrait à nous installer au cimetière, déjà bien encombré, des espérances déçues. Je reconnais d’ailleurs que, sous la pression des échéances électorales, nous avons trop longtemps repoussé la question de la forme de notre mouvement, au point de laisser le rêve en friche. Entre simple marque électorale et réseau purement virtuel, Europe Ecologie est resté une projection, où chacun pouvait voir midi à sa porte. D’ailleurs, les résultats contrastés de nos listes au premier tour des régionales soulignent le succès de ceux qui ont respecté l’esprit du rassemblement face à ceux qui se sont contentés d’en appliquer formellement la lettre, le réduisant à une simple tactique d’ouverture. Sans en renier l’histoire récente, il est temps d’incarner l’écologie politique dans un corps nouveau, une forme politique largement inédite, décloisonnée, pour mener la transformation de la société 

Abstention, populismes, clientélisme… Cette élection le prouve encore : depuis des décennies, le fossé n’a cessé de se creuser entre la société et le politique. Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s’exerce sur elle. Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer. 

Parti de masse caporalisé ou avant-garde éclairée de la révolution, rouge voire verte : ça, c’est le monde d’hier. Celui de la révolution industrielle et des partis conçus comme des machines désincarnées, sans autre objet que le pouvoir. Comme des écuries de Formule 1, ces belles mécaniques politiques peuvent être très sophistiquées et faire de belles courses entre elles, mais elles tournent en rond toujours sur le même circuit, avec de moins en moins de spectateurs. 

Le mouvement politique que nous devons construire ne peut s’apparenter à un parti traditionnel. Les enjeux du XXIe siècle appellent à une métamorphose, à un réagencement de la forme même du politique. La démocratie exige une organisation qui respecte la pluralité et la singularité de ses composantes. Une biodiversité sociale et culturelle, directement animée par la vitalité de ses expériences et de ses idées. Nous avons besoin d’un mode d’organisation politique qui pense et mène la transformation sociale, en phase avec la société de la connaissance. J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d’autres parties du corps social. En pratique, la politique actuelle a exproprié les citoyens en les dépossédant de la Cité, au nom du rationalisme technocratique ou de l’émotion populiste. Il est nécessaire de «repolitiser» la société civile en même temps que de «civiliser» la société politique et faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre. 

Je n’oublie pas l’apport important des Verts pendant vingt-cinq ans pour défendre et illustrer nos idées dans la vie politique française. Néanmoins, non seulement la forme partidaire classique est désormais inadaptée aux exigences nouvelles de nos sociétés, mais je crois en outre que, tôt ou tard, elle entre en contradiction avec notre culture anti-autoritaire, principe fondamental de la pensée écologiste. Ni parti machine, ni parti entreprise, je préférerais que nous inventions ensemble une «Coopérative politique» – c’est-à-dire une structure capable de produire du sens et de transmettre du sens politique et des décisions stratégiques. J’y vois le moyen de garantir à chacun la propriété commune du mouvement et la mutualisation de ses bénéfices politiques, le moyen de redonner du sens à l’engagement et à la réflexion politique. 

Si cette Coopérative a évidemment pour objectif de décider collectivement aussi bien des échéances institutionnelles d’ici 2012 que des grandes questions de société, sa forme définitive n’est pas encore fixée. Il reviendra à ses membres d’en définir les contours, la structure et la stratégie. Ce débat doit être ouvert. Pour cela, j’appelle à la constitution de «collectifs Europe Ecologie-22 mars». Constitués sur une base régionale ou locale pour éviter tout centralisme antidémocratique, ces collectifs seront de véritables agoras de l’écologie politique, modérées sur Internet (1). 

Leur principale mission étant de penser la structuration du mouvement, ils resteront une étape transitoire, qui devra céder la place à la Coopérative qu’ils auront contribué à construire. Pendant toute la durée de leur existence, ils respecteront un principe de double appartenance, pour les associatifs, les syndicalistes et même ceux qui sont encartés dans un parti politique. Parce qu’on peut être vert, socialiste, Cap 21, communiste, que sais-je encore, et partie prenante de cette dynamique collective. Encore une fois, l’important est moins d’où nous venons, mais où nous voulons aller, ensemble. C’est l’esprit même du rassemblement qui a fait notre force, cette volonté de construire un bien commun alternatif. 

