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« On ne change pas une politique engagée depuis trois ans »

JDD – 27/03/2010

Pour apaiser la droite, François Fillon brandit la rigueur et affiche sa cohérence. La lutte contre les déficits sera au cœur de l’action gouvernementale, dit-il au JDD, selon la ligne qu’il a toujours défendue.

François Fillon

François Fillon veut continuer la politique engagée depuis 2007. (Reuters)

Combien de temps est-ce tenable pour vous d’être beaucoup plus populaire que le président de la République?
Les sondages, ça monte et ça descend. Ils ne sont un problème que s’ils sont utilisés à des fins personnelles. Ma conception est claire: le Premier ministre met en œuvre la politique du président de la République, légitimée par son élection. Ce qui compte, c’est le résultat des élections et le président de la République, c’est Nicolas Sarkozy.

Mais vous ne pouvez rien contre le désir de la droite profonde et de ces parlementaires qui vous applaudissent, et fulminent contre le Président…
Les popularités ou les humeurs, c’est quelque chose de changeant. Ce qui comptera, ce sont nos résultats. Nous sommes arrivés aux responsabilités sur un programme ambitieux, que la crise est venue percuter. Notre sujet, c’est de renforcer les mesures contre le chômage, de reprendre la lutte contre les déficits, de recentrer et d’amplifier notre action. C’est la leçon que je retiens des régionales. Rien n’existe que cela. Il ne peut pas y avoir de rivalité entre le Président et son Premier ministre parce qu’il en va de la cohérence du gouvernement de la France et donc de l’intérêt national. Je vais être très clair: Nicolas Sarkozy est le candidat naturel de la majorité en 2012.

Et si vous n’êtes plus Premier ministre dans six mois?
Compte tenu de mon éthique politique, compte tenu de mes références politiques, je suis et je serai loyal à Nicolas Sarkozy. Depuis dimanche soir, ce que je lis et j’entends sur mes relations avec le président de la République relève de la manipulation. On cherche à écrire une histoire qui nous monterait l’un contre l’autre, pour affaiblir l’exécutif.

« Le gaullisme est une éthique, pas un programme clés en main« 

Votre interview sur TF1, prévue mercredi, a pourtant bien été annulée à la demande du Président?
C’est une décision que nous avons prise tous les deux en tête à tête. A l’origine, le Président ne devait pas s’adresser directement aux Français. Mais il a finalement décidé de le faire. Cela n’avait pas de sens que je m’exprime le même jour que lui.

Selon Luc Ferry, la droite a besoin de revenir au gaullisme social, ce qui expliquerait au passage votre popularité…
Le gaullisme est une éthique, ce n’est pas un programme clés en main pour répondre à la crise que rencontre le pays aujourd’hui. Au-delà de cette référence, il y a des sensibilités à l’intérieur de la droite, dont une sensibilité plus sociale à laquelle j’ai toujours appartenu. Que cette sensibilité s’exprime de façon plus forte, oui. Mais le pays doit relever des défis d’organisation, d’efficacité économique, de désendettement, de réduction des déficits pour protéger les Français et leur mode de vie. Avec un déficit de 8% du PIB, un endettement élevé, des points de compétitivité à gagner sur son voisin allemand, l’Etat ne peut pas devenir un guichet ouvert. Je me souviens aussi que le général de Gaulle, en 1945 comme en 1958, avait redressé la situation économique et sociale de la France.

Ne faut-il pas reconnaître que le programme de 2007 est devenu obsolète?
Le programme de 2007, on peut le résumer ainsi: depuis vingt ans, la France a fait preuve de beaucoup d’attentisme sur les évolutions à apporter à son organisation économique et sociale. Il faut maintenant entrer dans un effort de réforme rapide car la compétition est intense. Cet engagement-là est encore plus fort, plus justifié aujourd’hui qu’il ne l’était avant la crise. L’économie mondiale est repartie à grande vitesse. La France joue dans les prochains mois une partie très importante qui est son maintien dans le peloton de tête des pays développés et au même niveau que l’économie allemande. C’est cela, le véritable enjeu.

C’est ce que vous expliquerez lundi aux parlementaires de la majorité?
A l’initiative de Jean-François Copé et Gérard Longuet, nous avons ouvert un débat avec la majorité, qui passe par une réunion de travail que je conclurai demain (lundi), puis par la réception des parlementaires mercredi par le Président. C’est un débat dans le cadre des engagements du mandat présidentiel, qui s’achève en 2012 et pas avant. Telle est la règle de la Ve République. Mais les parlementaires sont en prise directe avec les Français. Ils ont des choses à dire à l’exécutif. Je veux les écouter et j’ai besoin de chacun d’eux dans les prochains mois.

« Je n’engagerai pas la responsabilité du gouvernement« 

Pour changer de politique?
C’est un débat sur le rythme législatif et les priorités. Les députés réclament des ajustements et des approfondissements. On ne change pas une politique engagée depuis trois ans, qui commence à peine à produire ses effets, au risque de rater le train de la croissance qui repart. Ce que nous avons fait, pour aider les entreprises, notamment en supprimant la taxe professionnelle, va payer maintenant en termes d’emploi.

Donc vous ne changez rien?
Nous allons nous concentrer sur trois priorités. Amplification des mesures pour la sortie de crise et le recul du chômage. Poursuite de la réduction des déficits: on voit bien avec la situation de la zone euro les dangers qu’ils font peser sur l’avenir de l’économie européenne. Et, enfin, réponse au besoin de protection, tel qu’il s’est exprimé pendant cette campagne: la sécurité évidemment; la santé, avec cette question préoccupante de territoires à faible couverture médicale; et la crise agricole, on peut même dire la crise du monde rural.

Au terme de ces retrouvailles avec la majorité, allez-vous refaire valider votre gouvernement en sollicitant la confiance du Parlement?
Non. Je n’engagerai pas la responsabilité du gouvernement, et je ne prononcerai pas de discours de politique générale. Il n’y a pas de raison de le faire. Il n’y a pas de nouveau contrat avec le peuple, ni de changement de cap politique, ni de doute sur le soutien de la majorité. Nous devons trouver des réponses qui ne se posaient pas en 2007, parce que la crise est passée par là.

Où placez-vous la question des retraites?
C’est LA réforme des mois à venir.

Mais les déficits sont votre priorité…
C’est une question essentielle: il y a un moment où le niveau d’endettement est simplement insoutenable. Les comptes sociaux pèsent très lourd, mais ce n’est qu’un aspect du problème. Nous allons continuer la réduction des effectifs de fonctionnaires. Nous allons surtout poursuivre le gel des dépenses de l’Etat dans le prochain budget. C’est un effort extraordinaire, extrêmement compliqué à mettre en œuvre…

« Il ne faut pas casser le retour de la croissance« 

Nicolas Sarkozy a-t-il toujours partagé votre conviction?
Il n’y a jamais eu de désaccord entre lui et moi sur ce sujet. Il ne peut pas y en avoir, pour une raison simple, c’est qu’une économie trop endettée étouffe la croissance. Et chacun sait qu’il est très important que la France conserve un haut niveau de confiance des marchés, cela lui permet de financer son endettement à des taux raisonnables.

Les retraites, ce n’est pas seulement un problème de déficits, c’est une affaire de cohésion sociale…
La meilleure façon d’assurer la cohésion, c’est de pérenniser les retraites. S’il n’y a pas de réforme, on exposera les générations à venir: un gouvernement ultérieur sera forcé de baisser les pensions. La priorité des priorités, c’est d’assurer le financement au niveau où elles sont aujourd’hui.

Changer le ministre des Affaires sociales à mi-négociation, n’est-ce pas problématique?
La vraie négociation s’engage maintenant. Le conseil d’orientation des retraites va rendre son analyse à la mi-avril, tout débutera à ce moment-là. Au passage, la seule chose intelligente que la gauche ait faite sur les retraites, c’est la création de ce conseil. Il a permis l’établissement d’un diagnostic partagé sur la question. J’espère que la gauche va éviter de se désolidariser du COR dans un accès de démagogie…

Pourquoi en cette période de crise ne pas abroger le bouclier fiscal, pour envoyer un signal de justice sociale?
C’est un argument démagogique. Nous avons déjà le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé du monde. Il ne faut pas casser le retour de la croissance.

Le PS tient « un discours facile et démagogique« 

Vous poursuivez la réforme territoriale?
Oui, parce que nous voulons simplifier et rendre plus efficace l’organisation des territoires. Sur le mode de scrutin, le gouvernement est ouvert aux propositions de la majorité. Cette réforme va de pair avec une réduction des dépenses. La dépense publique a atteint ses limites: on prélève 41% de la richesse nationale, et on en dépense 55 %. Nous avons l’obligation de réduire la part de la dépense publique dans l’économie. L’Etat a commencé à le faire. Les collectivités locales doivent prendre leur part de l’effort.

Comprenez-vous que Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, soit « désespérée« ?
Elle a eu tort de s’exprimer comme elle l’a fait. Je respecte ses convictions mais il y a une seule ligne dans un gouvernement. Elle n’y est d’ailleurs pas la seule comptable de l’ambition écologique. Je lui en ai parlé et je crois qu’elle l’a compris.

Dominique de Villepin est une menace?
Créer un nouveau parti n’est pas à la hauteur des défis qu’il prétend relever.

Votre discours uniquement rigoriste n’ouvre pas la porte aux socialistes?
Je crois que les Français sont préoccupés par les déficits, dont ils savent qu’ils les menacent. Quant aux socialistes, ils devraient être réalistes avec eux-mêmes. C’est nous qui avons alourdi la fiscalité sur les stock-options que Laurent Fabius avait allégée. Sous Jospin, ils ont privatisé plus que tout autre gouvernement de la Ve République. Aujourd’hui, ils tiennent un discours facile et démagogique, sur la fiscalité notamment, mais ils sont totalement isolés dans l’Union européenne.

Nicolas Sarkozy et la droite auront-ils quelque chose de nouveau à dire en 2012?
Nous gouvernons. Et j’ai dit au conseil national de l’UMP que le parti devait commencer à travailler dès maintenant à notre futur projet.

Propos recueillis par Claude Askolovitch et Soizig Quemener

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