Le moment venu, chaque membre de la Coopérative votera pour en consacrer démocratiquement la naissance. Jusqu’ici, Europe Ecologie s’est contenté d’être un objet politique assez inclassable. L’enjeu de la maturité, c’est sa métamorphose en véritable sujet politique écologiste autonome, transcendant les vieilles cultures politiques. 

www.europeecologie22mars.org 

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Pour la presse étrangère, « la magie Sarkozy se dissipe »

Le Monde – 22/03/2010

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« Un dernier message avant 2012 », c’est en ces termes que le New York Times analyse la défaite de la majorité présidentielle aux élections régionales. Pour le quotidien américain, la faible mobilisation des électeurs ainsi que la netteté des résultats reflètent « à la fois la colère et l’éloignement » des Français vis-à-vis de leurs gouvernants. « La magie Sarkozy est en train de se dissiper », note le journal, qui précise que « le débat sur l’identité nationale et sur le voile intégral semblent avoir aidé, et non blessé, l’extrême droite ». Nicolas Sarkozy est perçu comme un président « qui s’ennuie facilement et manque de suivi » dans son action, souligne l’auteur, qui prend néanmoins soin de rappeler que « les vainqueurs au niveau local ne font pas forcément des vainqueurs au niveau national », et que les socialistes n’ont pas encore désigné de candidat officiel pour 2012. 

Le britannique The Guardian constate « une inversion des rôles » dans le paysage politique français, avec une gauche, autrefois divisée, qui « redécouvre l’art des alliances » avec les écologistes et l’extrême gauche, tandis que l’électorat de droite se fractionne à cause de « la résurgence du Front national et de l’effacement du centre ». Le score du FN dénote, pour le Times, un « retour à la ligne dure » d’une partie des électeurs de droite, qui avaient voté pour Sarkozy en 2007 sur ses propositions en matière de sécurité et d’immigration. Ces élections marquent l’avènement de « Sarkozy 2.0 », un président qui a perdu « son invisible aura » et devra « ralentir le rythme des réformes économiques et sociales qui ont entraîné le mécontentement et la confusion de ses électeurs »

Cette victoire « écrasante » révèle « une inquiétude grandissante concernant le modèle généreux mais étranglé par la dette » de l’Etat-providence français, analyse le Wall Street Journal. Pour le quotidien américain, « la récession et la forte hausse du chômage ont conduit Mr. Sarkozy à changer son fusil d’épaule et à plaider pour un rôle plus important du gouvernement ». Néanmoins, tempère l’auteur, « les économistes se déclarent sceptiques quant à la volonté politique d’un Sarkozy, devenu impopulaire, à engager des réformes deux ans avant les prochaines élections présidentielles »

 « ÉGOCENTRIQUE ET ERRATIQUE » 

Le style présidentiel est largement à mettre au compte de la défaite de la droite, souligne le Los Angeles Times : « les vacances clinquantes de Sarkozy, ses vêtements de marque ainsi que ses sorties parfois vulgaires ont suscité le mécontentement », tandis que « les tentatives du gouvernement pour réduire les dépenses, y compris sur les emplois aidés, tout en menaçant de repousser l’âge de départ à la retraite », ont également écorné son image. De la même façon, The Independent se fait l’écho des critiques émanant du sein même de la majorité présidentielle, pour qui la défaite est due à un style de gouvernement « égocentrique et erratique »

Selon le FT, « l’humiliation a été évitée », mais « les réformes mal préparées et mal expliquées de Sarkozy » ont eu raison de la popularité du président de la République : pour le journal, le score « triomphal » de la gauche « pose la question de la capacité de Sarkozy à emporter un second mandat ». Le journal voit en Martine Aubry la grande gagnante de ce suffrage, qui fait d’elle « une présidentiable crédible ». Un avis partagé par le quotidien espagnol El Pais, pour qui l’enjeu socialiste est désormais de désigner un candidat pour les élections de 2012. Si le succès du PS place Martine Aubry en bonne posture, le journal souligne toutefois que « l’excellent score » de Ségolène Royal devrait lui faire retrouver sa stature de présidentiable. 

Audrey Fournier
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